CINÉMA

« Les Mystérieuses cités d’or » – Enfance dorée

©DIC/NHK
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Esteban, Tao, Zia. Pour beaucoup, ces trois prénoms suffisent à réveiller les quelques notes mythiques d’un générique oublié. Aujourd’hui, nous vous proposons de faire une halte à l’ombre d’un heureux classique du dessin-animé télévisé  : Les Mystérieuses cités d’or. Pour connu qu’il soit, ce territoire réserve encore au spectateur contemporain de belles surprises et ce, peu importe son âge.

Fruit d’une co-production franco-nippo-luxembourgeoise, Les Mystérieuses cités d’or ont été diffusées pour la première fois en France en septembre 1983. Près de 40 ans plus tard les animations de Bernard Deyriès (aussi coréalisateur de Ulysse 31 et de L’Inspecteur Gadget) et de Jean Chalopin n’ont rien perdu de leur charme.

En 1532, le jeune orphelin Esteban embarque à bord du galion L’Esperanza à la recherche des mythiques cités d’or. Depuis Barcelone jusqu’au cœur du pays Inca, celui que tous considèrent comme le fils du soleil nous entraine dans un récit initiatique au long cours. Esteban est accompagné de ses deux fidèles amis, Zia et Tao. Il est aussi protégé par trois Espagnols en quête d’or, Mendoza, Sancho et Pedro. Le jeune garçon part à la découverte du continent sud-américain, de son savoir, de ses techniques et des ses énigmes.

La richesse de l’intrigue, la complexité de la galerie de personnages qui accompagnent – ou empêchent – le fils du soleil dans sa quête ainsi que la dimension pédagogique du dessin-animé permettent de tenir en haleine le spectateur au long des 39 épisodes de la série.

©CLT/NHK

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Une épopée historique

Toute l’histoire du dessin-animé se fonde sur un principe mémoriel. Il s’agit d’abord de la mémoire de nos familles. La série se transmet d’une génération à l’autre comme un héritage qu’il faut soigneusement garder. Mais il est aussi question de celle de l’Espagne du siècle d’or. Une Espagne coloniale qui n’eut aucun remord à justifier les massacres et autres pillages perpétrés sur le sol sud-américain au nom d’une présupposée supériorité européenne.

L’une des clés du succès des Cités d’or tient à la façon dont ses réalisateurs ont réussi à tisser les fils du récit historique à ceux de la narration de l’épopée vécue par l’équipée. Si l’objectif des cités d’or demeure un mythe, Esteban et ses acolytes rencontrent une série de personnages historiques. Ce croisement entre mythe et réalité permet aux réalisateurs de mettre en évidence les crimes commis par les Espagnols au nom d’un objectif dont la vacuité augmente la gravité  : la recherche de l’or. Ainsi, la jeune Inca Zia, a été enlevée par le conquistador Francisco Pizarro connu pour avoir exécuté l’empereur Inca Atahualpa après lui avoir volé toutes ses richesses.

Le jeune spectateur à la curiosité aiguisée par ces éléments historiques voit son désir de connaissance satisfait par le très bref documentaire qui clôt chaque épisode. Faisant retour sur un élément historique mêlé à l’intrigue, la voix grave de Jean Topart alimente la fascination provoquée par le dessin-animé.     

 

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Un récit initiatique politique

Sujet au vertige dans les premiers épisodes, Esteban lutte au gré des péripéties contre cet handicap ironique pour le fils du soleil. C’est grâce à son groupe d’amis soudé qu’il parvient à gagner la confiance qui lui manquait pour passer outre. Les valeurs d’amitié, de solidarité et d’entre-aide sont la clé de beaucoup d’énigmes posées par l’intrigue.

Ce récit initiatique consacre Esteban comme protagoniste principal. L’ennui n’a toutefois pas le temps de s’installer puisque le dessin-animé gagne en densité par la complexité des personnages gravitant autour du jeune garçon. Initiatique, le récit l’est aussi pour d’autres personnages. L’Espagnol Mendoza, archétype du super-héros musculeux et intrépide navigue entre protection sincère des enfants et instrumentalisation de ceux-ci pour atteindre les cités d’or. Progressivement l’équilibre de la balance tend à s’inverser. Mendoza finira-t-il par consacrer l’amitié et le respect de l’autre comme valeurs cardinales, devant la cupidité et la violence  ? Sancho et Pedro complètent l’armada à cheval entre balourdises comiques et cupidité aveugle.

Ces adultes espagnols sont très régulièrement renvoyés à leur statut social de colons blancs. Zia et Tao le répètent souvent  : « souviens-toi Esteban, ils viennent pour l’or. Nous ne pouvons leur faire confiance  ». La fiction ne les dépolitise pas  ; au contraire elle leur fait justement porter le poids de la lourde culpabilité coloniale.

Si le motif de la destruction revient régulièrement, celle-ci se scinde en deux catégories. D’une part celle liée aux colons espagnols qui anéantissent tout ce qui leur échappe. D’autre part, celle due à la résolution progressive de l’énigme  : les enfants, en harmonie avec les civilisations précolombiennes, effacent les traces de leur avancée. Ils détruisent pour mieux souder leur groupe.

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Le soleil de l’amitié

Par contraste la richesse des dessins de Bernard Deyriès et de Jean Chalopin rend hommage aux civilisations précolombiennes. Le spectateur et la bande d’aventuriers partagent le même émerveillement face à l’architecture des temples et autres cités ainsi que face aux savoirs et techniques des civilisation Inca et Maya.

Tao l’ingénieux est le dépositaire de l’héritage de l’empire de Mu. Face à la témérité d’Esteban l’Espagnol, il incarne la réflexion et la prévoyance. Quant à Zia, elle fait preuve d’une loyauté sans bornes envers les siens, la poussant presque à faire don de sa vie pour préserver le secret des cités d’or. Et si ces valeurs brillent d’elles-mêmes, elles ne trouvent leur utilité dans l’économie de l’intrigue qu’une fois unies par l’amitié des jeunes enfants. A bord du grand condor comme dans la cité des Olmèques, c’est le souci de l’autre et la discussion qui les font passer à l’étape suivante.

Comment parler des Mystérieuses cités d’or sans évoquer la musique synthétique de Shuki Levy et Haim Saban ? Les quelques notes du générique reviennent sous divers arrangements et consacrent le dessin-animé en une fresque épique inoubliable.

Seul.e chez vous ou entre ami.es, avec ou sans enfants, n’attendez plus et partez à la découverte de l’un des meilleurs dessins-animés jamais produits. A défaut d’or vous rapporterez dans vos souvenirs le rire immuable de trois enfants à jamais amis.

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