CINÉMA

FFA 2020 – « L’Étreinte » : Nouveau départ

©PyramideProductions

Du 28 août au 2 septembre 2020 avait lieu le 13ème Festival du Film Francophone d’Angoulême. Dans la petite ville de Charente, dix films étaient en compétition, dont L’Étreinte de Ludovic Bergery qui sort enfin en salles ce mercredi 19 Mai.

L’Étreinte commence avec une arrivée et un (nouveau) départ. Emmanuelle Béart joue le rôle de Margaux, quarantenaire revenue dans sa région natale près de Versailles après le décès de son mari, Romain. Mariée depuis ses vingt ans, elle s’installe seule dans la maison de campagne de sa sœur, et reprend une maîtrise d’études germaniques avec pour projet de partir vivre à Cologne et d’y travailler comme traductrice. À l’université, elle rencontre un groupe de jeunes étudiants qui l’entraînent dans leur quotidien. Cette rencontre, si c’est premièrement celle de la jeunesse, est aussi celle, pour cette femme empêchée, d’un nouveau point de vue sur le désir et la sexualité. La jeunesse libérée, et la sexualité très assumée de Karl, Lise (Marie Zabucovek), Aurélien (Vincent Dedienne) et leur groupe, ouvre une porte sur de nouvelles possibilités de futur.

Leur décontraction affichée face à leur désir et celui des autres, permet à Margaux, qui depuis longtemps avait fait taire sa vie sensuelle, de se réveiller et de réanimer cette partie endormie sans culpabilité. L’exposition saine au désir qu’elle découvre au fur et à mesure de leurs sorties et conversations, permet au personnage de s’émanciper de ses propres empêchements en reprenant contact avec les premiers émois et les désirs simples et crus, qui engendrent des plaisirs enfantins et primaires.

Son éveil prend le temps de fleurir, de se tromper et de se perdre dans les méandres de la nouveauté, en passant par les sites de rencontres, les premiers rendez-vous incertains, des bains de neige en plein hiver et les rencontres qui loupent. Le personnage arrive à régler le curseur de ce qu’elle désire en expérimentant, en sortant de son intranquillité immobile et en se confrontant directement à la réalité, parfois injuste, du monde amoureux d’aujourd’hui.

© Pyramide Productions

La relation entre Margaux et Aurélien est un des impulseurs principaux de son éveil. Une complicité silencieuse se crée entre les deux personnages et les deux acteurs, mêlant le naturel et la pudeur. Aucun des deux n’est obligé de se dévoiler de force à cause d’une mauvaise curiosité, ils se comprennent dans le silence et les regards échangés. Dans le film, les yeux parlent plus que les bouches. Le réalisateur, dont c’est le premier long-métrage, raconte avec beaucoup de tendresse, le parcours d’une femme, le courage que demande le retour à la solitude, la reconstruction d’une vie neuve après vingt ans de vie commune et installée.

La musique de David François Moreau est très juste. Elle souligne l’histoire et les émotions sans s’imposer, comme la caméra, elle ne force rien. C’est une impression de grand naturel qui résulte des images, une alchimie immersive qui tend la main au spectateur. La composition apporte, par ces quelques notes discrètes, une poésie des instants de la vie quotidienne, une envolée des sentiments sincère.

Il est finalement assez délicat d’expliquer ce qui est touchant dans ce film. C’est d’abord sûrement, une manière de porter le regard sur les acteurs, leur peaux, leurs yeux, les émotions filantes et rapides qui passent par leurs regards. Ludovic Bergery porte un regard d’acteur sur les acteurs, il les enrobe, les enlace avec bienveillance et douceur. L’image est naturelle, presque documentaire parfois. Elle tremble, effleure, accompagne toujours avec respect, sans jamais s’imposer dans la valse des personnages. C’est dans une caresse de la peau que Ludovic Bergery capture cette histoire des corps, et il serait donc bête de se priver d’aller les voir danser ce 19 mai 2021 en salles.

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