CINÉMA

« Dune » – Des airs de rien

Dune © Warner Bros
© Warner Bros

Attendu au tournant d’un certain cinéma de science-fiction en panne depuis de nombreuses années, Dune est une déception. Émaillé de paradoxes et sans grande vision, un film distant et d’une neutralité dérangeante. Le premier grand raté de Denis Villeneuve, aussi.

Outre l’idée que Dune est attendu comme le nouveau sauveur d’un box-office encore sous le choc, tout comme il se doit de réhabiliter la science-fiction à grande échelle dans le cœur des gens, il faut préciser que le film de Denis Villeneuve n’est qu’un demi-film. Compte tenu de l’œuvre littéraire titanesque de Frank Herbert, le cinéaste a rapidement compris la nécessité de faire deux films pour couvrir tout le premier volet de la saga. En voici un premier extrait. Et cette idée du demi-film, confirmée dans les dernières secondes de celui-ci, est très importante pour comprendre le vrai problème de Dune.

Paul Atréides, sur qui repose tout un espoir / © Warner Bros

Inconsistance

Elle en est la parfaite représentation  : sans grande finalité ou but dans la mise en scène, c’est-à-dire dans ce que le film veut raconter. Une exposition très chère ou pétaradante d’enjeux plus incompréhensibles les uns que les autres. Une compilation d’idées rendant les personnages inconsistants quand bien même ils semblent être la pierre angulaire du récit. A commencer par Paul Atréides, dont les visions et la destinée n’apportent que de la grandiloquence au récit. Soumises à une composition qui force constamment un désir de contemplation, il est de ce fait très difficile de s’attacher au réel potentiel de déploiement de l’imaginaire de l’œuvre. La matière est inatteignable, voire inexistante pour nous.

Denis Villeneuve en a pourtant extrait une vaste quantité d’éléments, qui se fondent dans sa lumière en clair-obscur et l’irrémédiable trajectoire que traversent ses personnages. Le cinéaste semble pourtant fidèle à ses principes. Cela n’empêche pas de pointer l’un des problèmes de son cinéma qui, sans parler de maniérisme, est la vision de ses récits. Mettre en scène pour la première fois une jeunesse aussi forte que celle de Paul Atréides, par exemple, devait constituer une idée, une fraicheur. Il n’en est finalement rien. On pourrait alors le blâmer d’avoir singé ce qui devient chronique dans la science-fiction à grande échelle : un manque d’aura, d’idées, et surtout de proximité.

Il ne faut pas croire que Dune rende service à ce qu’on l’attend de lui. Le film est bien en-dessous des espoirs projetés sur son aura (pourtant réalisable) et à des niveaux dont le cinéma a besoin. Et notre patience pourrait ne pas attendre 2023, année où la suite doit sortir si le tournage est confirmé. Car nos regards sont désormais tournés vers le grand espoir du cinéma de science-fiction : Matrix Résurrections, de Lana Wachowski, le 22 décembre prochain.

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