La Madeleine de ProustLITTÉRATURE

La madeleine de Proust #23 – « Électre » : Éloge de la justice

© Fanny Monier

Chaque mois, un membre de la rédaction se confie et vous dévoile sa Madeleine de Proust, en faisant part d’un livre qui l’a marqué pour longtemps, et en expliquant pourquoi cet ouvrage lui tient à cœur. Ce mois-ci, Électre de Jean Giraudoux.

Depuis le lycée, il y a un livre que je rouvre et relit indéfiniment  : Électre de Jean Giraudoux. Il trône fièrement sur mon bureau, sa quatrième de couverture est à moitié arrachée. Je relis souvent certains passages. J’ouvre, plus ou moins au hasard, et je lis le texte à voix haute comme si j’étais au théâtre. Je joue ainsi tous les personnages, mais un plus que les autres me fascine, et c’est bien entendu Électre.

Passionnée depuis le collège par la mythologie grecque, cette réécriture avait tout pour me plaire. Électre est issue de la famille maudite des Atrides, fille de Clytemnestre et d’Agamemnon. Son père meurt, Égisthe prend sa place sur le trône.

L’héroïne n’est pas censée savoir que c’est sa mère et son amant Égisthe qui ont tué son père. Mais, au fond, elle sait. C’est bien de ça dont Égisthe a peur. Pour cette raison, il essayera de la marier à un jardinier pour éviter que la malédiction des Atrides ne s’abatte sur lui. Comme tout personnage mythologique qui essaye de contourner le destin, il échoue.

Électre : Je ne connais pas mon secret encore. Je n’ai que le début du fil. Ne t’inquiète pas. Tout va suivre…

Acte I, scène 10

L’omniscience d’Électre m’a fasciné et me fascine encore à chaque relecture. Elle voit à travers les comportements et les paroles des personnages leurs véritables intentions et surtout leurs sentiments. Elle les expose aux yeux de tous et fait tomber leurs masques. Ce n’est pas pour rien qu’elle dévoile la vérité sur le meurtre de son père dès l’aurore. Elle est la lumière, elle l’incarne.  

Le mendiant : Il n’est plus bien loin, n’est-ce pas, Électre  ?

Électre : Oui, elle n’est plus bien loin.

Le mendiant : Je dis Il. Je parle du jour.

Électre : Je parle de la lumière.

Acte II, scène 1

Électre se «  déclare  » chez Giraudoux, quelle belle expression pour dire qu’elle devient elle-même. Cela devient possible lorsqu’elle retrouve son frère Oreste qu’elle n’avait pas vu depuis sa naissance. En effet, il est nécessaire à l’implosion d’Électre car c’est lui qui l’apaisera, rendra justice, en tuant leur mère et Égisthe. La justice l’obsède, peu importe la manière dont elle doit être rendue. Tout doit être juste, les gens honnêtes et les actes condamnés. Électre est entière, c’est tout ou rien.

Électre : J’ai la justice, j’ai tout.

Acte II, scène 10

Giraudoux fait appel au sentiment d’enfin être soi et Électre est tout. Elle étouffe les personnages, les rend incapables face à leurs mensonges. Se déclarer c’est enfin exploser, exposer aux yeux de tous ce qu’on a toujours été. J’aime à croire que nous nous sommes tous déclarés un jour comme elle. Pour ma part je m’en souviens – d’autant plus en relisant cette pièce.

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