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« La Fille à la valise » – (Re)naissance de deux légendes

Les Films du Camélia
© Les Films du Camélia

La Fille à la valise de Valerio Zurlini, ressort au cinéma ce mercredi 9 juin, en version restaurée 4K. L’occasion de voir ou revoir les débuts à l’écran de Claudia Cardinale et Jacques Perrin, deux acteurs de légende.

Les premières images de La Fille à la valise sont champêtres : un chemin de fer, une longue route de campagne, une voiture qui passe… Et puis tout à coup, une silhouette familière. Avec de longs cheveux bruns, une silhouette délicate, et des yeux de biche, Claudia Cardinale apparait à l’écran. Du haut de ses vingt-deux ans, l’actrice italo-tunisienne possède déjà ce charme et ce jeu intime qui ont fait d’elle une légende du cinéma. Pour le film de Valerio Zurlini, elle endosse le rôle d’Aïda, jeune danseuse italienne. Charmée par le mystérieux Marcello, la belle a tout quitté pour des promesses d’amour et de gloire. Lorsqu’il l’abandonne sans prévenir, Aïda part à sa recherche et rencontre son frère, Lorenzo. Le jeune bourgeois, encore adolescent, s’éprend d’elle. Lui cachant le lien fraternel qui l’uni à Marcello, celui-ci propose son aide à Aïda, quitte à lui mentir.

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Les amants maudits

La Fille à la valise est un pur produit du cinéma italien. Élégant en surface, le film utilise l’amour pour mettre en avant les inégalités sociales, et une jeunesse italienne grandissant dans la désillusion. Aussi tôt qu’il est né, l’amour est déjà condamné. Ces deux jeunes sont séparés trop vite par l’âge, par l’argent, mais surtout par des réalités diamétralement opposées. Aïda ne connait que des hommes avides de posséder sa beauté, l’utilisant volontiers pour leurs propres ambitions. Elle vit dans la pauvreté, cherchant par tous les moyens à subvenir aux besoins de son fils, qu’elle a eu d’un partisan communiste désormais décédé. Lorenzo vit sous la tutelle de sa tante dans une fastueuse villa de Parme. Riche, éduqué, protégé, il ne connait rien de la vie qu’Aïda a menée jusqu’ici.

Au premier abord, on pourrait croire que Valerio Zurlini raconte l’histoire un brin niaise d’un jeune adolescent qui pense trouver l’amour avec une femme plus âgée. Mais au fil du film, la dynamique qui unit les personnages laisse entrevoir des niveaux d’interprétations bien plus subtiles. Sorti en 1961, La Fille à la valise s’inscrit dans la lignée de films italiens de l’après-guerre comme La Dolce Vita, qui dressent un portrait cynique de la société italienne. Manipulateurs et naïfs, les personnages de Valerio Zurlini cherchent le bonheur sans jamais accepter de s’oublier, ni même de s’engager. Tous deux ressentent une profonde solitude, un besoin absolu de tendresse. Et pourtant, c’est naïvement qu’ils pensent trouver l’un en l’autre une aventure.

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Ils sont tour à tours victimes et coupables. Lorenzo est aveuglé par son privilège et son immaturité. Il pense que son argent, sa protection lui apporteront l’amour de la belle Aïda. La danseuse, elle, prétend oublier la différence d’âge qui les éloigne. Elle pense d’abord à sa survie, et voit en Lorenzo un amant épris dont elle pourra obtenir de quoi subvenir à ses besoins. Chacun poursuit son but, sans réellement prêter attention à l’autre, aimant seulement l’illusion d’une histoire tendre et douce. L’un en l’autre, ils cherchent surtout à oublier leurs propres réalités et l’étouffement de la solitude.

La naissance de deux acteurs de légende

La Fille à la valise est un film fort qui a marqué son époque. Et pourtant, le revoir en 2021 lui apporte un charme supplémentaire. Cette splendide restauration permet de voir deux acteurs de légende « naître » à l’écran. Jacques Perrin décroche, avec Lorenzo, son premier rôle principal au cinéma. Claudia Cardinale a déjà participé à plusieurs long-métrages, mais c’est avec La Fille à la valise qu’elle devient une star. Surnommée « la petite fiancée de l’Italie », elle rejoint très vite Brigitte Bardot dans le club des sex-symbols européens. Les revoir aussi jeunes à l’écran apporte une touche de poésie supplémentaire au film. Claudia Cardinale rayonne déjà, pareille aux plus grandes actrices de cinéma. Jacques Perrin, lui, laisse présager la carrière d’un grand acteur, dont le charisme et l’ardeur resteront gravés dans les mémoires.

La Fille à la valise propose le récit d’un amour impossible qui naît pour toutes les mauvaises raisons, et meurt aussi tôt, enchaîné par la fatalité de deux classes opposées. Claudia Cardinale et Jacques Perrin forment un couple de cinéma inoubliable. Le plaisir de revoir leurs débuts est décuplé par des performances touchantes laissant éclater deux talents uniques. À retrouver en salles.

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