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CANNES 2021 – « Benedetta » : Le Sein des saints

© Guy Ferrandis / SBS Production

SÉLECTION OFFICIELLE – COMPÉTITION – Le cinéaste provocateur Paul Verhoeven présente après Elle en 2016, une nouvelle production française en compétition au Festival de Cannes. Toujours aussi sulfureux, il signe avec Benedetta une œuvre mystique, blasphématoire et guignolesque. Virginie Efira consume l’écran. À voir en salles dès ce vendredi 9 juillet.

Festival de Cannes 2017. Une gigantesque affiche de promotion recouvre toute la façade d’un immeuble. Une nonne le visage à moitié caché y dévoile son sein. Deux noms : Paul Verhoeven et Virginie Efira. Un titre : Benedetta. Les années ont passé, le mystère s’est installé, la crise sanitaire l’a repoussé. Quatre ans plus tard, le film tant attendu est enfin sélectionné en Compétition au Festival de Cannes. Cinéaste connu pour son goût prononcé pour la violence, le sexe et la religion comme des thèmes jalonnant toute son œuvre cinématographique : de Turkish Delices à Basic Instinct en passant par Starship Troopers – pour n’en citer que trois. Naturellement, rien n’est jamais exposé gratuitement et ce ne sont que des prétextes à analyser froidement la société telle qu’elle est.

Et, ce nouveau sujet, évidemment sulfureux, ne pouvait qu’attirer le réalisateur Néerlandais. Le scénario est librement inspiré du livre Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de l’historienne Judith C.Brown publié en 1987. Il relate l’histoire réelle de Benedetta Carlini, une nonne qui vivait au 16ème siècle dans la ville de Pescia en Italie. Elle prétendait être l’épouse du Christ et que ce dernier parlait à ses sœurs par son biais. Ainsi, elle se suppliciait elle-même des stigmates de Jésus, jusqu’à ce que les échos de cette religieuse mystique arrivent auprès d’un nonce du pape florentin qui ouvrit une enquête. Après les témoignages de Sœur Bartolomea, qui l’accusa de violence sexuelle et de possession démoniaque, elle fut condamnée. Elle est devenue, depuis ce livre, une figure du lesbianisme.

© Pathé Films 

Oh my Gode !

Dès les premières minutes du film, alors que la petite Benedetta est en route pour le couvent avec ses parents, elle s’oppose avec véhémence à des brigands. Elle ose les menacer au nom de la Vierge Marie et, comme par miracle, une chiure d’oiseau tombe dans l’œil de l’un d’entre eux. Un minuscule événement qui donne le ton du film. Benedetta est audacieuse et mystique pourtant le cinéaste tourne déjà à la dérision ses actions. Arrivée au couvent, la statue de la Vierge lui tombe dessus, l’écrasant sans séquelles, elle en profitera pour sucer le téton dévoilé hors de la tunique. Devenue adulte, la jeune femme s’inscrit fatalement dans la lignée des héroïnes équivoques et manipulatrices du cinéma de Paul Verhoeven.

Tandis que la peste commence à s’abattre sur l’Italie, les premières visions de Jésus lui apparaissent. Celui qui la nomme « mon épouse » et parle à travers sa bouche. Habitée par son seigneur comme élue pour protéger la cité de l’épidémie, Benedetta se retrouve marquée de ses stigmates. Si le doute persiste chez l’abbesse interprétée par la toujours fabuleuse Charlotte Rampling, la jeune nonne réussit à faire croire en ses dons, dans le royaume de la religion où le blasphème et l’hypocrisie règnent. « On a le droit à un pêché, quel est le tien ? » la questionne une de ses sœurs.

Mais le mysticisme n’est pas son seul penchant. L’arrivée au couvent de Bartoloméa (Daphné Patakia), et ses yeux bleus perçants la déstabilisent de dangerosité. Très vite, les deux femmes vont se donner du plaisir, à gorge et à seins déployés. L’érotisme s’empare de la sainte – et du film. Elle se fait pénétrer par un gode taillé dans le bois de la statuette de la vierge de son enfance. Intelligente, elle met tout en œuvre pour conserver son pouvoir malgré l’arrivée du nonce, interprété par Lambert Wilson, poussant sa voix grave de personnage malveillant.

De cette histoire, Paul Verhoeven crée un univers baroque à la mise-en-scène fabuleuse. Il y insère toute son ironie glaciale avec un recul invoquant les rires. Il y dévoile également son cinéma fait de jeux de domination malsains et de fausses croyances. Comme dans Showgirls, le grotesque se fond dans le sublime faisant étonnamment de Benedetta un film insolite et comique qui consacre une nouvelle fois Virginie Efira, en lice pour le prix d’interprétation féminine.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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