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AU FIL DE LA MODE #4 – Rose Bertin, marchande de mode sous Marie-Antoinette

© Portrait de Rose Bertin gravé par Jean-François Janinet d’après Louis-Roland Trinquesse

Chaque mois la rédaction de Maze revient sur un personnage ou un évènement marquant en lien avec la mode et son histoire. Le défilé se poursuit aujourd’hui avec Rose Bertin, connue pour avoir été la première créatrice de mode française, celle qui habilla la reine Marie-Antoinette.

Marie Jeanne Bertin naît d’une famille modeste en 1747 à Abbeville, ville connue pour sa manufacture de textiles. Elle devint ce que l’on appelait à l’époque une marchande de mode. Autrement dit, elle vendait des accessoires et ornements, ce qui autrefois représentait la partie la plus cher d’un costume. Très vite, elle se rend à Paris afin de travailler dans de petites boutiques. Son sens aiguisé des affaires lui permettra de gravir rapidement les échelons sociaux.

Sa rencontre avec Marie-Antoinette

En 1774 la vie de Rose Bertin prend un tout autre tournant lorsqu’elle rencontre la reine Marie-Antoinette. La couturière a déjà son propre magasin rue du Faubourg Saint-Honoré, baptisé Le Grand Mogol. La duchesse de Chartre, faisant partie de sa riche clientèle, lui présenta la reine. Les deux femmes ont des intérêts communs. Marie-Antoinette se passionne pour la mode et Rose Bertin s’avère très intéressée par les avantages que pourrait lui apporter la famille royale. Il semblerait que l’association soit parfaite.


A l’époque des premières gravures de mode, Marie-Antoinette était la femme la plus représentée, une véritable icône de son temps et donc un mannequin idéal pour la jeune styliste. Bertin, dotée d’un sens aiguisé de la publicité, l’avait bien compris. Ainsi elle usa de la célébrité de la reine pour promouvoir nombreuses de ses créations. Autrefois il existait un fournisseur spécialisé qui livrait à la reine des robes et accessoires uniques. Chez Rose Bertin, n’importe quelle femme ayant les moyens financiers pouvait désormais s’offrir le plaisir d’être habillée comme la reine.
Le lien familier qu’elle tissa avec la reine fût jalousé par grand nombre de nobles et vint d’une certaine manière perturber l’ordre social. Elle qui n’était qu’une roturière, devint membre de la haute bourgeoisie et habilla les personnalités les plus réputées de son temps.

La ministre de la mode

Dès les années 1775-1778, le nom Bertin devint une griffe et sa notoriété fera d’elle « l’inventrice » de la mode au sens moderne du terme. Puisque ses créations relevaient de la Haute Couture, elles promettaient une certaine main d’œuvre et des matières premières, ce qui justifia leur prix exorbitant. Tandis qu’à l’époque les vêtements n’étaient changés que lorsqu’ils étaient usés, Rose Bertin incitera à la consommation avec un renouvellement rapide des modèles. En générant davantage de collections, la styliste tendait à renforcer l’envie d’acheter des clients.

Parmi ses créations, on retrouve avant tout de somptueuses robes, dont le grand habit de cour. Celui-ci était lourd, fait de grands jupons et d’un corset majestueux mais extrêmement rigide. Aussi, elle livra d’autres robes, plus modernes. Parmi celles-ci, on retrouve la robe à la française, à la polonaise ou encore à la turque. Mais aussi, des robes bien plus légères, plus souples, faites de mousseline par exemple. En effet, la mode de l’époque se dirigea vers des vêtements plus simples, telles que de grandes robes en chemise.

Rose Bertin s’occupera aussi des coiffures et des bonnets de la reine. Accompagnée de Léonard Autié, ils inventeront la coiffure à très haut bonnet, aussi appelé « pouf ». Il s’agissait d’un grand coussin de crin recouverts et maintenus par les cheveux. Autrefois, les immenses coiffures allaient de mode ; le but étant d’en faire toujours plus, d’exagérer. Certaines coiffes pouvaient largement mesurer jusqu’à plus d’un mètre de haut. On piquait dans les bonnets divers ornements et décorations. Ceux-ci se limitaient d’abord à des plumes, des fleurs, puis des cornes d’abondance et même des objets faisant référence à des faits d’actualité. Durant la guerre d’indépendance américaine, par exemple, fût inventée « la coiffure de l’indépendance » ; il s’agissait d’une coiffe dans laquelle on plantait des navires.

Positionnée sur tout les fronts de la mode, Rose Bertin habillait aussi bien les femmes que les hommes. Lors des grands bals c’est elle qui fournissait tous les costumes, ce qui encore une fois représentait un coût énorme. Sa clientèle masculine, à l’image de celle féminine, était majoritairement composée d’hommes politiques et d’artistes. Pour eux, elle créa avant tout des accessoires tels que des bourses, cravates ou encore ornements de chaussures.

La Révolution Française et l’après

En octobre 1789, Rose Bertin émigra avec sa clientèle, la grande noblesse. On l’accuse de participer au déficit économique de la France puisqu’elle est intimement liée à la reine Marie-Antoinette, réputée pour ses folies financières. Elle passera les années suivantes entre Paris et les diverses capitales Européennes. Sa boutique, Le Grand Mogole, resta toutefois ouverte durant la révolution. Tandis que la majorité des stylistes de cette époque adaptent leurs collections aux évènements révolutionnaires. Rose Bertin s’y refuse ; on retrouvera néanmoins des cocardes aux couleurs du drapeau français parmi ses créations.

Malgré les évènements, Rose Bertin continuera d’habiller Marie-Antoinette lorsqu’elle sera emprisonnée aux Tuileries. Elle livrera même son grand habit de deuil lorsque le roi Louis XVI sera exécuté. Après la mort de la reine, la créatrice partira vivre à Londres dans l’espoir de mener de nouveau à bien ses activités. Lorsqu’elle reviendra en France elle fera rapidement faillite. En effet, une montagne de factures ont été laissées impayées par les nobles qui ont fuit la révolution. D’autre part, les clients n’acceptent plus les tarifs importants de ses pièces. Les héritiers Bertin vont tenter de recouvrir les dernières créances, en vain. Rose Bertin décède en 1813 et son nom restera à jamais lié à celui de Marie-Antoinette.

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