CINÉMA

« A Bigger Splash » – Hockney seventies

A Bigger Splash de Jack Hazan © Les Films du Camélia
A Bigger Splash de Jack Hazan © Les Films du Camélia

Pas vraiment un documentaire, pas vraiment une fiction, A Bigger Splash suit le peintre britannique David Hockney, figure du pop art, dans son quotidien. La ressortie d’une oeuvre d’errance passionnante et libre. Un film capté par Jack Hazan en 1973, après une rupture et en pleine crise artistique.

Il y a un homme que David Hockney a aimé. Et il y a un tableau peint en 1967, A Bigger Splash : une villa, une piscine et l’eau éclaboussant après un plongeon. Dans le Swinging London, le réalisateur Jack Hazan capture des instants réels ou recréés de l’icône britannique du pop art, après sa rupture avec son amant et modèle Peter Schelsinger. Sorti en 1974, A Bigger Splash bénéficie d’une nouvelle sortie en version restaurée au cinéma le 6 octobre dernier avant une superbe édition DVD le 27 octobre.

À l’aube des années 1970, cette oeuvre hybride est un plongeon – sans mauvais jeu de mot – dans le quotidien de l’artiste. Les séquences se succèdent, des appartements aux rues, des salles de bains aux piscines. Dans les tons bleus de la chemise de David Hockney, des carreaux de la douche, des peintures en cours, les protagonistes ami.es évoluent et discutent dans l’objectif de la caméra. Les hommes nus se baignent, leur corps pareils à des dieux grecs. Ils s’aiment, s’enlacent et s’agrippent dans la pénombre pour une des plus belles scènes homo-érotiques vue au cinéma, sans musique, juste les souffles et les peaux. L’époque est libre, le film aussi.

Mais le cinéaste saisit la crise qui agite le personnage principal. Il se retrouve face à la rupture et au manque, les désirs et les doutes. Même avec son entourage, David Hockney semble plus seul que jamais. La mélancolie habite son regard caché derrière la monture épaisse de ses lunettes cerclées noires. Le processus de création est observé, le peintre travaille ou du moins tente.

Or, le beau Peter Schelsinger apparait sans cesse hantant les plans, filmé, photographié ou peint de dos, nu derrière la baie vitrée ou vêtu d’un croc-top rose dans l’atelier. Jack Hazan créé avec A Bigger Splash un sublime témoignage artistique. Sublime car il s’inscrit dans une frontière entre le documentaire et la fiction. Un hommage spontané mais travaillé à un temps libre, à David Hockney, à ses oeuvres dont l’empreinte fascine toujours.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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