CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « Blue Bayou » : L’injustice en héritage

Blue Bayou - Copyright 2021 Focus Features, LLC.
Blue Bayou - Copyright 2021 Focus Features, LLC.

SÉLECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Alicia Vikander et Justin Chon incarnent un couple dans la tourmente dans le magnifique Blue Bayou. Un film poignant, qui dénonce l’injustice du système d’immigration américain.

Antonio LeBlanc, né en Corée, a été adopté à l’âge de trois ans par un couple américain. Trente ans plus tard, il a construit sa vie en Louisiane et s’apprête à avoir un bébé avec sa femme Katy. Lorsqu’un policier raciste le prend pour cible, Antonio est arrêté et menacé d’expulsion. À cause d’une faille dans la loi américaine, il est, comme des milliers d’autres enfants adoptés par des Américains, sur le point de tout perdre.

Blue Bayou place le spectateur au cœur de ce déchirement soudain. Justin Chon et Alicia Vikander vivent cette douleur avec une authenticité renversante. Leur rage habite l’écran, dans l’intimité d’une famille où l’avenir n’existe plus. Au croisement de la naissance de leur fille et de l’expulsion d’Antonio, le bouleversement de ce foyer où l’amour a toujours régné, déclenche un tourbillon d’émotions intense. Le Bayou, étouffant et chaud, enveloppe le film d’un voile pesant. La rupture inévitable se rapproche, toujours plus menaçante, comme une évidence.

Une violence profondément ancrée

Justin Chon, qui joue et réalise le film, propose une mise en scène subtile. Si la violence à l’écran paraît familière, ce n’est pas qu’elle caricature, mais bien qu’elle témoigne du quotidien de millions d’Américains. Injures, violences physiques, Blue Bayou ne résonne que trop à la lumière des vagues de haine récentes, aux Etats-Unis et ailleurs. Il porte ce récit, celui d’une Amérique qui prend puis jette, à sa guise, oubliant que des vies, des histoires, s’en trouveront à jamais changées. Le film est son cri de colère, son poing levé contre l’injustice.

Avec beaucoup d’âme, le réalisateur questionne la notion d’identité. Alors qu’il ne s’est jamais senti chez lui qu’en Amérique, Antonio fait face au rejet constant de cette nation à laquelle il sait qu’il appartient. De la Corée, il n’a aucun souvenir, seulement celui de sa mère désespérée, abandonnant son enfant. Ce qu’on lui arrache, c’est sa maison, sa vie, mais aussi qui il est au plus profond de lui. Sans être dans la sur-dramatisation, le metteur en scène propose une histoire tout simplement humaine.

C’est un sans faute pour le réalisateur, qui clôture le film avec une scène d’une intensité à couper le souffle. Un film qui prend aux tripes, exposant au passage la réalité hallucinante d’une politique d’immigration contestée depuis des décennies.

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