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CANNES 2021 – « Les Amours d’Anaïs » : Aimer, tout simplement

Les Amours d'Anaïs - Copyright Haut et Court
Les Amours d'Anaïs - Copyright Haut et Court

SEMAINE DE LA CRITIQUE – SÉANCE DU 60e ANNIVERSAIRE – Premier long métrage de Charline Bourgeois-Tacquet, Les Amours d’Anaïs s’impose comme une comédie romantique rafraîchissante. Un début très prometteur pour la réalisatrice. 

Qu’il est agréable de voir une comédie française sortir des terrains battus en toute liberté. Avec Les Amours d’Anaïs, Charline Bourgeois-Tacquet se réapproprie le genre. Pour son premier film, elle démontre un vrai talent créatif, tant sur les dialogues que sur l’image. Un magnifique travail sur la lumière vient sublimer les deux actrices principales, qui éclipsent totalement le reste des personnages.

Alors qu’elle vient de quitter Raoul, Anaïs rencontre Daniel. Leur histoire prend fin lorsqu’elle découvre Émilie, la femme de Daniel, dont elle tombe follement amoureuse. Anaïs, jouée par Anaïs Demoustier, est une jeune femme pleine de vie. Elle aime l’amour, du moins l’idée qu’elle s’en fait, et traverse la vie avec l’insouciance d’une adolescente. Il est rare, particulièrement dans les comédies romantiques, de voir un personnage féminin aussi bien écrit. Légère sans jamais être bête, son insouciance n’est pas un manque de profondeur. Sa sensibilité désarme, donnant au personnage une beauté touchante. 

Le personnage d’Anaïs est attachant dans sa désinvolture et son amour des mots. Sa naïveté n’est autre qu’un désir profond pour la vie et les belles choses. Elle poursuit l’aventure, l’intensité des émotions, dans une quête effrénée de bonheur. L’amour n’est pas une finalité, ni une prison, c’est l’expression de sa liberté. Elle prend vie dans des dialogues accrocheurs, drôles sans jamais tourner au ridicule. 

Valeria Bruni-Tudeschi est lumineuse, comme à son habitude, dans le rôle d’Émilie. Les mots sortent de sa bouche comme de la poésie. Face à une Anaïs Demoustier tourbillonnant sans cesse, elle apporte au film comme un ancrage. Un brin de stabilité dans la vie d’Anaïs. 

La réalisatrice choisit de mettre en scène un personnage bisexuel, sans pathos, sans drame. Une femme libre et joyeuse, loin de toute culpabilité ou honte. C’est follement rafraichissant, de voir enfin portée à l’écran dans les cinémas français, une histoire d’amour bisexuelle aussi douce et heureuse. La sexualité du personnage n’est pas au coeur des préoccupations : elle aime, c’est tout, sans personne pour souligner le genre de ses amours. Et cela fait du bien.

Loin des comédies romantiques lourdingues, monnaie courante dans les salles grand public ces dernières années, Charline Bourgeois-Tacquet livre ici un film doux, élégant, envisageant l’amour avec humour et réalisme. Une bouffée d’air frais sympathique. 

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