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Rencontre avec Ottis Cœur – « On espère que le rock va se détendre !  »

Ottis Cœur - © Alain Badeau
Ottis Cœur - © Alain Badeau

Quelques heures avant leur passage aux iNOUïS du Printemps de Bourges, on a discuté avec le duo flamboyant Ottis Cœur. Alchimie musicale, Riot grrrl et colère créatrice : rencontre avec un groupe qui secoue autant qu’il libère.

Une histoire d’amitié et de rock, des expériences personnelles communes et une alchimie évidente : voilà comment décrire en quelques le mots le duo formé par Camille et Margaux. Ottis Cœur c’est des mots écorchés, des riffs entêtants et une rage qui déborde. Hurler sa colère seul·e, c’est bien, mais à deux c’est mieux, et ça résonne encore plus fort. Tout ça les deux filles d’Ottis Cœur l’ont très bien compris. En rouge et noir, le tandem unit ses voix et ses blessures pour créer des hymnes au goût de liberté. On a rencontré Margaux et Camille avant leur passage aux iNOUïS du Printemps de Bourges où elles ont tout embrasé. Une entrevue légère où l’on a notamment abordé la sororité, le pouvoir libérateur du rock et… Francis Cabrel.

C’était quoi vos réactions quand vous avez appris que vous aviez été sélectionnées aux iNOUïS du Printemps de Bourges ? 

Camille : On a sauté partout.

Margaux : Tous les jours pendant une semaine, on s’est appelées pour se dire « T’as vu Camille on est sélectionnées aux iNOUïS ». On n’en revenait pas. C’était très joyeux et festif.

Vous êtes un groupe tout jeune et j’aime bien penser que derrière chaque groupe il y a une histoire. C’est quoi la votre ? 

Camille : Avec Margaux on s’est confinées ensemble, c’était pas prévu, ça s’est fait un peu au dernier moment. On n’avait pas du tout prévu de monter un groupe, on devait bosser sur nos projets respectifs et en fait on a commencé à travailler sur une chanson.

Margaux : On a décidé de tester une sorte de stage d’écriture, des exercices.

Camille : On a commencé à travailler sur un morceau, à faire des harmonies, on s’est regardées, on a fait « Wow c’est trop bien ».

Margaux : On a commencé à enregistrer notre premier titre le lendemain et au bout d’une semaine on a décidé de monter un groupe.

Vous vous connaissiez avant ?

Margaux : On se connaissait depuis six, sept mois. Au début, on s’aimait pas beaucoup. J’avais un peu de mal parce que Camille ne parlait pas beaucoup et j’arrivais pas à savoir si elle aimait bien les gens. Finalement, on s’est rendues compte qu’on avait beaucoup de points communs.

Camille : C’est d’ailleurs tout ce qui a nourri le projet. Le fait qu’on ait des histoires communes et similaires dans des relations qu’on a eu qui n’étaient pas toujours très gaies, des gens assez toxiques dans le milieu relationnel et professionnel. Du coup, pour le thème d’écriture, on s’est vite bien entendues.

Vous chantez à deux, vous écrivez à deux aussi ? 

Camille : Quand on était confinées, on a tout écrit à deux, aussi bien les accords que les paroles. Après on partait de bribes de textes, que chacune d’entre nous écrivait et on continuait à créer ensemble.

Il faut oser le dire, le milieu du rock en France est majoritairement masculin. Comment on fait pour s’imposer en tant que duo de filles dans cet espace ?  

Margaux : Ce qui est dingue c’est que quand on a commencé le projet, ces questions-là on se les est pas trop posées parce qu’on était que toutes les deux. On n’a pas cherché à s’imposer, on n’avait pas de deadline, de but précis… La création s’est faite hyper sainement, on n’avait personne pour nous empêcher de faire quoi que ce soit. Finalement, le confinement nous a protégé de cet environnement, on a fait pas mal de résidences, on a rencontré des personnes bienveillantes comme Bénédicte (ndlr : manageuse du groupe, présente lors de l’interview). Le fait de ne pas avoir eu de barrières pendant ce moment-là, ça nous a permis de monter et on arrive à un moment où on est assez confiantes dans ce qu’on fait.

Justement, je trouve que le rock dans toute sa diversité de genres est le médium idéal pour revendiquer et hurler sa rage du monde, sa colère. Et vous le faites d’ailleurs très bien dans votre titre Je Marche Derrière Toi. Elle vient d’où la colère que vous chantez ? 

Camille : Elle vient de l’âme. C’est ce qu’on a vécu quand on était plus jeunes, de l’enfance à aujourd’hui, c’est tout ça qui est accumulé dans notre corps et qui a juste envie de sortir.

Margaux : Notre rencontre nous a permis de sortir tout ce qu’on avait trop gardé. Quand on a un projet solo, on est très vulnérable et on a tendance à garder les choses pour nous. Ensemble, on réussit à tout lâcher.

En tant que duo, qu’est-ce que vous apportez individuellement et mutuellement au groupe  ?  

Camille : À la base, on est déjà assez différentes, on a deux tempéraments très différents. Finalement, on se complète sur beaucoup de choses. Par exemple, moi j’avais beaucoup moins confiance en moi avant notre rencontre, Margaux m’a donnée un élan, une petite claque et j’ai gagné beaucoup de confiance.

Margaux : Camille a ce côté très rationnel, moi je pars dans tous les sens et j’ai du mal à canaliser mon énergie, Camille m’a aidée à me poser un peu. Musicalement, Camille écrivait beaucoup en français et moi beaucoup en anglais, elle m’a donnée cette confiance sur le français, elle a débloqué cette langue.

Vous avez choisi le français pour vos textes. Ce qui est beaucoup moins courant dans le rock, même si on voit de plus en plus de jeunes groupes rock chanter en français (Bandit Bandit, Pogo Car Crash Control…). Il s’est imposé comme une évidence ? 

Camille : On n’a même pas réfléchi à ça. On a écrit une première chanson en français et on est parties sur le français. C’est tellement plus direct, c’est notre langue maternelle et quand tu veux dire des choses aussi fortes, les dire vraiment dans ta langue, c’est sans filtre.

Quand on regarde votre bio, vous soulignez le fait d’être des filles et non pas des femmes. C’est un moyen pour vous de vous extraire du regard masculin et de prendre le pouvoir ? 

Margaux : La femme pour nous c’est quelqu’un d’accomplie et autour de nous on a beaucoup de modèles féminins hyper badass, hyper accomplis. Et on n’a pas trop de personnages féminins qui apprennent, qui se construisent, qui font des erreurs. Si on a la représentation de quelqu’un qui est au même niveau que nous, j’ai l’impression que c’est plus facile pour progresser, plus encourageant.

Camille : Pour moi, le mot « femme » il est très haut. J’ai envie de lever les yeux quand je pense à ce mot. C’est un mot qui est mis sur un piédestal et personnellement dans ma vie, je suis quelqu’un de très vulnérable, dans le mot « fille », il y a moins de pression.

Côté influences, qu’est-ce qui vous inspire/vous a inspiré pour Ottis Cœur ? 

Camille : Pour Ottis Cœur, on a beaucoup écouté Feist, dans la voiture.

Margaux : On s’est retrouvées là-dessus. Camille m’a faite découvrir le disque Pleasure.

Camille : Il y a eu les Kinks aussi.

Margaux : Après c’est nos influences respectives qui ont beaucoup dialogué ensemble.

Camille : En tout cas, on a des influences très anglophones. En français, j’arrive pas à trouver, moi tu vois j’adore Francis Cabrel mais j’arrive pas à trouver de lien avec Ottis Cœur.

On peut voir un petit lien…

Margaux : FRANCIS CŒUR (rires)

Au Printemps de Bourges, j’ai vu circuler un merveilleux fanzine aux couleurs d’Ottis Cœur que vous avez confectionné pour l’occasion. Margaux, tu es aussi illustratrice, réalisatrice de clip en plus d’être musicienne. C’était important pour vous d’avoir un objet artistique, créatif pour présenter votre projet ?

Margaux : Comme on fait tout, toutes seules, et que j’avais ces compétences-là, c’était important et utile de s’en servir pour mettre tout ça au service d’Ottis Cœur. Le fanzine c’est très connoté Riot grrrls, c’est vraiment un symbole pour nous. Avec Camille, on a tout découpé, on a fait les questions, les jeux. L’objet est pas parfait mais c’est déjà ça. Même notre clip, on l’a fait nous-même, à un moment, on explose de rire, c’était pas prévu. Mais ce côté spontané c’est important pour nous.

Je trouve que malgré les thèmes abordés, il y a beaucoup de folie et d’humour dans Ottis Cœur. Ça brise le côté parfois un peu trop sérieux du rock.

Margaux : Ça c’est le rock d’avant. On espère que le rock va un peu se détendre !

Camille : Se décomplexer !

Vous allez jouer aux iNOUïS, qu’est-ce qui représente ce concert pour vous et qu’est-ce vous en attendez ? 

Camille : Il y a un truc d’illégitimité quand tu débutes en tant qu’artiste. Là, on se rend compte qu’on a tout à fait notre place ici, je me sens tout à fait légitime. Je me sens à ma place.

Margaux : Ça confirme que tout le travail qu’on a fait, on ne l’a pas fait pour rien. Ce groupe qui est né sans ambition professionnelle, devient plus accompli.

Pour finir, vous nous conseillez des groupes de rock de meufs ? 

Margaux : Récemment, j’ai découvert Bachelor, c’est deux meufs qui ont des projets solo aussi et qui se sont confinées ensemble, ce sont des américaines. Leur bio c’est « ce n’est pas un groupe, c’est une amitié ».

Camille : Il y a Gustaf aussi, c’est des américaines qui passent bientôt au Petit Bain ! Il y a Amyl & The Sniffers, une chanteuse australienne avec un boys band.

Margaux : Il y a HAIM.

Camille : PJ Harvey ! C’est marrant parce que pendant le confinement, je disais à Margaux, « tu penses qu’il y a des filles qui font comme nous en ce moment, qui vont créer des groupes ? ». Et finalement, oui, il y a plein de meufs qui ont sorti des projets.

Margaux : Il y a aussi des lyonnaises, Eat-Girls, qui faisaient partie d’un groupe et qui ont monté un groupe pendant le confinement.

Auteur·rice

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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