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« Un Espion ordinaire » – Au service de l’Histoire

Copyright © Liam Daniel / Telepool

Après l’élection de Donald Trump en 2016, Tom O’Connor s’intéresse à l’histoire de l’espionnage entre l’URSS et les USA. Il tombe sur une mystérieuse affaire classée secret-défense, impliquant deux anonymes. Il nous offre ses découvertes dans Un Espion ordinaire, fiction inspirée de faits réels.

1960. Greville Wynne, homme d’affaires anglais respectable, vit à Londres avec sa femme et son fils. Alors que les États-Unis et l’Union Soviétique propagent leurs idéologies, les services secrets du MI6 et de la CIA sont en alerte. Impérialisme d’une part et communisme de l’autre, Greville Wynne se retrouve malgré lui au cœur de la course nucléaire qui ébranlera le monde pendant la guerre froide. Menaçant ainsi la Terre entière, les deux grandes puissances se livrent à une rivalité sans pitié, à la recherche de l’hégémonie. Les États-Unis stationnent leurs engins nucléaires en Irak dirigés vers l’URSS, qui entend quant à elle placer les siens sur l’île de Cuba.

Aussi, afin de n’éveiller aucun soupçon russe, les Américains cherchent à travers leurs alliés anglais à infiltrer un parfait inconnu, au sein de l’opération des services secrets. Voulant que ce procédé soit le plus discret possible, ils décident de jeter leur dévolu sur un pauvre homme d’affaires incrédule et impuissant face à l’autorité : Greville Wynne. Ce qui n’était au départ qu’une flatterie insignifiante, se transforme rapidement en responsabilité d’ordre international.

Marché délicat

Face à la menace d’une nouvelle Guerre mondiale, les services secrets anglophones entreprennent une alliance délicate avec le colonel soviétique Oleg Penkovsky. Sous couverture d’affaires commerciales, Greville et Oleg œuvrent à fournir des renseignements pour désamorcer les missiles soviétiques. Débutent alors d’innombrables allers-retours entre Londres et Moscou, toujours plus périlleux. L’URSS étant aux aguets, la discrétion est de rigueur. Là-bas, «  les murs ont des oreilles  » prend son sens littéral. Il faut se méfier de tous, ne faire confiance qu’à soi-même.

Entre Greville et Oleg, la clandestinité primaire évolue rapidement en interdépendance jusqu’à atteindre une sorte de complicité reposant sur la crainte. Le duo Benedict Cumberbatch anglophone – Merab Ninidze soviétique est d’une excellence rare.

 Copyright © Liam Daniel Telepool

Une histoire vraie romancée

Habilement écrit, portant sur une époque révolue, le scénario d’Un espion ordinaire ne nous perd pas dans un jargon spécialisé. La reconstitution historique est vraisemblable, bien que l’on ressente la vision américano-centrée dépeignant une URSS inspirant l’hostilité et le dégoût. Son dirigeant Nikita Khrouchtchev, remarquablement repoussant, est incarné par un Vladimir Chuprikov merveilleux dans le genre.

Tournés tantôt à Londres tantôt à Prague, les plans sont ingénieusement inspirés des photographies d’Henri Cartier-Bresson et de Saul Leiter. Ils immergent à merveille dans ces cadres historiques hostiles, à l’architecture quasi-brutale. Véritable témoignage d’histoire, ce film inspiré de faits réels a des allures de documentaire. Relevé d’un certain suspens, et surtout agrémenté d’acteurs fulgurants, cette production est aussi divertissante qu’instructive. Le duo Merab Ninidze (Oleg) – Benedict Cumberbatch confère tout ce qu’il faut d’émotion avec une justesse rare.

Un Espion ordinaire, véritable mine historique, nous plonge dans la réalité anxiogène du règne par la peur et l’intimidation.

En salles le 23 juin.

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