CINÉMA

21es Journées cinématographiques – « La Fièvre » : Variations autour de l’identité amérindienne

Justino devant la forêt amazonienne © Survivance

Dans le cadre de la 21e édition des journées cinématographique, le cinéma l’Écran et Festivalscope ont présenté en mars 2021, en avant-première, le nouveau film de Maya Da-Rin. Un long-métrage à la photographie somptueuse qui questionne avec grâce l’identité amérindienne. 

La caméra suit la vie de Justino. Amérindien d’origine, il passe ses journées à surveiller les cargaisons sur le port de Manaus. Le soir, il rentre dans sa petite maison située dans la forêt, à la sortie de la ville. Il cohabite avec sa fille, aide-soignante dans un dispensaire de la ville qui vient de décrocher le concours de médecine. Bientôt, elle s’en ira à la ville pour faire ses études. 

La Fièvre  donne à voir cette vie que mène Justino, aux marges de deux mondes  : l’univers occidental qu’il touche du doigt, en allant y travailler chaque matin sans y être véritablement intégré et le monde amérindien, dans lequel il continue d’évoluer avec son frère, qui a le même âge que lui. Ensemble, ils continuent de vivre selon les traditions amérindiennes et à travers eux existent le folklore et les coutumes de cette civilisation effacée par la colonisation. 

Une identité en péril

Si Maya Da-Rin donne à voir avec talent le folklore et les valeurs d’une famille amérindienne, on voit aussi que malgré la réaffirmation de cette identité singulière, celle-ci n’en demeure pas moins mise en péril. En effet, cette identité-là semble se diluer dans la société brésilienne, chaque jour plus occidentalisée. En témoignent les plans aériens qui montrent la forêt amazonienne encerclée par la ville, comme prise au piège. 

D’ailleurs, les amérindiens, comme s’ils mettaient en abime leur communauté, semblent eux-mêmes perdre cette identité. Justino, le père, bien qu’il perpétue ces traditions, est gagné par une fièvre mystérieuse, marginalisé à son travail, en proie à une solitude nouvelle qui viendra le gagner quand sa fille aura quitté la maison. Comme exclu de la communauté des hommes, le monde semble ne plus lui laisser de place. 

La fille de Justino présente une variation de cette identité amérindienne. Elle est l’antagoniste de son père  : plus jeune, moins traditionaliste. D’ailleurs, elle veut devenir médecin tandis que son père croit encore au pouvoir des chamans pour soigner les maladies. Elle se fait alors l’étendard d’une génération nouvelle et mieux intégrée à la société brésilienne. Et comme pour joindre le geste à l’état d’esprit, elle quittera bientôt la forêt dans laquelle elle vit avec son père. 

La fièvre dans les yeux

Impossible de parler de La Fièvre sans rendre hommage à l’esthétique singulière mise à l’écran par Maya Da-Rin. Ce film, qui se présente sous la forme d’une tranche de vie est filmé avec grâce. Les plans sont somptueux et donnent à voir une vie proche de la nature. La forêt amazonienne, filmée de l’extérieur et de l’intérieur, les peaux, toujours nues sous l’effet de la chaleur estivale. 

Maya Da-Rin n’hésite pas à user de longues séquences pour faire ressentir au spectateur qu’il vit bien le quotidien de ses personnages. Le film demeure insoumis aux exigences de scénarios toujours plus agressifs et riches en rebondissement. La Fièvre, donne à voir, à écouter, à ressentir. Écouter, c’est aussi prêter attention aux silences, aux plans qui parviennent à en dire long sans toutefois ne faire aucun bruit. On plonge avec délice dans ce récit sincère, qui n’a pas peur du vide. 

Auteur·rice

Journaliste

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