CINÉMA

« Suzanna Andler » – Retour vers le théâtre

Suzanna Andler
© Les films du Losange

Pour son dernier film, le réalisateur tente d’adapter au cinéma la Suzanna Andler de Marguerite Duras. Un film plat, qui peine à trouver son rythme et à retranscrire l’atmosphère étrange caractéristique de l’œuvre de l’autrice. N’est pas Marguerite Duras qui veut.

Une femme et un agent immobilier déambulent dans une immense villa de bord de mer. Elle, c’est Suzanna Andler (Charlotte Gainsbourg), épouse du richissime Jean Andler et femme «  la plus trompée de la Côte d’Azur  ». Elle s’apprête à louer la maison pour l’été. Mais bientôt, l’agent lui signale qu’elle a été aperçue à la sortie d’un hôtel avec un autre homme. Il ne tardera d’ailleurs pas à la rejoindre dans la maison. Il voudrait l’aimer mais ils ne s’aiment pas. Ça n’est pas ça, la passion, il le lui a dit lors de leur première rencontre. Mais tout de même, il brûle pour elle. Cette aventure n’était pas faite pour durer. Ça dure pourtant depuis six mois, peut-être huit. L’amant (Niels Schneider) voudrait convaincre Suzanna de le laisser l’aimer  ; il s’oppose à l’incertitude d’une femme qui ne parvient pas à se connaître. 

Hasardeuse adaptation 

C’est un texte difficile que Benoît Jacquot a tenté d’adapter avec ce film. L’écriture de Marguerites Duras est étrange, connue pour son étrangeté. Ses phrases sont courtes, hachurées  : il est impossible de se raconter. D’ailleurs, ses personnages peinent à se connaître eux-mêmes. Ceux-ci sont dévorés par leurs pulsions les moins avouables. Et in fine, leur conscience leur échappe et rend impossible toute analyse des sentiments. Avec Suzanna Andler, Duras entendait reprendre à son compte un genre proche du marivaudage (et autres histoires de tromperies, d’amour et de galanterie). Afin de mieux montrer l’impossibilité du dialogue amoureux. La conscience n’est jamais lisible, pas plus que le sentiment amoureux. Dès lors, comment le partager avec un autre  ? 

Recréer une telle atmosphère au cinéma était un défi de taille. La pièce est divisée en trois actes. Ceux-ci sont en fait trois dialogues, quasiment immobiles. Cette immobilité est reconduite dans le film. D’abord, une première séquence dans la maison, avec Niels Schneider. Une seconde avec une amie du couple Andler, en bord de mer. Puis un retour dans la maison. On est assommé par les plans fixes, leur longueur dénuée de langueur. Longueur qui ne parvient jamais à recréer cet inconfort, pourtant typique de la lecture de Duras. Chaque séquence est ponctuée d’une musique étrange qui signe l’échec de la mise en place de cette atmosphère. 

Impossible Suzanna Andler

Le film peine à trouver son rythme. Les dialogues de Duras deviennent des bavardages dont on perd lentement le fil, faute d’enjeu. Cette prestation difficile est portée tant bien que mal par le talent de Charlotte Gainsbourg, qui sait s’effacer. Et devenir la Suzanna Andler névrotique que veut la pièce. Malheureusement pour elle, le costume dont elle est affublée a quelque chose de grotesque. Son pas est lourd dans les grandes bottes qu’on lui fait porter. L’immense manteau de fourrure léopard qu’elle porte jure avec sa robe, qu’on jurerait tout droit sortie d’une enseigne de fast fashion. Pire encore, elle doit composer avec le jeu catastrophique de Niels Schneider qui ne parvient pas à entrer dans son personnage. 

Marguerite Duras a vu plusieurs fois son œuvre adaptée au cinéma. Presque à chaque fois, elle a renié ces œuvres qu’elle a trouvées mauvaises, pour décider, finalement, de faire des films elle-même. On se demande ce qu’elle aurait pensé de cette adaptation de Benoît Jacquot, qui a longtemps été son assistant et dont on dit qu’elle en était amoureuse. On est malgré tout tenté de penser que ce film-là ne ferait pas exception à la règle. 

Auteur·rice

Journaliste

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