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« Les cahiers d’Esther » – Tome 6 : Adolescence, mode d’emploi

Les cahiers d'Esther
© Allary éditions

 Qui dit nouvelle année dit nouvel opus des Cahiers d’Esther. Cette fois-ci, la fillette qui se confie chaque semaine à Riad Sattouf fête ses quinze ans et son entrée dans l’adolescence. L’occasion de redécouvrir avec tendresse et drôlerie cet âge aussi ingrat qu’inoubliable. Et d’avoir une vue prenante sur l’époque. 

Les Cahiers d’Esther sont de retour, et cette fois, Esther a quinze ans  ! Elle est encore en troisième mais entrera bientôt au lycée, passe tout son temps avec « ses meufs  » (mais elle n’a pas que deux amies, bien que les planches de Riad Sattouf laissent cette impression, précise-t-elle). Quinze ans, c’est l’âge des premières soirées avec alcool, des premiers émois et déceptions amoureuses, du premier compte Instagram et des premiers choix d’orientation.

Petite particularité voulue par l’époque  : il y a une pandémie mondiale qui court dehors. Pandémie qui percute de plein fouet le quotidien de la jeune fille. Contrairement à ses amis «  bourges  » qui quittent Paris pour mettre les voiles vers de luxueuses maisons de campagne, Esther qui n’est «  pas bourge même si elle est dans un collège de bourges  » — détail de la plus haute importance, est confinée à Paris. On suivra son quotidien d’enfermement, aux côtés d’un père hypocondriaque jusqu’à l’absurde.

Drôlerie de l’âge ingrat

On revit avec plaisir son âge bête à travers les yeux d’Esther. La jeune fille est une ambassadrice épatante de la jeunesse de son époque. Riad Sattouf se livre à un exercice aux vertus quasi anthropologiques. Comme toute ado de 2021, Esther est fan de Timothée Chalamet, écoute Aya Nakamura (parfois), boit de l’alcool (un tout petit peu) et utilise un langage qui déroutera plus d’un boomer . Grand seigneur, l’auteur ne manquera pas de traduire le vocabulaire d’Esther afin d’éclairer les lanternes d’un public potentiellement déboussolé par ces nouveaux mots. 

Dans ce dernier tome, on suit avec plaisir son histoire avec Abdelkrim, un garçon originaire de Metz rencontré en colo  : «  une ville froide où règne la violence apparemment  ». Difficile de ne pas se reconnaître, au même âge, dans les grands problèmes quasi métaphysiques qui ponctuent son existence d’adolescente. Haro sur sa réputation, lorsqu’Esther réalise qu’elle est considérée comme une fille qui ne boit pas et donc forcément «  ennuyeuse  » par les garçons de sa classe. L’adolescente et ses camarades sont sans cesse tournés en dérision — mais avec une grande tendresse — par l’auteur. On rit de leurs manières, de leurs rites d’intégrations et des «  ouèches  » en fin de phrase. Mais surtout, inévitablement, on s’attache. 

2020 et ses failles

Si l’auteur parvient à capter l’effervescence d’une jeunesse contemporaine, il représente aussi les points noirs de notre époque. Esther grandit à peine et on est scandalisé par la manière dont elle est traitée dans l’espace public. Elle devient femme mais surtout, devient proie. Les garçons l’abordent dans la rue, la scrutent dans les moindres détails, l’insultent parfois. Cette violence physique de la rue est reconduite dans l’espace numérique d’Internet. Seulement quelques heures après avoir activé son compte Instagram, Esther reçoit déjà des messages d’inconnus. En 2020 encore, il ne fait pas bon être une femme dans un monde qui semble encore réservé aux hommes. 

Avec ses planches thématiques – publiées chaque semaine dans l’Obs – Riad Sattouf capte avec une grande justesse la jeunesse d’aujourd’hui. Et dresse ainsi un portrait tendre de l’époque. Vivement l’année prochaine. 

Les cahiers d’Esther, Tome 6  : Histoire de mes quinze ans de Riad Sattouf, Allary éditions, 16,90 euros. 

Auteur·rice

Journaliste

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