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« Désigné Coupable » – La Justice à tout prix

Désigné Coupable - Copyright TOBIS Film GmbH
Désigné Coupable - Copyright TOBIS Film GmbH

Kevin MacDonald met en scène le destin incroyable de Mohamedou Ould Slahi, détenu injustement pendant quatorze ans dans la prison de Guantánamo. Un film dur et vibrant, porté par un Tahar Rahim au sommet de son art.

Plus de dix ans après le succès du Dernier Roi d’Écosse, Kevin Macdonald, qui s’est tourné un temps vers les documentaires, revient avec un drame sensationnel. Avec Désigné Coupable, il s’attaque à un thriller dramatique, agité. Il s’enfonce frénétiquement dans une histoire entêtante, résonnant comme un cri d’indignation contre les abus du gouvernement américain et les dérives judiciaires qui ont lieu dans ces prisons.

Le film est traversé par les performances remarquables des trois acteurs principaux : Tahar Rahim, Jodie Foster et Shailene Woodley. Il semble que chacun trouve chaussure à son pied pour s’abandonner complètement. Leurs interprétations transcendent une histoire déjà riche et intense, pour lui donner une toute autre dimension. Ils livrent ici des personnages complets, humains mais élevés par leurs destins hors pairs, et un combat commun. Tahar Rahim, en particulier, laisse exploser son talent brut, sauvage, qu’on imaginait déjà, mais qui prend corps avec le personnage de Mohamedou.

Désigné Coupable est un film coup de poing, levant le voile sur une page sombre de l’histoire des États-Unis. En 2001, au lendemain des attentats du 11 Septembre, le gouvernement américain se lance dans une chasse à l’homme. Le traumatisme de l’attaque terroriste la plus violente ayant eu lieu sur le sol américain gagne tout le pays. La mission est simple : les coupables doivent payer. Des milliers de suspects, ayant des liens plus ou moins proches avec Al-Qaïda sont pourchassés et arrêtés. Devant l’urgence de la situation, le gouvernement ne s’embarrasse pas des procédures administratives habituelles. L’inévitable arrive : le gouvernement bafoue rapidement les principes clés de la justice américaine.

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Un drame carcéral

Enfermé pendant quatorze ans dans la prison de Guantánamo, réputée pour la violence de ses méthodes et l’impunité de ses gardiens, Mohamedou Ould Slahi ne sera jamais inculpé. Pendant de longues années, il sera torturé quotidiennement, privé de contact avec sa famille, sans jamais connaître la raison de son arrestation. Clamant son innocence, il se battra avec Nancy Hollander (Jodie Foster) et Teri Duncan (Shailene Woodley) pour obtenir sa liberté. Désigné Coupable est l’histoire de ce combat, qui mettra dans l’embarras trois présidents américains. Le film interroge : pour combattre le terrorisme, sommes-nous prêts à sacrifier des bouts de démocratie ?

La tension à l’écran plonge dans cette quête effrénée pour la justice. Très vite, le sentiment d’impuissance et de frustration envahit la salle. L’obstination des personnages pour faire, enfin, éclater la vérité, devient l’obsession du public. La mise en scène est d’une intensité rare, mettant un accent tout particulier sur les bruits secs. Porte de prison, chaise traînée sur le sol… Ces bruits parasites sont exacerbés, enrobant le film dans une bande-son carcérale, dérangeante, oppressante à souhait.

Total, brutal, le film offre une expérience cinématographique d’une intensité extrême. Trop intense, par moment. Pour transporter le spectateur dans l’enfer de Guantanamo, le réalisateur a décidé de recréer en salles l’expérience de la torture psychologique. Lumière aveuglante, cris, menaces… S’il relève ainsi un défi de mise en scène incroyable, le résultat est particulièrement violent. Âmes sensibles, s’abstenir. 

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