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(Re)Voir – « Les Acteurs » : La Ronde

Les Acteurs (2000)
© Studio Canal

En 2000, Bertrand Blier sort son 15e long métrage  : Les Acteurs. Titre programmatique annonçant un film généreux réunissant toute une génération du cinéma français.

Les films de Bertrand Blier ont une diégèse difficile à appréhender. Les Acteurs ne fait pas exception  : adresse au spectateur, ellipses au couteau, dialogues absurdes. Cette narration associée à l’impertinence fournit les œuvres les plus connues du réalisateur comme Les Valseuses (1976) ou Préparez vos mouchoirs (1978). La critique a reçu Calmos froidement à sa sortie en 1976. Le caractère outrancier, provocateur trouve sa limite et Bertrand Blier traitera des sujets plus clivants mais plus fins comme la sexualité adolescente dans Beau-père (1981). Pour son 15e métrage, la bravade s’atténue mais la narration demeure exigeante. Si ses scenarii ne font pas consensus, les dialogues font l’unanimité.

Bertrand Blier est un véritable dialoguiste, accordant immensément d’importance au rythme et à la musique du langage. Il reste le fils d’un acteur. Sa compréhension du cinéma est profondément marquée par la vision que peut en avoir un acteur. Les saynètes se succèdent dans Les Acteurs de manière erratique. Le format se rapproche d’un film à sketch qui découpe le métrage comme une pièce de théâtre. Le quatrième mur est fréquemment brisé. La réalisation se confine à la sobriété. Le champ-contrechamp suffit et le cadre varie principalement avec l’interaction des protagonistes. L’absence de virtuosité technique contraste avec La Ronde (1950) de Max Ophüls connu pour sa maestria quasi Kalatozovienne. Pourtant le début s’en inspire avec l’apparition en tuilage des différents personnages.

Symphonie des interprètes

Les Acteurs reste une belle révérence au cinéma français. Le film dispose d’une distribution assez impressionnante. Des habitués de l’univers de Bertrand Blier comme Gérard Depardieu ou Jean Pierre Marielle ou des premières collaborations avec Sami Frey ou Pierre Arditi. Un casting très masculin donc, mais les performances féminines sont peut-être les plus réussies. Le monologue de Maria Schneider est un sublime bijou à l’éclat si peu égalé. Son interprétation rappelle le magnifique dialogue entre Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans Préparez vos mouchoirs sur la façon dont Mozart entre dans leurs appartements, attiré par sa propre musique.

Le film est très similaire à un autre sorti deux ans plus tard  : Huit Femmes (2002) de François Ozon. Les monologues sont remplacés par des chansons, la forme reste un prétexte au fond. Malgré cela, la démarche est différente, le casting est beaucoup plus resserré dans Huit Femmes, les dialogues sont plus intimistes. Chaque actrice interagit avec les autres contrairement aux Acteurs. Impossible de faire briller tous les acteurs avec près de trois fois plus de têtes à l’affiche. L’intelligence des Acteurs réside dans la qualité des clins d’œil. Michel Galabru apparaît très brièvement, muet, mais Blier s’attarde assez pour différencier l’hommage du simple caméo.

Si le résultat demeure inégal, Les Acteurs est à l’image de son créateur : riche par ses aspérités, touchant par sa générosité. Le film célèbre à la fois le cinéma de Blier mais aussi celui de Melville, de la Nouvelle Vague etc. Sans être parfait, le métrage achève l’exploit d’être une déclaration ardente et vigoureuse sans être un hommage mortifère.

Les Acteurs est disponible sur Ciné + jusqu’à la fin du mois juin.

Making-of des Acteurs © Studio Canal

Auteur·rice

Pierre-Théo Guernalec

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