CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « Bonne mère » : Une force tranquille

Copyright SBS Distribution
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SÉLECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Après avoir présenté Tu mérites un amour à la Semaine de la Critique en 2019, Hafsia Herzi nous offre un nouveau long-métrage où elle prend le temps de développer le parcours d’une mère de famille.

On connait principalement Hafsia Herzi pour ses participation répétées aux films d’Abdelatif Kechiche – et particulièrement pour La Graine et le mulet – mais cette dernière gagne également à être connue en qualité de jeune réalisatrice. Elle nous le montre une fois de plus avec Bonne Mère, un film où elle ne joue cette fois pas, nous offrant une direction assurée et rayonnante, qui gagne véritablement en teneur.

Bonne Mère c’est une captation de la vie de Nora (Halima Benhamed), une mère de famille dévouée, à l’emploi du temps millimétré. Le travail à l’aéroport tôt le matin, le travail auprès d’une personne âgée dans l’après-midi, le travail à la maison avec une famille élargie qu’il faut savoir superviser au retour de journées interminables. Car cette vie, elle la partage avec ses (grands) enfants, et ses petits-enfants, qui vivent tous dans son appartement situé dans les quartiers nord de Marseille.

Le personnage de Nora est profondément sincère, bien écrit. Il y a toujours cette retenue très pudique, cette délicatesse, cette bonté presque évidente dans le jeu de l’actrice. Elle incarne à elle seule, toute la force tranquille d’une famille qui pourrait vaciller à tout moment . “Faut que tu restes solide j’ai besoin de toi maman” lui lance son fils lors de ses visites fréquentes dans la prison où il est incarcéré. Une phrase simple qui indique pourtant toute la charge qui lui est incombée. Rester solide, rester debout, rester à flots, même quand tout va mal, elle ne peut jamais faillir.

C’est un film personnel pour Hafsia Herzi, elle revient là où elle a elle-même vécu par le passé. En prenant la décision de filmer dans les Quartiers nord de Marseille, « Les plus dangereux d’Europe » nous dit-elle lors de la projection, elle pointe toute la difficulté qu’elle a pu avoir avec ses équipes à œuvrer pour le développement et le tournage de son film. Mais cette violence évoquée oralement en séance, elle est invisible dans le film. Hafsia Herzi fait le choix de rendre visible cette femme et sa famille, dans ce cadre précis de la cité, mais sans que ce cadre peu sécurisant ne soit au premier plan de la narration.

Quelques petites incohérences et un manque de développement sur certains personnages de Bonne mère – comme c’est le cas pour sa fille – donnent un goût d’inachevé. Ces particularités n’enlèvent cependant rien à toute à la ténacité et au caractère touchant qui émane en continu de ce film. À travers ce long-métrage, l’on comprends au fil du développement des jours et des événements le sens chaleureux et vivant donné au mot « famille », qu’il s’agisse des liens biologiques, des ami·es ou des collègues.

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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