ART

FESTIVAL D’AVIGNON – “The Sheep song” : humain trop humain

© Kurt Van Der Elst

De retour à Avignon, le FC Bergman présente The Sheep Song. Particulièrement beau, ce conte touchant sur un mouton qui veut devenir homme est toutefois desservi par un humour trop potache.  

En 2016, le FC Bergman avait enchanté les festivaliers avec Het Land Nod, un hommage à la salle Rubens du Musée des beaux arts d’Anvers qui s’apprêtait à fermer pour travaux. En 2019, Paris avec accueilli le monumental “JR”. Cette année, de retour à Avignon, le collectif propose The Sheep Song, un conte fantastique sur un mouton désireux de se faire homme. Une aventure aux images magnifiques mais qui s’avèrera douloureuse. 

Le mouton qui voulait être un homme 

Au milieu d’un troupeau de (vrais) moutons bruns, un gros mouton blanc se hisse péniblement sur ses pattes arrières. Après quelques tentatives, le voila bipède. Commence alors son périple dans le monde des humains. Un monde qui lui offrira quelques instants de bonheur mais qui ne lui fera pas de cadeaux, allant presque jusqu’à lui faire regretter son choix.

Comme toujours avec le FC Bergman, il n’y pas de parole mais beaucoup de beauté. La scénographie est ici particulièrement ingénieuse. S’inspirant des tableaux du moyen-âge pré-perspective et de Brueghel, toute l’intrigue se déroule littéralement (grâce à des tapis roulants) à l’avant scène et les protagonistes défilent devant le public. Notre mouton devenu humain fonde une famille, se fait prendre à partie, acquiert des bras puis un visage. Bref, il vit sa vie. Accumulant les expériences, il ne semble pourtant jamais trouver le bonheur. Ses épaules s’affaissent, il parait de plus en plus fatigué de cette vie pour laquelle il a tant sacrifié. Ce sentiment est particulièrement bien exprimé dans un scène fort réussie où notre mouton se retrouve dans une sorte de “cimetière des désabusés” des contes avec la plus fameuse des cigales, Pinocchio et Peter pan (intelligemment représenté sous les traits de Michaël Jackson). 

© Christophe Raynaud de Lage pour le Festival d’Avignon

Humour potache 

La réussite de ce conte doit beaucoup à ses interprètes, particulièrement gracieux dans les scènes chorégraphiées. Jonas Vermeulen, le danseur qui «  fait  » le mouton dans un costume en partie articulé réalise une prestation absolument remarquable (et assurément très physique !). 

L’ensemble est toutefois en partie gâché par l’humour potache qui parsème le spectacle. C’est une habitude du FC Bergman mais qui plombe particulièrement cette création. Les scènes de marionnettes notamment censées représenter le rapport à la religion – pourquoi pas – tournent beaucoup trop autour du sexe et s’étirent franchement en longueur.

Heureusement, la fin du spectacle – bien qu’un peu moralisatrice –  renoue avec la poésie du début et lui permet de se terminer aussi bien qu’il a commencé. 

The sheep song du FC Bergman. Au Festival d’Avignon jusqu’au 25 juillet 2021. A L’Autre Scène du Grand Avignon à Vedène (accessible en voiture ou par navette sur réservation). Durée : 1h15

Auteur·rice

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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