CINÉMA

Le Studio Ghibli et le féminisme

Princesse Mononoké
Princesse Mononoké (1997) - © Le Studio Ghibli

La nouvelle vague de films d’animation Disney (ou d’Hollywood en général) propose de plus en plus de modèles d’héroïnes fortes et indépendantes pour les jeunes filles. Mais pour un studio d’animation dans le monde, il en a toujours été question.  

Le studio Ghibli est fondé par Toshi Suzuki, Isao Takahata, Yasuyoshi Tokuma et Hayao Miyazaki en 1985. Le studio se créé rapidement une place dans l’univers de l’animation, notamment grâce à Mon Voisin Totoro  (Hayao Miyazaki, 1988) et devient un habitué des personnages badass aux rubans dans les cheveux. Entre Kiki la petite sorcière, Sophie, la princesse Mononoké ou encore la petite Chihiro, les jeunes filles qui ont grandi en regardant les films du studio ont plus d’une inspiration à suivre.  

Entre malédictions et poursuite de carrière 

Pour celles et ceux qui connaissent l’univers Ghibli, deux parties sont distinctes : les films qui se déroulent dans « la vraie vie » et ceux qui nous font voyager au cœur d’un monde fantastique. Dans les deux cas, on suit des filles passionnées et animées par une mission qui rythme leur vie depuis un moment.  

Sophie dans Le Château ambulant (Hayao Miyazaki, 2004) se bat pour sortir du cauchemar qu’elle vit depuis un moment après avoir été transformée en vieille femme. Elle apprend l’importance du temps, l’importance de vivre chaque jour comme le dernier et à compter sur elle-même avant tout. Des principes importants à comprendre pour les jeunes spectateurs.

À l’image de ces deux types d’univers, on distingue aussi deux types de protagonistes féminins. Si l’on voyage dans un monde fantastique, les filles ont tendance à être pleines de défauts et à vivre des combats assez durs auxquels on ne peut pas forcément s’identifier (sauf si vous avez aussi été élevés par des loups). Côté vie réelle, les personnages tentent de comprendre ce qu’ils veulent faire de leur vie, quelle personne être, quelle carrière suivre. Un aspect qui reflète beaucoup plus nos vies quotidiennes comme dans Si tu tends l’oreille (Yoshifumi Kondo, 1995) ou même Le tombeau des lucioles, très réaliste (Isao Takahata, 1988).  

L’amour chez Ghibli 

Dans les films d’animation Ghibli, la romance n’est jamais présente au point où la protagoniste ne voit que par les yeux de son compagnon (qui est d’ailleurs toujours un homme). Surtout que la plupart du temps, l’histoire se passe entre deux personnages assez jeunes, qui tentent de réussir leur vie. Hayao Miyazaki, principal réalisateur du studio, en est certain : ses personnages n’ont pas besoin d’un sauveur, elles ont besoin d’un partenaire. 

« Plusieurs de mes films comportent de forts protagonistes féminins – des filles courageuses, qui se suffisent à elles-mêmes et qui ne réfléchissent pas à deux fois avant de se battre pour ce en quoi elles croient de tout leur cœur. Elles auront toujours besoin d’un ami, d’un soutien, mais jamais d’un sauveur. » 

Hayao Miyazaki, The Guardian (2013)

C’est pourquoi les films du réalisateur ne font que rarement l’éloge d’une relation amoureuse. Le bien de l’environnement, la non-violence et le voyage initiatique sont les lignes directrices de quasiment tous ses succès, comme Le Voyage de Chihiro (2001), plus grand succès du studio au box-office mondial. Le film suit l’aventure de la petite Chihiro qui, cherchant à sauver ses parents transformés en cochons par une sorcière, parcourt le monde des esprits.  Elle trouve soutien auprès d’Haku, un jeune garçon qui l’aide à travers cet univers dépaysant. Le succès incalculable de ce film réside dans le plaisir des plus jeunes à se sentir proches d’un personnage, plus accessible car moins parfaite que les princesses habituelles.

Chihiro et Haku dans Le Voyage de Chihiro (2001) – © Le Studio Ghibli

Vulnérabilité à souhait

Bien évidemment, tous les films d’animation du studio ne présentent pas que des personnages principaux féminins. Les personnages masculins sont présents mais participent à toute cette sensibilité qu’a le studio Ghibli envers la condition féminine, les clichés et préjugés de genre et comment il tente de les briser à sa façon. 

Si on rencontre à quasiment chaque film des filles héroïques, maladroites ou curieuses, du côté personnages masculins, les créateurs n’ont pas peur de briser les règles encore une fois. On rencontre des personnages sensibles et vulnérables. Ils ne sont pas les héros parfaits et courageux habituels mais plutôt les partenaires, les frères, les amis attentionnés et tout autant en recherche d’identité que les filles.  

Si les intrigues et personnages n’ont pas toujours l’air de l’idée que l’on peut se faire du féminisme, les films d’animation du Studio Ghibli sont pourtant très bons dans ce domaine, toujours en subtilité afin d’instruire aux plus jeunes. En représentant des filles et jeunes femmes vraies en s’inspirant de la réalité, le studio nous propose des personnages qui savent accepter leur sensibilité par moments, sans jamais en faire leur trait de personnalité principal. 

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