CINÉMA

« Mère et fille » – Filiation impossible

Mère et fille
© Damned films

Dans son premier long-métrage, Mère et fille, le croate Jure Pavlovic interroge les liens qui unissent une fille à sa mère maltraitante. Un film qui ne laisse rien au pathos et parvient à montrer, tout en nuances, les relations indicibles qui lient parents et enfants. 

Cette rentrée cinématographique semble ne rien pardonner à la vieillesse. Après Falling réalisé par l’américano-danois Viggo Mortensen, consacré à la relation toxique qui unit un père imbuvable à son fils, c’est au tour de Jure Pavlovic de proposer une variation du même thème, dans sa version mère-fille. Les situations ne sont pas identiques mais la difficulté des enfants à affronter ces parents abusifs est la même. 

Anka est une vieille dame malade. Sa fille, qui a quitté la Croatie pour aller s’installer en Allemagne avec le père de ses enfants revient au pays pour s’occuper d’elle dans ses derniers jours. La première scène du film montre Jasna, sa fille, inspirer profondément pour réprimer son angoisse avant de s’engouffrer dans le salon de sa mère. La vieille dame, qui a pourtant besoin d’aide, ne lui fait aucun cadeau. Elle critique tout ce qui tombe sous son regard, se méfie du monde entier, compare le physique de sa fille à celui d’une prostituée. Jasna alterne entre mouvements de rejet, grande lassitude et élans de tendresse. Ce voyage en terres natales, qui devait initialement durer quelques jours, s’étire sur plusieurs semaines. 

Guérir

Si Falling tourne en rond et ne parvient qu’à montrer des scènes de violence gratuite sans que la situation père-fils n’évolue jamais, Mère et fille en propose une variation intéressante. Jasna ne fait pas preuve d’une patience à toute épreuve et c’est bien normal. Elle exprime ses colères, ses angoisses, sa lassitude. Donne souvent tort à sa mère mais parvient à lui donner raison. C’est là toute la justesse du film. Il parvient à représenter les ambivalences d’une relation qui alterne entre haine et amour indéfectible. D’un côté, la rancœur née de la maltraitance subie par Jasna pendant sa jeunesse. D’un autre, les souvenirs heureux et la complicité avec une mère qui a malgré tout su donner un peu d’amour. 

Au fur et à mesure que l’on avance dans le film, une nouvelle relation semble se créer. La mère, acariâtre, presque malveillante, semble enfin accepter les mains qu’on lui tend. Mieux  : on découvre de la sensibilité sous la carapace d’aigreur.

Jure Pavlovic imagine un dispositif visuel très intéressant pour représenter ce grand nuancier de sensation. Celui-ci ne s’éloigne jamais de son héroïne, Jasna, qui reste toujours au centre du cadre. Dans le champ apparaissent en second plan les autres personnages  : la mère, bien sûr, amis, amis d’amis ou famille en visite. La caméra ne quitte jamais le corps de son héroïne, ne s’éloigne jamais vraiment de son visage. Elle reste proche de là où la rédemption peut avoir lieu. Cette manière de filmer rappelle celle du réalisateur hongrois Lázló Nemes dans Le Fils de Saul. Le personnage principal toujours au centre. Autour de lui, le tumulte du monde. 

Auteur·rice

Journaliste

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