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Rencontre avec Beach Youth – « Ce qui nous a influencé c’est vraiment le fait d’être ensemble »

Beach Youth par Adrien Melchior
Beach Youth par Adrien Melchior

Cela fait un bout de temps maintenant que le groupe caennais occupe notre horizon musical. À l’occasion de la sortie de Postcard, nous avons échangé avec Simon, chanteur et guitariste de Beach Youth, dans son appartement parisien sur fond d’un vinyle de Frankie Cosmos – Rencontre.

Comment ça va pour toi et pour Beach Youth en ce moment ? 

Et bien ça va ! On fait beaucoup de musique, plus qu’on ne pourrait le croire. On a enchainé les sessions live dernièrement. Du coup moi je suis à Paris mais à chaque fois que je retourne à Caen je fais que de la musique, on est surbooké alors qu’il n’y a pas de concert ce qui est plutôt cool ! On a un bon rythme qui revient. 

Pas mal de temps s’est écoulé entre l’enregistrement de l’album et sa sortie finale ?

L’album a été enregistré en août 2019 donc ça fait très longtemps déjà, et il a été prêt six mois après environ. On a retardé la sortie car à l’époque c’était le premier confinement, on avait aucune visibilité, notre objectif pendant longtemps ça a été de pouvoir faire des concerts une fois que l’album serait sorti pour pouvoir faire une release. Donc on a commencé a égrener les singles sans bloquer vraiment de date de sortie de l’album. Ça a d’abord été janvier, puis février, puis mars et finalement avril. On est délivré maintenant qu’il y a une vraie date. Ouais ça fait du bien,  car ça faisait peur jusque là. On finissait par se demander si on allait le sortir ou pas, mais on est beaucoup de groupes à avoir été dans ce cas là.

(…) c’est un peu désuet de faire de la musique avec des guitares aujourd’hui, de fonctionner comme un groupe, et pourtant c’est ce qu’on fait, c’est ce qu’on continue à faire.

Simon à propos de Beach Youth

Ça a été comment pour vous du coup cette période ? Vous avez été plutôt productif en ce qui concerne le teasing de Postcard ? Ça vous a permis de mener différents projets ?

Oui c’est ça en fait, ça nous a surtout permis de préparer la sortie comme jamais. On a fait des tas et des tas de contenus, de sessions lives… L’idée c’était vraiment d’avoir un clip pour chaque single, de travailler les visuels, on a organisé plein de choses et il y a encore plein de choses qui vont venir à la suite de la sortie de l’album. On va essayer de faire vivre le disque sur une longue période vu qu’on a ce projet des Postcard Videos et on a aussi fait une session live spécial Postcard et qui va sortir bientôt. 

Comment s’est passé la rencontre et le travail avec Adrien Melchior qui a géré toute la direction artistique de l’album ? C’est plutôt impressionnant tout le travail visuel qu’il y a sur l’album !

On est assez impressionné nous-même ! En fait Adrien, Étienne et moi, on était collègues et on se voyait tous les jours. C’était à un moment où l’album était prêt donc on a commencé à chercher une idée de pochette, une idée de personne. Vu qu’on le voyait tous les jours on s’est dit qu’Adrien c’était surement une bonne idée, et c’était un super pote avant d’être quelqu’un avec qui on travaille. Donc on a commencé à le lancer sur la pochette. Nos premières idées c’était pas du tout ce qui a été fait au final. Au début on voulait apparaitre sur le disque, on voulait faire des collages avec de vieilles cartes postales. Au final ce n’est pas ce qui a été retenu mais on était vraiment à fond sur cette idée. Adrien est venu nous voir, il nous a dit : «  bon les gars j’ai retrouvé dans mes archives des choses que j’avais fait à l’époque des Beaux-Arts  ». En fait il faisait des voyages dans Google Earth, et on trouvait ça cool, mais à ce moment-là on avait vachement de mal à imaginer quelle connexion ça pourrait avoir avec le disque. Il nous a dit : «  attendez, attendez faites moi confiance les gars  » et il est revenu quelques semaines/mois après avec tout un tas de visuels super beaux dans lesquels on s’est vraiment reconnus.

La pochette du single Love Yourself (2020) par Adrien Melchior

Pour expliquer le principe, sur Google Earth il faisait des balades et prenait des photos, sauf que les couleurs étaient assez moches, alors il les retravaillait pour que ça ressemble à de vieilles cartes postales ultra saturées avec du grain. Donc il a fait toute une série de pochettes, de visuels qui apparaissent dans le livret des objets physiques. Et on a pas arrêté de l’exploiter ensuite. Donc pour les photos car à chaque fois on se disait «  mais tient on pourrait faire ça aussi  » et à qui on demande ? Et bah à Adrien, car Adrien il gère ! Et il a aussi fait les clips, le premier clip, Two Bedrooms, c’était une version animée avec les pochettes. Le deuxième on est parti en vacances ensemble un week-end sur un bateau donc on s’est dit «  aller on emmène Adrien !  », et c’est lui qui a filmé ça. Il apporte un peu sa touche à chaque fois, avec un grain et des couleurs distinctives. C’est super cool d’avoir un projet totalement cohérent, même tous les visuels de com’ qu’on partage, on essaye de mettre Adrien Melchior en avant. On est super fiers de cette collaboration !

C’est la première fois qu’il y a un réel lâcher prise sur la direction artistique de votre côté ? 

Avant il y avait moins de continuité en fait, on faisait les photos avec une personne, les visuels du disque avec une autre. On a quand même beaucoup travaillé avec Julia Vadet à l’époque de Second qui a fait nos photos, dont on s’est inspiré pour faire le visuel de l’EP. Mais là c’est vraiment tout car on est avec quelqu’un qui est touche à tout. Il a aussi réalisé la prochaine session live qui va sortir, on a également bossé avec lui sur un projet parallèle avec le FRAC Normandie [Situé à Caen ndrl] on a fait ça le week-end dernier. On a tout le temps des tas d’idées et dès qu’on en a une nouvelle on l’appelle et il nous dit qu’il est chaud donc on fonce !

Je me disais ça fait quasiment huit ans environ que Beach Youth existe maintenant…

Wow on a tendance a mentir (rires), non sept ans en vrai ? 

Et sur ces années il y a eu assez peu de changements dans le groupe, mais là récemment il y a eu une importante évolution comme vous avez dû changer de bassiste. Comment ça vous a impacté dans le fonctionnement du groupe ? C’était comment de devoir accrocher quelqu’un sur un projet qui existe depuis si longtemps ? 

Ça a été assez dur de se projeter au début, Louis-Antonin n’a pas quitté le projet du jour au lendemain évidemment c’était un processus de discussion avec lui où l’on sentait qu’il avait moins envie, jusqu’à ce qu’il prenne la décision. C’était quand même assez important pour nous, car ça a toujours été nous quatre, on est vraiment un groupe qui a jamais tourné au niveau du line-up. On a jamais pensé intégrer de nouveaux membres et puis on est un groupe assez démocratique donc il n’y avait personne d’interchangeable. Ça a été une grosse nouvelle. Surtout que Louis n’écrivait pas les parties de basse, mais il apportait vraiment sa touche sur les arrangements etc. Je réécoutais l’album tout à l’heure et vraiment on sent qu’il est là quoi ! Dans plein de petites choses, dans les chœurs, dans des petits arrangements de synthés, dans les guitares aussi, car oui il est très bon guitariste ! 

Ça nous fait tout drôle mais voilà on a cherché, on a fait une liste de gens qui font de la basse à Caen, qu’on aime bien etc. On a contacté plusieurs personnes et finalement c’est tombé sur Felix qui était dans les Goaties, et ça a très bien marché. On a passé pas mal de temps avec Louis et Felix pour faire la passation, Louis a été totalement intégré au truc. Felix est super car il amène une dynamique, une énergie, et aussi une débrouille que nous on a pas forcément en fait. On est plus du genre à réfléchir, à faire des réunions (rires) et lui il a pas le temps, lui il passe des coups de fil et on avance direct ! Ça nous fait du bien un peu cette urgence, c’était moi le plus punk du groupe pour l’instant mais là je pense que je suis dépassé et ça fait du bien (rires) ! On a vraiment hâte de faire des concerts avec lui ! Moi là je réalise toujours pas que le line-up a évolué, évidemment on le sent, mais je veux dire, on s’est pas encore montré sur scène donc c’est dur de réaliser encore. 

Vous savez quand aura lieu le prochain concert pour vous ?

Je crois que là on arrive à un stade où il n’y a même plus de date quoi. Tout est repoussé, repoussé, repoussé. Là c’est la troisième ou quatrième fois, donc souvent les programmateurs baissent les bras et ils attendent.

(…) on a réussi à faire un album qui se tient, qui part dans différentes directions mais qui reste cohérent.

Simon à propos de Postcard

L’écriture de Postcard remonte à il y a assez longtemps. Comment avez-vous procédé pour le travailler ?

Oui (rires) ! Cet album ça été un processus assez long en termes d’écriture, car il y a des chansons qui remontaient à avant Second je pense. Moi je le vois dans les textes, car je mets des indices que seul moi je peux comprendre sur où j’étais lors de leur écriture. Et quand je réécoute l’album je me rends bien compte qu’il y a des chansons qui datent d’il y a trois ou quatre ans, d’autres qui étaient très récentes au moment de l’enregistrement. Donc ça a été assez long, d’abord Étienne a écrit les chansons de son côté, il les a envoyé, j’ai écrit des paroles, on les a arrangé ensemble en répétition, avant de faire des maquettes. Parfois plusieurs maquettes même, travaillées ensuite au Cargö, au BBC, [Scènes de musiques actuelles situées à Caen et Hérouville ndrl] avec notre copain Guilherm de Born Idiot donc c’était des pré-productions.

On est parti dans la Creuse en 2019. On avait 20 chansons au début, on a décidé d’en enregistrer 15 une fois arrivés là-bas et au final sur l’album il y en a 11. C’était un long processus, d’écrémage, de choix, de directions différentes. Lors de l’enregistrement les chansons ont vraiment pris un palier supérieur. Il y a des choses qu’on imaginait pas du tout qui se sont passées. Ça c’est notamment dû à la manière de produire de Nico, qui amène vraiment sa patte. On parlait du grain pour la pochette, des couleurs hyper saturées, et moi je ressens ça dans le mix aussi où les effets sont hyper prononcés. Il y est vraiment allé à la truelle et en même temps c’est ça qui est cool ! Au niveau du son il change pas mal par rapport à Second, là c’est moins hi-fi, mais ça a du cœur et du charme, il y a pas mal de défauts mais c’était ça l’idée c’est qu’il y ait du charme. 

Qu’est ce qui vous a inspiré autour de Postcard ? Vous écoutiez des choses en particulier au moment de l’enregistrement ?

Il y a pas grand chose que je peux mentionner comme ça car c’était vraiment sur une longue, longue période. Pendant l’enregistrement je me souviens qu’on écoutait quasiment rien comme autre musique, puis on sortait pas beaucoup. On est resté deux semaines dans cette maison, on voyait personne d’autre… à part deux fois où on est allés au spa, du coup on a vu les dames du spa et c’est tout (rires) ! On a quand même écouté quelques disques, il y avait des trucs des années 60, genre les Zombies, des groupes de la British Invasion. On a écouté nos propres playlists d’influences là-bas, les mêmes choses en boucle en quelque sorte. 

Ce qui nous a influencé c’est vraiment le fait d’être ensemble et les morceaux en eux-mêmes. Il n’y a pas eu un moment clé qui qui nous a inspiré l’album comme on est sur du très long-terme. Vu qu’on est quatre et qu’on a chacun notre mot à dire, c’est aussi une combinaison de tous nos goûts à chacun, nos idées, et aussi celles de Nico qui a bien amené ses goûts à lui. Et pour les thèmes évidemment le voyage. C’est pas pour rien qu’on a appelé l’album Postcard, c’est un peu l’imaginaire Beach Youth qui a pas tellement changé depuis le début.

Et ça fait quoi de se dire premier album après sept ans passés ensemble à faire de la musique ? 

On a pris du temps quand on le voit comme ça mais en même temps on fait des tas de choses à côté. Ça aurait été beaucoup plus vite si on était pas tous étudiants à une époque, puis là il y en a qui travaillent, et le contexte de la crise sanitaire n’a pas aidé : donc notre album il a pris un an dans la vue. Ça avait fait la même chose avec Second qui avait beaucoup trainé… bon on ne sait même plus pourquoi. Ça n’empêche qu’on est créatif et qu’on fait des tas de choses. Ça fait pas beaucoup deux EP et un album en sept ans face aux Beatles qui sortaient un album tous les six mois, mais notre heure viendra où l’on pourra faire que de la musique et sortir un album tous les six mois à notre tour (rires) ! 

Est-ce que tu souhaiterais ajouter quelque chose en particulier par rapport à tout ça ? Parler de comment tu vois la suite pour vous potentiellement ? 

J’ai envie de dire que cet album il résume vraiment bien ce qu’est Beach Youth, et je trouve que c’est vraiment un aboutissement pour nous. Car les EP, souvent les titres étaient tous dans le vide car c’est un format court etc. Là j’ai vraiment l’impression qu’on a réussi à faire un album qui se tient, qui part dans différentes directions mais qui reste cohérent. Tous les thèmes sont vraiment les nôtres, quand je l’écoute j’entends pas deux groupes comme ça a pu être le cas avant. Moi je le trouve assez abouti, donc on en est très fiers ! On espère pouvoir le défendre en live, on a hâte d’enregistrer à nouveau et de re passer par tout ça. 

Tu parles de « ce qu’est Beach Youth  » mais c’est quoi au fond Beach Youth (rires) ?

La question d’Augustin Trapenard (rires) ! Je trouve que le mot Postcard il résume bien ce qu’on est, ce choix là. Car les cartes postales c’est un truc qui se fait plus trop, qui est un peu désuet mais qui a du charme et qui nous plait quand même. Dans Beach Youth il y a toujours ce mélange là avec un truc à l’ancienne avec des influences années 60, années 70, tout un imaginaire de vacances, de plages, qu’on nous rabâche à longueur d’articles. Mais en même temps voilà on peut pas jeter la pierre c’est ce que notre musique évoque et c’est cool que les gens ressentent cela ! Pour revenir sur les cartes postales, c’est un peu désuet de faire de la musique avec des guitares aujourd’hui, de fonctionner comme un groupe, et pourtant c’est ce qu’on fait, c’est ce qu’on continue à faire. Donc oui on est nous-mêmes un peu passés de mode, et en même temps on s’inspire de trucs modernes. Je trouve que les visuels d’Adrien résument très bien ce mélange entre passé et ultra-modernité avec l’espèce de glitch qui fait très numérique sur les visuels. C’est un bon combo je pense ! 


À lire : La chronique de Postcard de Beach Youth

À lire et à écouter : La playlist de Beach Youth

Bandcamp du groupe


Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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