CINÉMA

« The Father » – Un huis clos sous l’influence de la démence

The Father
© UGC Distribution The Father, Film de Florian Zeller, 2020

Florian Zeller nous présente l’adaptation de sa propre pièce de théâtre Le Père, moliérisée en 2014. Après avoir eu un succès phénoménal sur les planches, l’écrivain devenu réalisateur s’attaque aux salles obscures avec The Father. Annoncé pour le 26 mai dans les salles françaises, le film est un portrait déroutant d’un homme atteint de la maladie d’Alzheimer.

Pour The Father, le dramaturge Florian Zeller a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté, et a offert à Anthony Hopkins la statuette du meilleur acteur lors de la cérémonie qui s’est tenue en avril dernier. Tout cela pour un premier film. Une belle route espoir devant lui.

The Father est un huis clos oppressant, dans la tête d’un père feignant d’être touché d’Alzheimer. Le père, joué par l’incroyable Anthony Hopkins (Le Silence des Agneaux, Les Vestiges du Jours, Elephant Man), refuse l’aide de sa fille Anne, interprétée par Olivia Colman (La Favorite, The Crown), qui fait tout pour son père qui vieillit et perd son autonomie.

© UGC Distribution The Father, Film de Florian Zeller, 2020

Dans les yeux de la maladie

Nous connaissons le succès qu’ont pu avoir les films sur le thème de la maladie d’Alzheimer. Still Alice, Nebraska, ou encore The Notebook abordent la maladie à travers les proches qui la subissent. Ici, The Father nous raconte la maladie à travers les yeux du malade. C’est pars le biais de la démence d’Anthony que nous découvrons la perte de notion du temps, la mémoire emmêlée, la paranoïa, et autres aspects difficiles d’Alzheimer à percevoir en tant que proche. C’est donc à travers les yeux du père que nous voyons la réalité se distordre, changer. L’espace-temps s’entremêle afin d’y créer une confusion profonde pour le personnage et le spectateur.

Le temps qui n’existe plus dans le film est représenté par cette montre que l’acteur ne cesse de perdre et de chercher comme si c’était la dernière chose qui pouvait encore le lier à la réalité. Nous y découvrons un personnage principal qui nie la vieillesse et la maladie. Colérique, parfois violent, manipulateur et charmeur, voilà ce qu’Anthony nous dévoile au fur et à mesure que le film avance. L’acteur, âgé de 83 ans, nous transmet la complexité de cet état mental encore incurable et les sentiments troublants qui en découlent. Anthony Hopkins nous bluffe avec son interprétation qui le couronnera de l’Oscar du meilleur acteur près de 30 ans après son rôle, récompensé lui aussi, d’Hannibal Lecter.

© UGC Distribution The Father, Film de Florian Zeller, 2020

Alzheimer, le poids de la mémoire

Nous le savons Alzheimer est une maladie complexe et terrible à vivre. Olivia Colman, jouant le rôle de la fille Anne, se retrouve devant un choix difficile. Elle est tiraillée entre la volonté de s’occuper de son père malade ou le transfert dans une institution, afin de pouvoir partir en France, entre la culpabilité ou le désir de reprendre sa vie en main. Une décision dure face au sentiment d’abandon que son père lui fait ressentir, entre commentaires désobligeants et méchanceté gratuite non cachée. Finalement, ne laissant aucun choix à sa fille après avoir rejeté toutes les aides-soignantes, Anne se retrouve obligée d’abdiquer.

L’actrice nous montre à merveille la difficulté de la maladie et l’impuissance qu’elle ressent face à elle. Alors que le monde d’Anthony se perd dans sa mémoire engourdie, sa fille tente délicatement, et avec beaucoup de patience, de l’emmener vers l’inévitable. En définitive, chaque scènes d’échanges entre les deux acteurs sont bouleversantes et stupéfiantes. Un labyrinthe de souvenirs perdus dans les couloirs d’un appartement londonien entre la porte de la chambre à coucher du père et celle de l’entrée.

Cette pièce adaptée fait partie d’une trilogie écrite par le réalisateur. La Mère (2012) et Le Fils (2018) seront peut être à leur tour adaptée pour le grand écran. En attendant, The Father sortira le 26 mai en France, une semaine après la réouverture de nos tendres cinémas.

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