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L’art d’en parler – Rencontre avec Barbara Penhouët : « Ce sont des gens ordinaires qui font la petite histoire de notre monde »

Peintres, graphistes, acteurs ou metteurs en scène… Chaque mois, Maze donne à la parole à un artiste émergent, l’interroge sur ses inspirations et son processus de création. Le deuxième épisode de L’Art d’en parler est consacré à l’illustratrice, peintre et architecte Barbara Penhouët.

Barbara Penhouët a 30 ans, et plusieurs étapes de vie à son compteur. Après des études à l’école d’architecture de Rennes, elle migre cinq ans à Berlin où elle exerce en tant qu’architecte sans pour autant jamais laissé de côté sa vraie passion : la peinture. Acrylique, à l’huile ou encore « digitale », la peinture se décline sous toutes ses formes dans ses créations, qu’elle expose à Berlin, bientôt à Paris et dès à présent sur son compte Instagram, on ne peut plus poétique. 

L’homme et ses paradoxes, l’homme dans tout ce qu’il a de plus ordinaire, ses moments de solitudes, pris dans ses pensées, dans son univers, son corps et ses émotions sont autant d’éléments qu’esquisse l’artiste dans des œuvres — peintes ou dessinées — empreintes d’une poétique simplicité. Rencontre.

8h35 , huile sur toile, 2020, 150 x 130cm © Barbara Penhouët

maze.fr : Vous peignez depuis que vous êtes toute petite. Qu’est-ce qui a fait que vous avez continué, quand d’autres arrêtent tout simplement en entrant dans l’adolescence ?

Barbara Penhouët : Depuis toute petite, j’ai toujours eu la peinture à proximité, eu accès à des pinceaux, etc. car mon père peignait en amateur. J’ai toujours peint dans ma vie, j’ai pris part à des ateliers de peinture quand j’étais plus jeune et j’ai ensuite fait des études d’architecture à l’école de Bretagne. 

Pour moi ça a été toujours une évidence. Je ne peux pas faire contre, même dans la pratique de l’architecture actuellement, ce n’est pas assez créatif et dans un sens je me confronte à un mur en fait. Le meilleur de mon potentiel, c’est avec l’art.

M. : Pour vos études, vous vous tournez donc plutôt vers l’architecture…

B.P : J’ai en effet suivi la formation de l’école d’architecture de Bretagne à Rennes, passé un an en Erasmus à Berlin et m’y suis ensuite installée pour y travailler en tant qu’architecte, avant de m’installer à Paris il y a 2 ans et demi.

Tout ce temps, j’ai continué ma pratique artistique en peinture, d’abord à partir de peinture acrylique puis de peinture à l’huile. Pour les grands formats et illustrations, il s’agit d’un format digital réalisé à partir d’une palette graphique. Je me suis mise à cette technique il y a un an et demi, un an.

21h23, huile sur toile, 2020, 90 x 70 cm © Barbara Penhouët

Avant je n’arrivais pas vraiment à m’y mettre, je voulais vraiment que ça s’apparente à de la peinture, je ne voulais qu’on ait cette impression de vectorisation sur l’illustration, comme c’est souvent le cas. Donc j’ai poussé ma pratique jusqu’à trouver ma patte et le style que l’on voit maintenant sur mon compte Instagram, c’est celui qui m’a plu et que j’ai ensuite développé.

M. : Vous dites ne pas trouver votre compte d’un point de vue créatif dans votre métier d’architecte…

B.P : Il y a une partie qui me va, notamment le fait de créer dans l’espace, je trouve ça très stimulant intellectuellement mais entre les études et le métier d’architecte, c’est très normé, c’est très technique et c’est très difficile d’être créatif dans ce métier. 

J’aimerais plus tard me tourner vers l’architecture d’intérieur pour me tourner vers ce que je préfère de l’architecture, la vision dans l’espace, le fait de créer vraiment tout un univers mais aussi me défaire du côté très normatif de l’architecture.

M. : Pensez-vous que le fait de vivre à Berlin a pu faire évoluer votre pratique artistique ?

Je pense que de vivre à Berlin m’a permis de me poser les questions par rapport à moi-même. En Allemagne, dans leurs études, ils vont prendre plus de temps, se questionner et à Berlin il y a moins cette pression de l’âge, on est pas dans une course contre la montre dans la carrière, on peut se poser des questions et se laisser justement le temps de faire d’autres choses. Ça m’a aussi permis d’exposer mon travail, dans des expositions de groupe.

M. : Le confinement a-t-il eu un impact sur votre peinture ?

B.P : Le confinement est intervenu au moment où j’ai quitté mon ancien job [dans une agence d’architecture à Paris]. Le Covid était venu amplifier le stress et la cadence, et je me suis dit que c’était le moment de reconsidérer ce que je voulais faire, que ça pouvait constituer un tournant.Et depuis je suis dans l’entre-deux pour vraiment peindre et prendre le temps de pratiquer tous les jours plutôt que de s’accorder du temps le week-end, une heure par ci par là.

Les nuages passant © Barbara Penhouët

Dans ma peinture, je ne voulais pas y venir mais finalement je me suis mise à peindre uniquement des figures solitaires, alors qu’avant j’avais fait toute une série autour du vivre-ensemble, etc. Je pense que comme un peu comme tout le monde, le confinement a accentué une forme de solitude et renforcer l’évidence qu’on a besoin de contacts humains.

Je me suis par ailleurs rendue compte que le confinement accentuait une forme d’intrusion, de surveillance de nos espaces privés. Via les visioconférences par exemple, on faisait, au début, voir notre intérieur à nos collègues ou nos patrons. On sentait comme une intrusion vis à vis de cet oeil de la webcam. C’est quelque chose de très puissant et c’est également quelque chose de très présent dans ma peinture, la représentation de figures dans des intérieurs, et on ne sait pas si elles se savent vues ou non.

M. : Si vous aviez une inspiration à nous transmettre, quelle serait-elle ? 

B.P : J’aime bien peut être des choses comme Georges Perrec, son livre « L’infra-ordinaire » ou encore « La vie mode d’emploi ». Ce que font les gens qui habitent dans un immeuble, toutes ces choses ordinaires qui font notre quotidien, ça peut faire un écho à mon travail. C’est exactement ce que je veux montrer à travers mon travail, ce sont des gens ordinaires qui font la petite histoire de notre monde, des moments captés comme ça.

Jeux d’eau © Barbara Penhouët

M. : Comment envisagez-vous la suite ?

B.P : Depuis 6 mois, je ne fais que produire pour retrouver une cohérence dans ma peinture et j’entame  aujourd’hui la phase de communication, je me sens plus cohérente et crédible. Dans ce sens, Instagram est très intéressant, le réseau me permet d’établir une communication direct entre mon public et moi plutôt que d’être dans la quête d’un galerie, ou quelqu’un qui va bien vouloir me représenter un autre. C’est du travail mais il y a quelque chose de satisfaisant à avoir des retours direct.

Sur le long terme, j’aimerais aussi monter une exposition à Paris autour de mon travail, en parler et peut-être aussi le présenter à des appels à candidature.

Les œuvres de Barbara Penhouët sont à retrouver sur son site internet, ses comptes Instagram consacrés à l’illustration et à la peinture ou encore en exposition d’ici peu. Restez connectés.

Auteur·rice

Rédactrice en chef de la rubrique Art. Curieuse et intriguée par la création artistique sous toutes ses formes

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