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CANNES 2021 – « Et il y eut un matin » : Crise(s)

Copyright Pyramide Distribution
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SÉLECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Parfois le cinéma intervient comme une fenêtre sur le monde et sur notre actualité, et se trouve alors à même d’éclairer certains éléments qui peuvent nous échapper. Et il y eut un matin, film d’Eran Kolirin, s’inscrit dans cette dimension en nous immergeant dans le conflit israélo-palestinien.

Dans Et il y eut un matin, Sami (Alex Bachri), sa femme Mira (Juna Suleiman) et son fils Adam, vivent tous les trois à Jérusalem. Le temps d’une journée, iels reviennent dans le village arabe où Sami a grandi, à l’occasion du mariage de son petit-frère. Alors qu’iels sont en route pour regagner leur domicile dans la capitale, iels se trouvent bloqué·es par un barrage de l’armée israélienne. C’est tout le village qui se trouve alors isolé du reste du territoire, et la vie de Sami qui s’enfonce peu à peu dans une forme de chaos.

Avec ce film, Eran Kolirin construit un pamphlet militant simple, honnête et réaliste. En insérant une petite histoire – la vie de Sami et de sa famille – dans une plus grande – le conflit israélo-palestinien – il nous permet de mieux comprendre les rouages, les enjeux, et les conséquences que peuvent avoir une guerre sur les populations oppressées et attaquées. L’isolement le plus total, la répression armée, le contrôle des vies. On voit le village mourir peu à peu : les coupures d’électricité, la neutralisation du réseau téléphonique et internet, l’impossibilité de se déplacer, le manque de vivres.

Ici la grande crise du pays vient réveiller d’autres crises, notamment celle de la cellule familiale. L’isolement, le confinement forcé avec des proches, révèle toutes les difficultés que Sami vit dans son couple. S’ajoute à cela le manque d’attaches qu’il a avec son village d’origine et avec ses parents, ou avec son petit frère, et le fait qu’il soit un « mauvais homme » comme il le dit lui-même. Chacun·e met progressivement à jour ses failles. Tous ces éléments mènent d’abord à une accalmie, un désir d’organisation. Puis ils entraînent une révolte, un besoin de bousculer la situation, que ce soit dans la sphère personnelle ou dans la situation critique du village.

Lorsque les habitant·es comprennent la situation – le village est en partie bloqué par l’armée israélienne car il abrite des individus arabes qui n’ont pas la nationalité israélienne. Ils sont donc techniquement clandestins. Deux camps se font face. D’un côté, les plus proches du pouvoir – dont le beau-frère de Sami – qui veulent livrer les personnes clandestines aux forces israéliennes. De l’autre, des personnes comme le père de Sami qui considèrent ces personnes comme leurs frères/sœurs et souhaitent les protéger d’une répression certaine. Les personnages se révèlent dans leur sens de l’empathie et leurs revendications de solidarité.

Et il y eut un matin, inspiré de l’ouvrage du même nom de Sayed Kashua, est une proposition honnête et subtile. Car ce dernier conserve tout de même en permanence une forme d’ironie délicate et bienvenue, étant donné le sujet, rappelant dans une moindre mesure le travail du réalisateur poétique d’Elia Suleiman. C’est un long-métrage fort qui invite à vivre, à se battre, à se remettre en question et à mieux s’attarder sur les choses pour les comprendre dans leur globalité la plus juste.

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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