SOCIÉTÉ

Interview « Avant l’orage »  : « Le hashtag a peut-être aujourd’hui plus d’impact qu’une manifestation »

©avant_lorage

Avec leur mouvement écologiste Avant l’orage, la militante Camille Etienne et le réalisateur Solal Moisan se battent sur les réseaux avec les armes du Soft Power.

Solal Moisan et Camille Etienne n’imaginaient pas que leur première vidéo “Réveillons-nous” créerait un tel engouement. Le 28 mai 2020, après un mois confiné à la montagne à plancher sur leur projet, le collectif, encore appelé Pensée sauvage, poste la vidéo qui cumule en l’espace de deux semaines seulement six millions de vues sur toutes plateformes confondues.

Leur volonté ? Lancer un appel intergénérationnel pour changer les mentalités, sortir les gens de l’immobilisme et pousser les nouvelles générations à l’action. S’étant rencontré via le mouvement On est prêt, dont Camille Étienne est par la suite devenue la porte-parole, les deux comparses se décident à utiliser la vidéo, le visuel et les réseaux pour réanimer le mouvement écologique et investir la jeunesse dans leur avenir climatique et politique. En juin 2021, après un procès intenté contre cinq membres du gouvernement pour inaction climatique et un voyage en voilier pour aller filmer les conséquences du réchauffement climatique en Arctique, les deux militants sont plus que jamais engagés dans leur lutte. Rencontre.

Vous empoignez les armes de l’artistique et du visuel pour défendre votre cause. Pourquoi ?

Camille Etienne  : On s’est rendu compte que l’art avait un pouvoir persuasif immense et qu’il était absurde de ne pas l’utiliser. Il bouscule les choses, les imaginaires ! Tout le monde a déjà pleuré devant un film ou a été emporté par une musique.  Pour créer de l’engagement, il faut toucher aux émotions. Matcher le passionnel avec le rationnel, c’est très puissant !

Quel est votre plan d’attaque sur les réseaux ?

C.E : Ce qui manque aujourd’hui, c’est un lien entre des gens qui sont très engagés et qui font le choix de l’action et des gens intéressés, mais qui ont concrètement la flemme ou pas d’idées. On veut réussir à bouger cette masse-là. Les réseaux sociaux, c’est un outil surpuissant pour ça, en une publication tu peux toucher 70 000 personnes !

L’hashtag a-t-il un vrai impact ?

Solal Moisan : Oui, on l’a vu avec #metoo ou avec Raphaël Glucksmann par rapport à la cause des ouïghours ! L’impact de ces campagnes est très puissant et on s’y intéresse beaucoup. Le lien entre l’artistique, le digital et le message militant a été conscientisé chez nous, dès notre première vidéo. La question plus large qui nous interroge, c’est qu’est-ce-qui a le plus d’impact ? L’hashtag a peut-être plus d’impact qu’une manif’ aujourd’hui ! On réfléchit beaucoup à tout ça !

Ce qui marche le plus sur Instagram en ce moment ?

S.M : Les gens sont plus engagés quand le ton est positif. Quand on montre un avenir possible et non déprimant. Quand les figures de proue sont des personnalités publiques, aussi. 

L’individualisme ambiant crée-t-il  un engagement individualisé ?

C.E : Je crois. Mais donner ne serait qu’envie à des gens de moins prendre l’avion ou de diminuer leur consommation de viande, c’est déjà très bien. On se base sur le « Si pas toi, qui ? Et si pas maintenant, quand ? » C’est ce qui marche le mieux, c’est bateau, mais ça fonctionne. 

Les réseaux parviennent-ils à créer le consensus qui manque à plus d’un mouvement militant ?

C.E : Oui, ils créaient clairement un effet boule de neige dans lequel l’âge, le sexe ou les origines passent à la trappe. Dans tout mouvement, il y a du dissensus. Il faut des forces qui s’affrontent pour avancer et progresser. L’idée n’est pas de dire que tout le monde est d’accord, mais de se trouver autour de valeurs communes. On veut toucher une certaine partie de la population qui n’est pas encore mobilisée et les réseaux sont parfaits pour ça !

@graine_de_possible @solalmoisan @avant_lorage

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