CINÉMA

« Vent chaud » – Queer moustache

Vent Chaud © Optimale Distribution
© Optimale Distribution

Grand Prix du Jury au Festival Chéries-Chéris, Vent chaud, du réalisateur brésilien Daniel Nolasco, est le film le plus fiévreux de l’été. Par son imagerie résolument homo-érotique, lorgnant vers la pornographie, ce premier long-métrage de fiction assume une culture gay seventies marquée et explore fantasmes et désirs brûlants dans le milieu ouvrier brésilien.

Dans cette petite bourgade brésilienne, la température est brûlante, rythmé à l’image par l’humidité ambiante. Quand ils ne travaillent pas, les ouvriers de la compagnie minière plongent dans l’eau de la piscine municipale. Avec Vent Chaud, Daniel Nolasco s’attarde sur les peaux luisantes d’eau et de sueur, les poils qui recouvrent les torses de ces hommes, les sexes dans les maillots de bain fluo, à l’air libres dans les douches aux néons bleus. Peu importe sa morphologie, chaque corps est d’emblée érotique, tourné vers le désir.

Sandro, personnage banal, un quarantenaire barbu et légèrement bedonnant, travaille aux ressources humaines. Régulièrement, en fin de journée, il rejoint Ricardo, un jeune employé dans une forêt avoisinante. Ici, dans ce lieu symbolique caché, leurs corps passent à l’acte, se lèchent, s’empoignent, assouvissent avec frénésie les pulsions refoulées en société. De ce quotidien ordinaire d’une petite ville où l’on se rend du lieu de travail à la piscine, au supermarché jusqu’à une sortie à la fête foraine locale, un homme va venir perturber notre héros. Assis sur sa moto sur le parking, look impeccable : lunettes d’aviateur, pantalon en cuir brillant et cheveux peroxydés, Maicon tape dans l’oeil de Sandro tel une apparition divine sexuelle. De cette vision va naitre une obsession pour celui qui ne lui rend pas son regard, amplifiée par la découverte d’une liaison avec son amant.

Vent Chaud © Optimale Distribution

Porno sentimental

À travers cette intrigue commune, Daniel Nolasco déploie un univers marqué par la culture gay viril des années 1970 auquel est rattaché le nom d’ Al Parker taggué à l’entrée d’une boite – acteur porno icône queer alliant masculinité et moustache. L’ hyperstylisation de la mise en scène de Vent Chaud va faire se confronter les envies réelles aux fantasmes, ceux de Sandro, rêvant de rapports BDSM où les fluides de spermes et de sueurs se mêlent au cuir. Le film opère ainsi une mue esthétique perpétuellement guidée par un fétichisme homo-érotique persistant, chaque homme étant un obscur objet de désir, un rapport charnel dangereux entre Éros et Thanatos.

Traversé par le cinéma d’Alain Guiraudie et celui de Fassbinder, notamment ici la mise en scène kitsch et les marins virils de Querelle, Vent Chaud s’attache finalement à montrer la solitude et la misère affective de ces hommes dans le Brésil de Borsolano. L’artifice visuel et pornographique permet d’accentuer la représentation de la violence politique traditionaliste et homophobe présente dans tout le pays, mais particulièrement dans ces milieux agricoles. Car par cette exagération de corps obsédants et de scènes de sexe incandescentes non-simulées, le cinéaste tend vers le drame sentimental. Un besoin d’affection, symbolisé en un instant de slow aux yeux de tous par cette très belle séquence de mains inconnues – celles de Sandro et Maicon – s’agrippant dans un manège à sensations, à la recherche d’un peu d’amour entre hommes.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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