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LE FILM CULTE – « Mission to Mars » : Là-haut, l’humain

© Touchstone

Chaque mois, la rédaction de Maze revient sur un classique de l’histoire du cinéma. Après Happy Together de Wong Kar-wai, cap vers les étoiles avec l’un des films les plus injustement mal-aimés de Brian De Palma  : l’ultra-moderne Mission to Mars, sorti en 2001. Un échec critique et commercial qui, pourtant, réinvente la portée existentielle des récits de science-fiction.

Au cœur du chevauchement des deux millénaires, l’espace et les étoiles ne sont plus monnaie courante dans les récits de science-fiction. Celle-ci devient en effet de plus en plus terrienne (Bienvenue à Gatacca, L’Armée des 12 singes, Minority Report), mais garde son indélébile empreinte existentielle démocratisée par 2001 et Blade Runner (un film spatial et un film terrien). Le genre pencherait-il donc vers la Terre plutôt que vers l’Univers quand bien même il s’est évertué dans son histoire à proposer une réciprocité entre les deux entités ?

Il y a dans ce mouvement de l’imagerie de la science-fiction une très belle interprétation du Mission to Mars de Brian De Palma, premier film du genre pour le cinéaste de Blow Out et Phantom of the Paradise. Car il est à la fois la Terre et l’Univers, au cœur d’un récit monté tout en verticalité. Nous pouvons alors déduire un retour vers la forme de 2001, qui partait de l’âge préhistorique pour mieux finir avec la naissance du Surhomme nietzschéen. Chez Brian De Palma, on débute aussi sur Terre avant d’arriver sur Mars. Mais dans cette idée d’élévation, le cinéaste reste tel qu’il est. Soit un cinéaste poursuivi par l’image que nous devons retrouver et réparer pour mieux obtenir un savoir sur l’humain.

Dans les films de ce cinéaste obsessionnel et de la rédemption cachée, il faut chercher et dépouiller l’image pour mieux se connaître soi-même, tandis que Kubrick joue la carte, mégalomaniaque, d’une évolution. Quand Kubrick va au-delà de tout, Brian De Palma veut aller au-delà de nous. A l’os dans son approche d’un récit de science-fiction vertical, le cinéaste figure une odyssée finalement très intime et suggère, tel un film ultra-moderne, une nouvelle approche pour le genre.

Se rassembler avant de partir / Mission to mars / © Touchstone

Mars et les humains

Mission to Mars se garde bien d’expliquer précisément pourquoi et comment il y a bien une mission sur Mars dans le film. Ironie qui profite finalement à l’écriture tendre et intime du cinéaste envers ses personnages. Dès le début du film, le réalisateur offre une double séquence sur Terre où il est question de célébrer le départ sur Mars de deux équipes d’astronautes dont les membres sont aussi lié.e.s par une certaine amitié. Puisqu’il y a une première équipe sur la Planète Rouge menée par Luc (Don Cheadle) et une autre en observation dans l’ISS sous-dirigée par Jim (Gary Sinise), ami du premier.

L’aspect programmatique et culte de la séquence ne repose pas sur les motivations et enjeux d’une telle escapade spatiale, mais sur ce qu’ils pourraient trouver à la fois séparément et, ils l’espèrent, ensemble. Le destin les rassemblera finalement, puisque Jim devra effectuer une mission de sauvetage sur Mars suite à un événement surnaturel qui a décimé l’équipe de Luc, depuis porté disparu dans les contrées martiennes. L’idée de la mort étant par ailleurs poussée par le personnage de Jim, dont on sait que l’épouse, elle aussi astronaute, a récemment péri.

Luc et Jim, après s’être séparés depuis la Terre, se retrouveront finalement sur Mars. Viennent alors des projections autour de ce phénomène surnaturel qui a causé la catastrophe. Aurait-il permis la survie de Luc, et quelque part cette humanité rassemblée dans le territoire le plus inexploré ? Nous pouvons nous poser la question tant il existe une très forte croyance du cinéaste envers la Planète Rouge, que ce soit les desseins qu’on lui prête comme les superstitions autour d’elle. Ce n’est plus une affaire de scénario, mais du désir de reproduire une forme et d’y croire pour enfin la concrétiser.

Encore aujourd’hui, Mission to Mars offre la représentation de Mars la plus esthétique du cinéma de science-fiction, loin devant les ajouts numériques de Seul sur Mars de Ridley Scott. Le supplément d’une forme dépréciative, surnaturelle et hors-contexte renforce d’ailleurs l’implication du décor dans l’image humaine que dégage le film . Les humains foulent une Mars plus vraie que nature, mais trouvent encore une forme à connaître pour encore mieux cerner le territoire, telle une cartographie existentielle.

Une vision d’une anomalie sur Mars / Mission to mars / © Touchstone

L’issue du décor

Et c’est ainsi que le film se terminera. Longtemps commenté pour son côté too much qui déplacerait le film dans un océan de facilités scénaristiques, le final de Mission to Mars n’est qu’une étape supplémentaire du système à la fois vertical et intime de Brian de Palma. Quand 2001 se terminait sur un fœtus astral, Mission to Mars nous fait pénétrer dans sa propre image surnaturelle. Il s’agit tout autant d’une odyssée. Luc et Jim découvrent que cette forme n’est en fait qu’un signal envoyé à l’humanité pour communiquer avec le Cosmos et les autres galaxies. En plus de questionner sa fabrication, il s’agit davantage de notre race que de nos délires d’au-delà cosmique.

L’humain a mis le pied sur Mars, s’est rassemblé sur Mars et partira de Mars. Un triangle formidable de créativité et de légèreté quand bien même le scénario n’arrive pas à créer de liens tangibles entre les scènes. Si cela ne ressemble pas à Brian De Palma – il ne l’a pourtant pas écrit –, ce final reste dans ce cadre d’une pénétration, par l’intime, dans un sens vertical, dans ce que l’humain est voué à connaître de son vivant : lui-même.

Par la Terre et l’Univers, Mission to Mars rend hommage au genre et ses grands pontes en réussissant à le transgresser dans son écriture. A mi-chemin entre un désir du réel et la génération d’une anomalie, le film reste concentré sur son désir constant d’en apprendre encore et toujours davantage. L’image au service de l’exploration. Jamais se contenter de l’image, mais toujours aller au-delà d’elle-même.

Ce jeu de rôles entre humains et images va influencer grand nombre de films de science-fiction au cours du siècle. A commencé par Gravity d’Alfonso Cuaron, sorte de petit frère du film de Brian de Palma (suivre coûte que coûte une astronaute faisant face à une anomalie dans la vision commune de l’espace, à savoir la survie).  Nous pensons aussi à Moon et à First Man pour leurs représentations uniques de la Lune, Sunshine et le Soleil et enfin Ad Astra pour son récit épique à travers les décors extrêmement travaillés de la Lune, Mars, jusqu’à Neptune.

L’espace, plus que jamais une image satellite du cinéma et de l’humanité derrière lui.  

Auteur·rice

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