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Rencontre avec Prudence : « Il s’agit de faire ce que je n’avais pas fait avant »

Prudence - Crédit : Enzo Orlando
Prudence - Crédit : Enzo Orlando

En amont de son premier passage sur scène au Printemps de Bourges, nous avons échangé avec l’artiste Olivia Merilahti devenue Prudence. Si nous l’avions connue assidûment sur le projet The Dø, cette dernière a su se réinventer, ne manquant pas de constituer dans son album, Beginnings, un style plus que jamais d’actualité mêlant pop, electro et RnB. Rencontre.

Comment ça va pour toi ? C’est comment de reprendre les concerts ? J’ai vu que tu avais récemment préparer ton arrivée sur scène avec Prudence grâce à une résidence à la Clef (Saint-Germain-en-Laye).

Écoute, finalement on a attendu très longtemps mais on a eu très peu de temps. Enfin on n’est pas rodé, j’imagine qu’il y a peu de personnes qui le sont. Mais il y a une énergie particulière, ça j’aime bien, je trouve ça plus authentique car c’est vraiment basé sur le live, avec tout ce que ça comporte d’inattendu.

Sur le live justement est ce que t’as bossé avec la même équipe que sur l’album ? 

Non les équipes ont changé, comme c’est pas le même métier en fait, c’est une équipe que j’ai montée spécifiquement pour le live. Il y a mes deux musiciennes sur scène, Zoé et Akemi, batterie, claviers et choeurs. J’ai une ingé son, une éclairagiste, une super équipe féminine, une équipe de France (rires).

Elle s’est imposée à toi cette composition exclusivement féminine ?

Exclusivement ? Non, en fait j’en attendais pas tant et puis de fil en aiguille finalement. Je pense que ça s’est fait parce que ça commence par une ou deux techniciennes qui se connaissent et qui en connaissent d’autres. Mais je suis tellement heureuse, parce que ça ne m’est jamais arrivé et qu’en fait ça devrait être normal. On devrait presque ne pas avoir à en parler, car des équipes exclusivement masculines on considère que c’est la norme. C’est juste la parité qui devrait être plus fréquente, mais ça ne l’est pas… Donc oui je suis hyper contente, tout le monde est tellement heureux de reprendre, la joie d’être là de pouvoir partager avec le public… Moi c’est la première fois que je rencontre mon public en fait avec Prudence. J’ai joué uniquement devant des caméras, c’était que de la promo donc pour moi c’est très important.

Cet album tu l’avais pas mal anticipé avec différentes sorties de singles, mais ça fait combien de temps que tu le prépares ?

Ça fait un moment déjà, il était presque fini au moment du confinement. Ça fait un moment que je vis avec !

Est-ce que tu peux nous parles d’un track ou de plusieurs et nous les détailler ? De mon côté j’aime beaucoup Adrenaline par exemple et je me demandais ce que tu avais à dire dessus.

Je peux parler d’Adrenaline, c’est pas forcément mon morceau préféré enfin, je pense que celui qui me tient le plus à coeur c’est Pretty. De plus il résonne fort chez les gens qui ont découvert l’album, j’en suis hyper heureuse.

Pour Adrenaline c’est un morceau qui est un des plus solaires je dirais, mais il y a aussi une sorte de mélancolie, et j’aime bien avoir les deux. C’est un des morceaux que j’ai fait avec François Villevieille, je voulais vraiment que ce soit un pattern comme ça de rythmiques, un morceau très constant un peu lourd avec une ligne mélodique très limpide. C’est un morceau qui m’a été inspiré d’une amie qui tombait toujours amoureuse des mauvais gars. Elle avait l’impression de vivre l’amour, alors qu’elle aimait juste les sensations fortes. C’est cette confusion là qui m’a inspirée sur le morceau. 

Pour Pretty, c’est aussi un morceau que j’ai fait avec François, et j’ai fait la topline de ce morceau sur une instru qu’il m’avait envoyé, et je l’ai faite je crois en deux heures… On s’attache facilement aux morceaux très droits au but et rapides à faire. Je pense que c’est surtout le phrasé, j’avais jamais vraiment écrit un phrasé comme ça assez saccadé et en même temps très mélodique sur les refrains, j’aime bien ce côté un peu schizophrène. Et Pretty parle de la vie de célibataire dans une grande ville.

Aujourd’hui tu remonte sur scène au Printemps de Bourges, et comment tu as travaillé toute la scénographie, tout l’aspect visuel ? Comme l’esthétique et la direction artistique de ton album sont très marquées et assumées.

En fait il y a eu une sorte de changement de programme dans le sens où au début je voulais jouer seule mais je m’imaginais pas seule en festival ou sur l’ensemble de la tournée donc finalement le fait d’avoir Zoé et Akemi ça a mis un peu de côté l’importance de la scéno dans un premier temps. Du coup, c’est plus sobre que prévu, mais ça me va aussi, car ça permet de mieux se concentrer sur les chansons, même s’il y les lumières, cet univers etc. De toute façon le travail sur la scéno se fera à la rentrée car on a trois festivals cet été dont deux en extérieur. La reprise a tellement été sur les chapeaux de roues, c’est vite compliqué.

Qu’est ce qui t’a inspirée pour créer ce projet ?

Ce sont toujours des inspirations assez variées. J’ai besoin de cet espèce de cosmopolitisme musical, c’est une bonne chose aussi, aucun artiste n’aime qu’on le range dans une case. Je préfère un peu brouiller les pistes et faire honneur à des références parfois temporaires ou parfois universelles, éternelles. Du coup j’ai été assez inspirée par le travail de Timbaland et Nelly Furtado, j’ai réécouté pas mal de gros trucs des années 90-2000. C’est l’air du temps qui veut ça mais j’ai aussi grandi avec ces morceaux donc c’est un peu particulier pour moi. Pour moi avec Prudence il y avait aussi une réaction à The Dø, il s’agit de faire ce que je n’avais pas fait avant. Donc à la fois je continue de faire des morceaux en anglais, des morceaux très mélodiques, mais la façon de les faire, la façon d’appréhender la production était beaucoup plus axée sur la limpidité de la mélodie. Il y a beaucoup moins d’arrangements compliqués et trop intellectuels, donc j’étais vraiment sans aucun complexe, très proche de la pop américaine.

C’est quelque chose qui t’a fait peur de te mettre à chanter en français avec Prudence ?

En fait, finalement sur The Dø ce n’était pas possible, ça ne fonctionnait pas. Et avec Prudence je me suis accordé cette liberté et c’était important pour moi de la poser dès le départ, pour pouvoir justement permettre qu’il y en ait d’autres. On se met toujours des barrières en se disant «  non ce n’est pas pour moi, ce n’est pas moi  », mais il faut savoir se réinventer, et je suis contente d’avoir pu le faire ici.

Et est-ce que tu as des projets musicaux actuels que tu as envie de faire découvrir ?

Je suis en train de faire un EP de remixes des morceaux de l’album avec des productrices, donc il y a notamment Banga, je vais pas révéler tout le monde (rires) mais il y a pas mal de productrices hyper fortes. Il y a aussi u.r.trax qui est maintenant assez connue dans le milieu techno, je suis assez sensible à toute cette scène émergente. J’aime aussi beaucoup Logic1000 et Kelly Lee Owens en ce moment, ce ne sont pas des découvertes mais bon !

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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