CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « Lingui » : Récit d’émancipation

Copyright Pili Films/Mathieu Giombini
Copyright Pili Films/Mathieu Giombini

SÉLECTION OFFICIELLE – COMPÉTITION – Avec Lingui, les liens sacrés, le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun s’attaque à une question contemporaine nécessaire : celle des liens familiaux à l’épreuve de la société patriarcale. Il constitue ainsi une épopée haletante baignée de sororité.

Lingui nous mène à la ville de N’djaména au Tchad, Amina (Achouackh Abakar Souleymane) vit avec sa fille Maria (Rihane Khalil Alio) – ou Mamita, comme elle aime l’appeler – qu’elle a élevé seule suite à une grossesse précoce qui l’a isolée de sa famille. Le jour où Maria tombe à son tour enceinte, le malheureux schéma se répète. Cette dernière souhaite pourtant faire autrement et avorter, peu importe les lois ou les enjeux patriarcaux qui s’imposent à elle et à sa mère.

Ce film c’est celui d’une révélation, d’une mère pour sa fille, d’une sœur pour une sœur, d’une femme pour une autre. Nous suivons ici Amina dès les premières secondes du film déterminée, et nous la voyons évoluer progressivement, passer d’une mère très pratiquante, très rangée, à celui d’une femme qui s’écoute et qui assume des choix radicaux pour le bien de sa fille. On la voit ainsi s’émanciper de la honte : la honte d’être une mère jeune et seule, la honte d’être une femme, la honte d’exister sans les hommes. C’est un récit initiatique où les femmes cherchent à rompre peu à peu avec l’isolement qu’elles subissent de par les hommes.

Maria amène cette nouveauté et cette fraîcheur actuelle dans la vie de sa mère, et c’est ce qui leur permet de recréer des liens qui s’étaient dénoués par le passé. Ces fameux liens sacrés. Évoqués à un moment par la sœur d’Aminata, ils sont au cœur du film, c’est pour cela que chacune des femmes présentées se bat. Lorsqu’Aminata cherche une avorteuse pour sa fille, ou que sa sœur lui demande conseil pour éviter une excision promise à la sienne. Et si les actrices semblent parfois tâtonner dans leur rôle avec une certaine naïveté touchante, l’image revient les valoriser dans leur position. Elle les met en lumière, dans leur joie et leur tristesse, dans leur travail acharné et dans leurs moments de lâcher prise.

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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