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FESTIVAL D’AVIGNON – Les contes de Phia Ménard

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Phia Ménard présentait à Avignon « La trilogie des contes immoraux (pour Europe) ». Un spectacle impressionnant repris en janvier 2022 à la MC93 de Bobigny.

Quelques heureux élus avaient déjà eu la possibilité de voir Maison mère, la première partie de cette trilogie aux Théâtre des Amandiers de Nanterre en mai 2019. À Avignon, session de rattrapage et double dose  : Maison Mère est complétée par Maison Père et La Recontre Interdite. Un spectacle en trois parties à la puissance toutefois inégale.

(Dé)construire le père et la mère

Dans Maison Mère, une Phia Ménard seule en scène construit avec patience et difficulté une reproduction du Parthénon d’Athènes en carton. Cette première partie, de loin la meilleure, est un spectacle poignant qui fait passer le public par toute une série d’émotions  : rire, angoisse, empathie et tristesse quasi infinie.

Dans Maison Père, Phia Ménard est la metteuse en scène d’une sorte d’adaptation théâtrale de Métropolis de Fritz Lang et Thea Von Arbou. Sur scène, sous l’emprise d’une femme gourou-maître d’œuvre symbole de l’avidité capitaliste, des ouvriers-esclaves aliénés se démènent pour ériger une tour toujours plus élevée. En partie issus du cirque, les performeurs impressionnent par leur agilité et la construction finale est à couper le souffle. Le spectacle se termine avec La Rencontre Interdite, séquence d’une vingtaine de minutes, presque reposante, dans laquelle Phia Ménard apparait nue sur scène.

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Puissance inégale

Si le spectacle commence très bien, il perd malheureusement en force au fur et à mesure. Maison Père pêche en effet par sa rigidité et ses longueurs. Les gestes effectués en série par les «  ouvriers  » sont les mêmes ce qui, du point de vue de la dramaturgie, fait sens mais rallonge les séquences de construction. Même si le résultat final est impressionnant, il est moins touchant que celui de Maison Mère obtenu par un processus plus « artisanal » et finalement plus risqué. Pour les passages parlés en langue étrangère, le choix de fournir un livret papier en début de spectacle plutôt que d’inclure des sous-titres n’est pas non plus des plus judicieux, le noir de la salle rendant impossible la lecture simultanée des traductions.

La dernière partie souffre paradoxalement de sa simplicité. Certes, son calme et son dépouillement (littéral) fonctionnement comme un sas de retour vers le monde réel ainsi qu’un moment de réflexion sur ce qui vient de se passer. Mais après la débauche d’images somptueuses produites pendant 2h30, on préfèrerait à ce final « cérébral » une fin plus grandiose et tonitruante. Aussi, il y a quelque chose de décevant à se rendre compte que les extincteurs avec lesquels Phia Ménard se promènent sur scène ne sont pas plutôt des lances flammes.

En dépit de ses limites, l’ensemble demeure une performance impressionnante et un nouvel exemple du talent de Phia Ménard lorsqu’il s’agit de produire des images et des émotions. L’essence même de l’art vivant.

La trilogie des contes immoraux (pour Europe) de Phia Ménard. Au Festival d’Avignon 2021, reprise du 2 au 22 janvier 2022 à la MC93 Bobigny. Durée  : 3h.

Auteur·rice

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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