CINÉMA

« Sous le ciel d’ Alice » – Conte de fées au Liban

© Pascal Chantier/Moby Dick Films
© Pascal Chantier/Moby Dick Films

Pour son premier long métrage, la réalisatrice Chloé Mazlo s’aventure dans une fresque familiale et poétique pendant la guerre du Liban. Sous le ciel d’Alice se démarque par son inventivité artisanale lorgnant du côté du cinéma d’ animation. Fabuleux.

Après un passage par le court-métrage d’animation, avec notamment Les Petits cailloux, récompensé d’un César en 2015, la cinéaste Chloé Mazlo réalise son premier long. elle y mêlent stop-motion et prises de vue réelles tourné en pellicules. Dans Sous le ciel d’Alice, elle prend le parti pris de la fable colorée et solaire pour parler d’un sujet douloureux dans l’histoire du Liban et de sa famille.

Dans les années 50, Alice quitte la Suisse, pas pour le terrier magique mais pour un autre monde qui lui parait tout aussi merveilleux. Jeune nourrice au Liban, elle fait la connaissance de Joseph dans un café, un astrophysicien. Il a un rêve, être le premier à envoyer un libanais dans l’espace. Le coup de foudre est immédiat. Alice est intégrée dans la famille de son amoureux. Le temps passe et ils vivent dans un paradis où tout n’est que fête, liberté et soleil. Malheureusement, la guerre et les affrontements viennent assombrir le joli tableau. Dans cet effondrement, il faut résister ou fuir. Alice, bien trop attachée à ses années à Beyrouth, a du mal à accepter que le monde qu’elle a connu n’existera plus jamais.

Porté par un fabuleux duo de comédien.ne.s, l’actrice italienne Alba Rohrwacher et le metteur en scène, directeur du Théâtre de la Colline libano-québequois Wajdi Mouawad, Sous le ciel d’Alice dévoile un véritable romantisme de conte de fées. Les personnages vivent dans une maison de poupées au décor seventies tandis que dehors les bombardements pleuvent, sous le ciel d’Alice. Chloé Mazlo crée une atmosphère anti-naturaliste. Jamais elle ne montre cette guerre qui sévit ou en la caractérisant de manière cartoonesque.

Dans cet épopée familiale, chaque séquence redouble d’inventivité et de créativité, que ce soit par la mise en scène, le rythme ou le jeu théâtral des comédien.ne.s créant une distanciation sur les événements vécus. Cet univers caractérisé accompagne le personnage d’Alice tentant de retenir, de s’accrocher à cet Eden perdu.

Rare sont les premiers longs métrages à l’univers aussi puissant, artisanal et original, proche de celui de Michel Gondry. Et c’est merveilleux.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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