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« Billie Holiday, une affaire d’État » – Une voix contre la violence

Billie Holiday, une affaire d'Etat -Copyright 2020 Paramount Pictures Corporation
Billie Holiday, une affaire d'Etat -Copyright 2020 Paramount Pictures Corporation

Pour son premier rôle au cinéma, Andra Day bouleverse dans Billie Holiday, une affaire d’État. Elle y interprète la célèbre chanteuse de blues et de jazz. Le portrait déchirant d’une artiste hantée par ses démons, devenue l’ennemie numéro 1 du FBI de J. Edgard Hoover. À retrouver en salle actuellement.

«  Les arbres du sud portent un fruit étrange.  » Ce sont les premiers mots de «  Strange Fruit  », chanson légendaire qui propulsa Billie Holiday au sommet de la gloire. Et pourtant, cette même chanson provoquera sa fin. Lorsqu’elle l’interprète pour la première fois en 1939, «   Strange Fruit  » déclenche un énorme scandale aux États-Unis. Véritable réquisitoire contre le racisme, elle raconte le lynchage d’un homme noir dans un état du Sud. La voix grave et brûlante de Billie Holiday donne vie à une réalité que tout le pays a choisi d’ignorer. Les paroles douloureuses de «  Strange Fruit  » se démarquent du répertoire de la chanteuse, habituée à jouer un jeu de séduction avec son public. Billie Holiday hésitera beaucoup avant d’interpréter la chanson, pleinement consciente des conséquences dramatiques que son geste pourrait avoir. 

Billie Holiday, une affaire d’Etat – © 2020 Paramount Pictures Corporation

Pour faire taire Lady Day, le FBI lance une véritable chasse à l’homme. Dirigé par J. Edgard Hoover, le FBI de l’époque entend faire taire cette voix qui prend trop de place. Celle qui chante pour éveiller l’Amérique aux atrocités commises en son nom doit disparaître. Billie Holiday, une affaire d’État retrace le combat de la chanteuse pour survivre. Dans les états du Nord, on l’adule. Dans le Sud, elle est l’ennemi à abattre. Prise entre une gloire grandissante et le racisme omniprésent autour d’elle, Billie Holiday doit également mener un combat contre son addiction. Le poids de son destin l’affaiblit peu à peu, mais sa détermination persiste. La petite fille de Philadelphie ne perdra jamais sa rage de chanter.

Une grande actrice est née

Pour son tout premier film, Andra Day livre la performance d’une vie. Le visage plein d’émotion, elle rend un hommage captivant à cette artiste hors pair. Tout y est : l’attitude, la démarche, le regard. Sa voix se brise et s’enroue à mesure que Billie traverse les épreuves. Forte, agitée, elle capture avec brio le conflit intérieur d’une artiste révoltée, mais fatiguée de se battre. Elle propose avec justesse le portrait d’une femme en proie à l’addiction, maltraitée par les hommes et jalousée par les femmes. Aussi tôt mise sur un piédestal, la chanteuse est rabaissée et confrontée à une haine qui la dépasse. Sa vie toute entière a été dictée par la violence. Andra Day parvient à capter toute cette douleur, mais aussi l’élégance d’une femme extraordinaire. Un travail époustouflant sur les costumes et le maquillage vient terminer sa parure de légende. Cette interprétation sans faute lui a valu un Golden Globe et une nomination lors de la 93e cérémonie des Oscars.

Billie Holiday, une affaire d’État – © 2020 Paramount Pictures Corporation

Un film nécessaire

Billie Holiday est un film dur, étouffant. Lee Daniels refuse catégoriquement de cacher la violence répugnante du racisme. Pour comprendre Lady Day, il faut comprendre les horreurs dont elle a été témoin. Le réalisateur plonge tout entier dans ces traumatismes, pari courageux qui paye tout de suite. Il est rare de voir un film qui ne cherche pas à ménager l’audience, mais justement à raconter la vérité, aussi dure soit elle. Si le réalisateur commet quelques erreurs de narration et de direction, Andra Day parvient à faire oublier par sa seule présence à l’écran ces irrégularités. C’est bien elle qui porte Billie Holiday, seule au milieu de seconds rôles peu intéressants. Elle habite le film, lui donnant une grandeur et une force que les dialogues ne permettaient pas. Lee Daniels a trouvé sa Billie, mais il en oublie ses autres personnages. Ceux-ci manquent de saveur et de profondeur. On arrive cependant à comprendre cet oubli, puisque le destin de Lady Day ne laisse que peu de place à d’autres développements.

Billie Holiday, une affaire d’État – © 2020 Paramount Pictures Corporation

Lee Daniels choisit de raconter plus que l’artiste et s’intéresse à la femme qui a résisté et tenu tête au FBI. Elle le paiera de sa vie. À l’instar de Judas and the Black Messiah, Billie Holiday retrace une page sombre de l’histoire du Bureau américain. La vie de Lady Day le met face à sa responsabilité dans la persécution des artistes noirs aux États-Unis. Une histoire difficile, mais qu’il est nécessaire de confronter pour panser les blessures d’une nation.

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