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Rencontre avec Peter Dourountzis – Empathie politique

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Diplômé de l’ESRA (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) en 2002, Peter Dourountzis aura attendu près de vingt ans avant de réaliser son premier long métrage. Avec Vaurien, il porte à l’écran une fine observation des enjeux d’occupation de l’espace public par le masculin. Rencontre avec un réalisateur aux prises avec le réel.

Djé, la quarantaine, sort tout juste de prison. Sa belle gueule et son intelligence sociale lui permettent de faire le caméléon et de poursuivre tranquillement son œuvre noire. Car très vite, le spectateur prend conscience que le personnage incarné par Pierre Deladonchamps n’est pas un simple délinquant. Hors champ, il violente et tue, des femmes. Après quinze ans passés au Samu social, avec Vaurien, le réalisateur s’attaque de façon détournée à la question des féminicides. Entretien avec Peter Dourountzis, au cœur de la quotidienneté de la violence.

Vous avez tourné il y a un an et demi, quelle expérience gardez-vous du tournage  ?

C’est toujours particulier un premier long métrage, surtout quand il arrive si tard. Mes études de cinéma se sont achevées en 2002. A mon avis, il faudrait prévenir les cinéastes en herbe qu’il va falloir attendre vingt ans avant d’être crédible et, ce faisant, qu’ils devront se trouver un autre métier. C’est la galère, on n’est pas crédible avant 40 ans sauf quand on s’appelle Kassovitz ou Dolan et qu’on est un petit génie de la mise en scène, et plus ou moins déjà dans le milieu.

Mais au final, c’est super de pouvoir enfin raconter une histoire et qu’elle puisse être partagée. C’était que du plaisir au tournage.

Vous avez réalisé trois courts métrages entre la fin de vos études et 2018. C’était une période nécessaire de maturation ou de recherche de crédibilité avant votre premier long  ?

Oui, un peu car le projet est écrit depuis 2009, 2010. Il a très peu changé, donc finalement ce qui a changé c’est moi. Et aussi probablement la société avec l’ère post #MeeToo qui était encore moins susceptible de matcher avec le film. Le film ne parle que de féminicides. Dès la première scène c’est de ça dont il est question  : la prédominance du masculin dans l’espace public. Donc à un moment il y a un besoin et une envie qui se rejoignent et qui font que le film passe. Mais ça a été long.

Votre court métrage, Errance, c’était une première façon de rendre compte de votre expérience au Samu social  ?

Oui, c’étaient quasiment les vingt premières minutes du scénario pour montrer que ce n’était ni glauque ni ennuyeux. Pour montrer patte blanche, notamment au CNC. C’était plutôt réussi puisqu’on a eu un prix Unifrance, on a été à Cannes, le film a été remarqué et pourtant ça n’a pas convaincu le CNC. On est donc repartis en galère, j’ai cru qu’il ne se ferait jamais. J’étais prêt à lâcher. D’ailleurs quand le feu vert est donné, je suis encore sceptique jusqu’au moment où je dis «  action  » pour la première fois.

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Pour vous, les galères avec le CNC, et les financements, c’est lié au sujet, au fait que vous abordez frontalement la question des féminicides  ?

Oui, c’est lié au point de vue en fait. Être avec le point de vue d’un agresseur, d’un tueur en série, a porté préjudice au film. Même si pour moi, l’intérêt c’est justement de se mettre du côté de la victime pour chaque agression. Et de faire ressentir au spectateur non pas l’excitation de la chasse, mais plutôt le malaise du quotidien que tout le monde peut ressentir, si on est observateur ou si on est une femme.

J’avais envie de potentiellement aller chercher des garçons dans le public des séries B pour leur jouer un mauvais tour. «  Venez voir mon film de tueur en série  !  », et en fait je vais vous mettre à la place des victimes. «  Vous allez voir ce que c’est de se sentir traqué.e, observé.e, avec ce malaise dans le train, dans la rue  ».

Vous posez le spectateur dans une situation de passivité car il assiste toujours à ce qu’il y a de pire  : l’avant du passage à l’acte.

Un tueur en série c’est très exceptionnel. Donc si on met de côté les meurtres, qui sont toujours ellipsés dans le film, ne restent que les situations de malaise qui sont très quotidiennes et partagées dans nos vies à toustes. On peut se reconnaitre dans ce regard pesant qu’il a dans l’ascenseur ou dans le bus.

J’ai le souvenir que dès 14 ou 15 ans, à Paris, quand une femme montait dans le bus je faisais l’effort de ne pas la regarder pour ne pas que mon regard pèse sur elle. Et en tournant le regard je tombais sur celui d’un gars qui la regardait elle. Tout le film est là. Que ce soit des pères de famille, des précaires ou des mecs en costards, ils y allaient gaiement.

« L’empathie est ce qui nous permet de rentrer dans un film et aussi ce qui nous permet d’en sortir. C’est presque un hymne au spectateur et au pouvoir du cinéma. C’est ce que j’aime le plus dans un film  : se mettre dans des endroits improbables et aller là où on n’irait jamais. »

Peter Dourountzis

Vous auriez pu faire le choix du documentaire après une telle expérience au Samu social. Pourquoi le choix de la fiction  ?

C’est le véhicule parfait pour parler de plein de choses différentes. C’est assez rare d’avoir un tel sujet qui permet de parler de tant de choses  : la vie dans les squats, le travail dissimulé, le racisme, les rixes dans les bars, les violences policières. On a un fil rouge, on a un personnage. Mais aussi comme il est blanc, comme il a 40 ans, il n’arrête pas de s’échapper. On ne le soupçonne jamais. C’est ce que je trouvais intéressant car c’est à l’image de la société. C’est toujours un autre que lui qui trinque, on continue à lui faire confiance. Même nous, spectateurs, on a de l’empathie, jusqu’au moment de trop.

C’est ça qui est intéressant avec le personnage joué par Ophélie Bau. Dès qu’elle arrive, le spectateur a une porte de sortie. On est content de le quitter et c’est d’ailleurs pour ça que le film se termine sur elle.

Vous réinvestissez des lieux urbains qui sont invisibilisés au cinéma en général. Pourquoi ce choix esthétique, voire politique  ?

A 20 ans on m’a dit filme quelque chose chose qui est proche de toi. Parisien, je me suis dit que je ne pourrais pas tourner quelque chose d’immense donc il me fallait un seul personnage. Et puis tourner de jour c’est trop de contraintes. Donc Paris, la nuit, un personnage, ça ressemble beaucoup aux errances d’un homme. Tout était déjà là, lié aux contraintes. J’aime beaucoup ce principe que de la contrainte nait la liberté. Le cadre était très défini.

Ensuite, j’étais très sensible aux lieux car j’ai travaillé 15 ans au Samu social. En maraude on va dans des endroits où on irait que contraints. J’aime bien me dire que lui, Djé, y va librement mais que les autres personnages qu’il croise n’ont, eux, pas le choix. Je suis content de montrer autre chose que des appartements bourgeois.

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Comment avez-vous trouvé le squat  ?

J’ai fait des repérages à Limoges et j’en ai visité trois. Celui-ci est occupé par des toxicomanes, donc on a tourné avec eux, avec leur consentement. C’est un bâtiment qui a déjà servi pour des tournages, de Claude Sautet notamment. Un ancien bâtiment prestigieux tombé en ruines. On n’a pas eu beaucoup de déco à faire. Tout était déjà dans son jus. C’était super de tourner là-bas.

Comment on tourne dans l’espace urbain, la nuit  ? Il me semble que c’est un lieu très contraignant. Comment avez-vous fait pour donner le sentiment que les personnages habitent vraiment cet espace, que ce n’est pas un simple décor  ?

Il y a une scène où Djé est posé sur une barrière en bas d’une rue, sans savoir où aller. La rue est en pente et une jeune femme descend. Il y a déjà, au sol, un pochoir sur les violences faites aux femmes. Qui a l’air de lui parler d’ailleurs. Car nous on voit ces messages mais de l’autre côté, les personnes qui perpétuent ces violences doivent avoir un étrange dialogue avec ces messages.

Il regarde donc ça et voit une femme descendre, réduite à sa silhouette. Il y a une voiture qui arrive et il doit choisir entre se mettre à l’abri ou suivre sa pulsion. Cet espace est scénarisé, on a reproduit le pochoir, on a été voir plusieurs rues. Il fallait que la silhouette se détache bien, une légère pluie pour que le parapluie soit justifié, la voiture qui arrive l’éclaire lui comme si on le réveillait.

Tout est scénarisé mais ce que j’ai enlevé c’est la caméra à l’épaule. C’est dur à maitriser dans les premiers films. Je préfère les plans fixes et on flambera avec la caméra épaule plus tard.

Le titre du film m’a marquée. Pourquoi un vaurien et pas un voyou  ? J’ai été très surprise de découvrir un tueur en série par contraste avec le titre.

Le titre est gentillet et désuet. Il est un peu en lien avec le charme du personnage, c’est-à-dire qu’on le sous-estime alors que dès la première scène on sait que c’est un agresseur. Mais je pense que le spectateur a de l’empathie naturelle, il ne peut s’en empêcher. Ensuite on s’aperçoit que c’est un récidiviste, mais on lui souhaite le meilleur, il peut changer. Et puis enfin on s’aperçoit que c’est un assassin. Mais quand il rencontre Maya on se dit encore qu’il peut changer.

Je voulais que le titre représente cet élan naturel qu’on a toujours. Alors que très franchement je n’ai aucune sympathie pour lui. On a eu cette conversation avec Pierre [Deladonchamps] plusieurs fois. Je trouve que le personnage de Djé est vide. Donc littéralement, il ne vaut rien. C’est une coquille vide. Il est décevant et je voulais qu’on partage cette déception avec Maya à la fin. Ce qui fait la différence entre lui et le spectateur c’est que nous avons de l’empathie naturelle, lui non. On est toujours en balance entre notre position et la sienne, et au bout d’un moment on le quitte avec bonheur.

Finalement, l’empathie est ce qui nous permet de rentrer dans un film et aussi ce qui nous permet d’en sortir. C’est presque un hymne au spectateur et au pouvoir du cinéma. C’est ce que j’aime le plus dans un film  : se mettre dans des endroits improbables et aller là où on n’irait jamais.

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Justement, est-ce qu’il n’y a pas une forme de désabusement ou de désespoir de voir que Djé ne vaut rien et qu’il retourne à la case départ  ?

Non, justement, je ne me suis pas tant intéressé à lui. Pour moi, c’était vraiment le prétexte à rencontrer les personnages secondaires qui m’intéressent beaucoup plus. Eux sont dans la vraie vie. Les personnages secondaires ont de l’humour, des envies, des obstacles, ils sont nuancés, lui pas du tout. Ils sont vrais, lui passe son temps à être caméléon.

Ils sont là avec leurs erreurs. Parce qu’ils sont tous atrocement misogynes. C’est quelque chose sur quoi je voulais appuyer. Dans le monde du travail que j’ai fréquenté, le nombre de conversations qui sont un peu racistes, un peu homophobes, un peu sexistes, c’est incroyable. Et on les tolère. C’était intéressant pour moi de les poser là. C’est peut-être parce que tout ça existe qu’un homme comme Djé est si bien caché.

Comment avez-vous travaillé avec ces acteurs pour qu’ils soient «  vrais  »  ?

Tout est écrit et après, je les laisse beaucoup déborder. Au montage, je garde mon texte et je taille ce qu’ils ont pu improviser. Ça me donne du 80 % écrit et 20 % du best-of de l’improvisation. Ça donne un bon mélange parce que déjà, ils jouent tous bien, et ils ont une envie d’impro, que ce soit Ophélie Bau, Inas Chanti au début. On a fait beaucoup d’essais avec tous les comédiens de seconds rôles où je donnais la réplique. Quand ça marchait bien, j’ai incorporé leurs répliques improvisées dans le script.

Et puis après, je pense qu’ils jouent tous des scènes de comédie en fait. Il n’y a pas de scènes dramatiques. Ophélie est de bonne humeur, sauf avec la bague à la rigueur. Ils vivent une vie simple, il ne faut jamais qu’ils soient en conditions de jouer dans un film de tueur en série sinon ça ne marche pas.

Sauf peut-être dans la séquence où Djé se retrouve avec la jeune femme juste avant d’être arrêté. J’ai été marquée par le cri glaçant qu’elle pousse au moment de s’enfuir. Comment avez-vous travaillé la mise en scène pour faire naître la tension alors qu’il ne se passe pas grand-chose finalement  ?

Il ne passe pas tant de choses, mais en fait, je pense qu’on a justement peur qu’il se passe quelque chose. Potentiellement, on a peur en tant que spectateur de ce que le réalisateur peut nous servir. Personne ne me connait encore, on ne sait pas si on peut me faire confiance. Et c’est quelque chose avec quoi j’ai construit la mise en scène. J’essaie qu’on me fasse confiance. Après, je pourrais poser un contrat tacite avec le spectateur. Là, les spectateurs me font confiance, ils n’ont pas envie de voir un acte de violence plein cadre. Je me devais de trouver un parti-pris.

Pour moi, l’idée a été que la caméra protège. Tant que je filme, il ne peut rien arriver aux victimes. D’ailleurs, physiquement, le chef opérateur était à côté de la victime, comme un bouclier. Si je filme, il ne peut rien lui arriver, elle va s’en sortir. Par contre, je ne peux pas filmer tout le temps. Si je ne filme pas, le spectateur n’ignore pas ce qui est hors cadre.

Donc vous réfléchissez tout le temps le rapport au spectateur  ?

D’abord, je n’ai pas envie de l’ennuyer. Pas envie de lui faire des coups fourrés, car il me fait confiance. J’ai envie qu’il ait un coup d’avance, une échappatoire et des bonnes surprises. Qu’il ne s’ennuie pas. Je fais le film pour le spectateur que je suis. Je ne veux pas que ça s’éternise dans du verbiage, du dialogue, que les scènes soient redondantes. Souvent, les films sont un peu complaisants avec la longueur.

Le personnage de Djé est très ambivalent, tantôt un simple délinquant qui sort de prison, tantôt un monstre. Comment avez-vous travaillé avec Pierre Deladonchamps dans ce sens-là  ?

Pierre a tout de suite eu le sentiment qu’il ne fallait pas surjouer. Au moment où on tournait, il y avait la sortie de Joker. Autant, on peut adorer Joaquin Phoenix, autant c’était tellement too much, que c’était tout ce qu’on ne pouvait pas faire. Donc, pas faire de la performance, être simple. Je pense que Pierre met suffisamment mal à l’aise. Il est charmant en fait, il a un beau sourire, il a les dents blanches et en même temps si tu l’habilles comme un sac ça fait un drôle de mélange.

Je l’ai écrit comme si c’était moi. Souvent, on avait des discussions où je lui disais «  tu peux te mettre là  » et lui me répondait «  mais attend, le personnage ne ferait jamais ça  !  ». Et je disais «  bah moi, je le ferais  ». A ce moment-là, il n’est pas tueur, il est simple hère qui vagabonde. Et il a trouvé la simplicité du rôle, presque à être sincère, presque à être touchant. La scène que je préfère, c’est peut-être celle dans le bus où il est en gros plan et une femme descend. Pendant tout un arrêt on est sur lui et je pense qu’il hésite entre descendre et continuer sa vie. Je trouve qu’il est bien car il ne surjoue pas dans l’émotion. On est tentés pourtant parce qu’on a toujours envie que le film soit mémorable, qu’il y ait une grosse séquence. Mais le moins, le mieux.

C’est peut-être ça qui est glaçant aussi…

Oui, ce qui est frustrant, c’est que personne ne remarque ce qu’elle voit, ce qu’on voit, ce qu’elle subit. Et on le subit un peu avec elle.

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Vous avez parlé de développer un rapport de confiance avec le spectateur. Est-ce que cela passe par le fait d’en instaurer un dès le tournage ?

Mon challenge, c’était de faire en sorte qu’il n’y ait pas cette hiérarchie qui pèse sur le cinéma. Pierre et Ophélie se sont retrouvés parfois humiliés par certains réalisateurs. J’avais l’impression de devoir compenser. Au quatrième jour, ils m’ont engueulé d’ailleurs en me disant que j’étais trop gentil. Bon, ils ont adoré l’expérience. Mais ils me disaient que tous ceux qui leur avaient mal parlé faisaient de grands films. Je leur répondais que je préfère faire un film de merde, mais que ça se soit relativement bien passé.

A ce stade, la façon de faire un film est plus importante pour moi que le résultat final. Je m’en fiche du résultat si à côté de ça, je peux me regarder dans la glace. Sans doute que parfois, j’aurais pu pousser un peu plus loin, mais voilà, on n’a pas fait une heure sup’, les gens étaient de bonne humeur. Je pense que mon expérience au Samu social a un peu désacralisé le cinéma pour moi. C’est un métier, ce n’est pas un truc de fou.

Quels moyens alors pour dynamiter cet environnent pyramidal  ?

Je ne sais pas… Le fait qu’Adèle Haenel parte des Césars, qu’elle prenne la parole, que le mouvement #MeeToo éclate au cinéma, et il n’a pas eu suffisamment de conséquences je pense, la refonte des Césars, tout cela est essentiel, mais je pense qu’il faut qu’on s’intéresse à la pratique. J’aimerais beaucoup qu’il y ait la parité. Je suis réalisateur homme, mais si ça veut dire que je dois arrêter de faire des films, je suis prêt à l’accepter.

En fait, le film est un peu un rejet de moi-même parce que j’ai 40 ans, je suis blanc et je suis un homme. Donc si je n’ai pas parlé de moi je ne sais pas ce que j’ai fait. Je pense que le problème dans la société c’est l’homme de 40 ans qui est en situation de domination. C’est vraiment le cancer de la société. Djé est l’archétype de ça.

Tout le monde n’est pas prêt à l’entendre…

C’est vrai que l’on est obligé de passer par une fiction pour en parler. Mais le message du film est là. En avant-première ou en festival, les réactions de rejet viennent principalement de cette partie du public. Ça en dit plus sur les gens que sur le film. Il faut tout prendre à distance. Pas d’égo dans le travail. 

«  A ce stade, la façon de faire un film est plus importante pour moi que le résultat final. Je m’en fiche du résultat si à côté de ça je peux me regarder dans la glace. […] Je pense que mon expérience au Samu social a un peu désacralisé le cinéma pour moi. C’est un métier, ce n’est pas un truc de fou. »

Peter Dourountzis

Vous avez évoqué beaucoup de sujet à travers ce film. Le racisme ordinaire, le sexisme, les violences policières… Est-ce que cela vous donne des idées pour des projets futurs  ?

Oui, j’ai deux projets en tête. Un sur les journalistes de faits divers qui parcourent la France pour dénicher les photos de la victime chez les familles en deuil. Ce journalisme mêlé au voyeurisme car il y a de l’humour noir et en même temps ce sont des sujets de société. Encore un mauvais genre qui me plaît bien. Et puis, j’ai un film en préparation sur l’institution policière. Sur ses dysfonctionnements, le racisme dans la police.

Donc vous sentez que le cinéma doit être politique  ? Qu’il n’est pas en dehors de la société  ? Je pense notamment au moment où Adèle Haenel est partie de la cérémonie des Césars, certains ont dit qu’il ne fallait pas tout mélanger. Pour vous, le cinéma a toujours quelque chose à dire  ?

Je suis Adèle Haenel à 200 %. J’ai l’impression que ceux qui disent le contraire n’ont plus aucune prise avec la réalité puisque le réel s’imposera toujours à la fiction. Si c’est ça le cinéma, honnêtement, je ne veux pas en faire. Si on peut ramener des situations réelles et des choses dont on pourra discuter comme prétexte à un film alors là, oui. Pour les deux prochains films, c’est ce que je veux suivre. J’ai grandi avec les films de Costa Gavras, j’aime les thrillers américains des années 70. Parler des dysfonctionnements des institutions, je suis fan de Depardon. Dès que c’est un peu d’institutionnel, un peu d’humain, c’est passionnant.

Vaurien, en salle depuis le mercredi 9 juin 2021.

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