ART

Visite virtuelle – L’expressionnisme allemand à travers la collection Thyssen-Bornemisza

©Wassily Kandinsky. Painting with Three Spots, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza

Maze vous propose de découvrir à travers la collection du baron Thyssen-Bornemisza au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza situé à Madrid, le mouvement expressionniste allemand. Un mouvement artistique percutant et audacieux paru au XXe siècle souvent qualifié «  d’art dégénéré  ». Retour sur un courant artistique des plus surprenants illustré à travers la collection Thyssen-Bornemisza.

Afin de célébrer la naissance de Hans Heinrich Thyssen-Bornemisza (1921-2002), l’un des collectionneurs les plus accrédités du XXe siècle, Le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza propose de se replonger dans l’exposition temporaire de l’expressionnisme allemand par le biais de la visite virtuelle. Cette exposition hors du commun réunit pour la première fois les œuvres de la collection permanente du musée avec l’ensemble de peintures expressionnistes. Celles-ci étaient restées entre les mains  de la famille Thyssen-Bornemisza. De Kandinsky en passant par Grosz, la collection décline la peinture du mouvement de l’expressionnisme sous différents aspects.

Processus de créations audacieux

Ernst Ludwig Kirchner, “Cuisine alpine”©
Museo Nacional Thyssen-Bornemisza

Les coups de pinceau expressifs, les couleurs contre-nature et contrastées des expressionnistes ont immédiatement attiré l’attention du baron Thyssen. Son intérêt s’est porté d’abord sur les œuvres du groupe Die Brücke (le Pont). Ce groupe d’artistes allemands expressionnistes s’est formé à Dresde en 1905. Plus tard, sur les composants du Cavalier Bleu, un mouvement d’artistes expressionnistes formé à Munich.

Les artistes de ces mouvements partageaient tous la même manière de comprendre l’art. Elle partait de la vision intérieure de l’artiste. C’est à dire sa réalité avec l’invention d’en imiter une nouvelle à travers sa création. Les expressionnistes de Brücke aspiraient à construire un «  pont  » entre les essences du passé germanique et un futur utopique. Mais aussi entre la vie et l’art. Les ateliers d’artistes était pour eux un laboratoire d’idées nouvelles, décoré de sculptures proches de celles des peuples primitifs. La relation entre l’homme et la nature est également essentielle à ce mouvement d’avant-garde. Et le paysage devient son étude en plein air.

La plupart de ces artistes ont rédigé des manifestes et organisé des expositions pour diffuser leurs idées artistiques. Peu à peu, ils ont gagné une certaine reconnaissance critique et publique. Néanmoins, le début de la Grande Guerre interrompt la diffusion publique croissante des expressionnistes.

Les artistes et la guerre

George Grosz “Metropolis” © Musée national Thyssen-Bornemisza

Depuis l’arrivée au pouvoir d’ Hitler, le régime national-socialiste a mis en pratique sa politique de purification artistique. Il organise diverses expositions condamnatoires, parmi lesquelles Entartete Kunst (traduit par « art dégénéré ») . C’est celle qui a le plus marqué la mémoire historique de l’art du siècle.

L’exposition organisée par les nazis se déroule de juin à novembre 1937 à Munich. Le comité de sélection des œuvres réunit le peintre Adolf Ziegler, apprécié par Hitler, l’historien de l’art Klaus von Baudissin. Il deviendra plus tard Oberführer dans la Waffen-SS2, notamment. L’exposition de «  L’art dégénéré  » (730 œuvres d’une centaine d’artistes) met en valeur des artistes juifs d’une race moins pur. Les œuvres présentées aux visiteurs sont le reflet des troubles mentaux de leurs auteurs, peintres modernes «   dégénérés  », «  aliénés  ».

Plusieurs tableaux aujourd’hui dans les collections Thysse-Bornemiszan faisaient partie des collections du musée allemand. Les nazis les réquisitionnent et les dénigrent. Parmi eux, le plus important est sans aucun doute  «  Metropolis » de George Grosz. Le tableau est confisqué et inclus dans l’exposition diffamatoire susmentionnée de 1937. Alors que l’itinérance de cette exposition n’était pas encore terminée, les nazis décident de mettre sur le marché certaines des œuvres saisies. Ils collectent ainsi des fonds pour la guerre.

Après la guerre, la réhabilitation des expressionnistes fut pratiquement immédiate. Dans les premières années d’après-guerre, un effort intense pour récupérer l’art moderne allemand a été lancé. Les musées allemands ont réacquis leurs œuvres. Et des expositions sur ce mouvement se sont alors multipliées.

Collection Thyssen-Bornemisza  : mise en valeur de l’art moderne

Erich Heckel “Casa en Dangast” © Musée national Thyssen-Bornemisza

Les expressionnistes ont séduit le baron Thyssen pour sa couleur et sa force expressive, mais aussi pour des raisons politiques. Collectionner était pour lui un moyen de récupérer le souvenir d’un tableau. Mais aussi une manière de le sauver du danger de l’oubli. Après avoir hérité de la majeure partie de la collection de son père, le baron Thyssen a commencé à acquérir des peintures. Il pensait continuer son travail et, pendant quinze ans, il n’a collectionné que des œuvres de maîtres anciens. 

À la fin des années 1950, il se sent mal à l’aise avec les idées héritées de son père qui méprisait l’art moderne. La découverte de l’expressionnisme et ses premières acquisitions d’œuvres de Kirchner, Kandinsky ou Marc, ont attiré son intérêt pour les principaux mouvements artistiques du XXe siècle. Cela a donné lieu à une intense activité de collecte des avant-gardes. Au-delà de l’indéniable passion pour l’art qui a toujours guidé son esprit de collectionneur, l’ambition de Hans Heinrich Thyssen était de construire une image globale de la collection. Il avait une claire vocation publique. En 1960, il lance une activité d’exposition effrénée dans le monde entier pour montrer les différents aspects de sa collection encyclopédique. 

Certaines des premières acquisitions expressionnistes sont incluses dans des expositions internationales consacrées à l’art moderne. La première et la seule exposition monographique consacrée à l’expressionnisme allemand de la collection Thyssen ouvre en 1989 à la Villa Favorita,  à Lugano. Puis, l’année suivante à Washingtonet San Francisco. La collection expressionniste est dorénavant visible au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid. La visite virtuelle est disponible en intégralité ici pour notre plus grand plaisir.

Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Paseo del Prado, 8. 28014, Madrid. Billetterie disponible en ligne, contact téléphonique  : 91791 13 70. Visite virtuelle de la collection disponible ici. Entrée gratuite du 23 mars au 18 avril 2021.

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