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Rencontre avec Hause Plants : « Si l’amitié n’était pas possible, ce groupe n’existerait pas »

Hause Plants by Manuel Casanova

Après un concert très animé malgré un public contraint de rester assis, nous avons échangé avec les quatre amis de Hause Plants. Le groupe créé par Guilherme Machado Correia est originaire de Lisbonne. Leur musique pourrait, elle, tout à fait venir de la côte Est états-unienne. Le 28 mai dernier, ils dévoilaient Film For Colors Photos un premier EP aux sonorités bedroom pop.

Est-ce votre premier concert post-covid ?

Guilherme : Non, c’est notre cinquième concert post-covid, depuis décembre. On aimerait remercier João Modas parce que c’est lui qui a booké tous nos concerts.

Comment vous sentez-vous depuis le retour des concerts ?

Dani : Qu’est-ce qu’une scène ? Est-ce que le bar est une scène ? Pour moi, il n’y a pas de transition entre le public et la scène, c’est vraiment flou. (rires)

Guilherme : Dani est habitué à surfer sur les bars. La scène était ici à la même hauteur que le public. On aime beaucoup ça parce qu’on peut avoir des concerts plus punk-rock.

Dani : C’est une conversation intime avec le public.

Guilherme : C’était notre Ted Talk sur le rock ‘n’ roll et on a assuré ! (rires)

Hause Plants en concert par Madalena Espírito Santo
D’où vient le nom Hause Plants ?

Guilherme : Notre bassiste originel, qui n’est pas là ce soir, écoutait House Plants de Squid. Il a pensé que c’était un nom sympathique pour notre groupe. Il nous a envoyé “House Plants” sur notre conversation téléphonique. Ensuite Jani nous a dit que le groupe pouvait s’appeler “Hause Plants” épelé avec un “a”. J’ai trouvé ça cool.

De ce que j’ai compris, Hause Plants est le deuxième projet de chacun d’entre vous. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Dani : C’est une question compliquée ! Devant toi, tu as quatre personnes, mais en réalité se cachent 8 groupes. On a tous différents projets, par exemple avec António (le bassiste originel) on a un autre groupe.

Guilherme : J’ai commencé mon projet tout seul. J’écrivais des chansons dans ma chambre. J’ai pensé que je devais créer un groupe pour jouer ces musiques en live. J’ai demandé à Jani, notre batteur, de jouer avec moi. C’est mon ami depuis que j’ai douze ans. Il joue avec moi et dans un autre groupe qui s’appelle Huggs. Dani est dans un groupe espagnol de Madrid, Drunk Yard, j’ai enregistré leur album. J’ai demandé à Dani, le meilleur guitariste que je connaisse, de jouer avec nous. António, notre bassiste originel, est en train d’étudier. Il commence une vie d’adulte donc on avait besoin d’un autre bassiste et donc on a demandé à João. Lui aussi joue dans un groupe qui s’appelle Grandson. Donc Hause Plants, c’est moi, j’écris les chansons. Mais ça n’a pas grande importance, car ce qui importe, c’est lorsqu’on fait du live tous ensemble.

Comment s’est créé le projet Hause Plants ?

Dani : Le groupe est juste une excuse pour être entre amis. (rires)

Guilherme : On joue, on mange et tout le monde est toujours d’accord pour faire quelque chose.

L’EP s’appelle Film for color photos, pourrait-on dire que c’est une sorte de journal intime ou d’album photos instrumental ?

Guilherme : Quand tu achètes une pellicule il est écrit sur l’emballage “Film for color print”. J’ai toujours pensé qu’il serait plus juste qu’il soit marqué “Film for color photos”. Quand tu achètes une pellicule 35 mm par exemple, tu l’achètes parce que tu as envie de capturer des moments. Une chose que j’ai faite toute ma vie, c’est écouter des chansons et j’y ai attaché des souvenirs. Comme par exemple Class Historian de Broncho. Cette musique me fait penser à mon voyage à Madrid avec ces trois personnes. On s’amusait, on allait au restaurant, on buvait, on vivait juste notre vie. J’ai l’impression que chaque chanson que j’écoute, j’y attache un certain moment de ma vie. J’ai envie que cet EP soit une pellicule vide pour quelqu’un.e. Il.elle l’écoute et utilise les chansons pour sa propre vie.

Pourrais-tu nous expliquer la pochette de l’EP ?

Guilherme : Les photos de la pochette, je les ai trouvées sur Internet. Elles sont en propriété publique donc je peux les utiliser (rires). J’ai fait une première version qui était pourrie. Je l’ai ensuite envoyée à une amie qui est designer à São Paulo. Elle a utilisé les photos et mes idées et elle en a fait quelque chose de mieux. Le rose, c’est parce que c’est la couleur de Hause Plants. La photo a été prise au festival Paredes de cor, un festival dans le nord du Portugal. C’est un lever de soleil. C’était un processus complexe, mais ça rend bien, je pense. On va à New York en septembre prochain. Moi, Jani, Dani et João n’y avons jamais été ensemble. On va prendre les photos nous-même et peut-être les utiliser pour le prochain EP.

Quelles ont été tes influences pour cet EP ?

Guilherme : Mes plus grandes influences étaient Jani à la batterie, Dani à la guitare, João et António à la basse. Lorsque j’écrivais mes chansons j’étais déjà en train de penser au rendu en live. Par exemple, en imaginant que Dani jouerait à la guitare tout en se jetant du bar. Donc mes principales influences sont ces trois personnes et Antonio. En termes de groupes de musique, je suis un grand fan de la scène new-yorkaise des années 2010 comme Beach Fossils, DIIV. On peut l’entendre dans mes musiques et tout de suite penser à eux.

Hause Plants en concert par Madalena Espírito Santo

Dani : Il est important de ne pas se précipiter sur cette idée-là et ranger notre musique dans une case. Guilherme est la personne qui écrit ces musiques. On a plus de pression quand quelqu’un nous caractérise ou nous range dans la même case que d’autres groupes. Les personnes doivent trouver quelque chose de similaire pour apprécier ce qu’ils écoutent. C’est important de garder l’esprit ouvert. J’écoute la scène new-yorkaise, certes, mais j’ai également différentes influences qui ne sont pas évidentes comme Television, Sonic Youth ou The Smiths. C’est juste un mélange de tout ce que l’on écoute et également de ce que Guilherme a vécu l’année dernière.

Guilherme : Mes influences ne sont pas seulement des groupes de musique. Par exemple, pour Annie from community, je regardais beaucoup la série Community tout seul dans ma chambre pendant le confinement. Je me demandais si j’allais survivre pendant trois mois sans voir mes amis. Community était une bonne série à regarder.

Dani : Mais les gens vont dire que la musique ne peut pas sonner comme une série télévisée.

Guilherme : Oui mais le truc c’est que tu peux être influencé par tout ce qu’il y a autour de toi. Pendant ces mois où tout le monde était chez soi, je regardais cette série et le personnage principal est Annie. Elle représentait beaucoup pour moi, car elle vivait une période difficile elle aussi. Les paroles ne sont pas vraiment à propos d’elle. C’est le même sentiment, c’est pour cela que je l’ai appelé de cette manière. Jai été influencé par le sentiment de manque de mes amis et par le fait d’être bloqué chez moi.

Hause Plants en concert par Madalena Espírito Santo

Dani : C’est marrant parce que tu peux voir que la vie nous influence même sur nos concerts. Nous mettons des samples entre nos chansons. Pour ce concert nous avons mis les messages vocaux laissés par nos amis. Ils racontent tous une histoire de ces derniers mois.

Guilherme : Si l’amitié n’était pas possible, ce groupe n’existerait pas. Je ne suis pas capable de faire tout ça tout seul.

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