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Film de Femmes – « L’ Île des perdus » : Perdre pour mieux se trouver

L’île des Perdus - Crédit : © MAKE
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Le Festival International de Films de Femmes édition 43 a lieu du 2 au 11 avril sur FestivalScope, plateforme accessible en ligne sur tout le territoire. Dans la catégorie long-métrage documentaire concoure L’Île des perdus de Laura Lamenda.

C’est Rue des Morillons à Paris que se situe l’entreprise dans laquelle des petites mains s’emploient à restituer les objets trouvés. Laura Lamenda, victime d’une perte matérielle, sera confrontée au service public. Elle y observe alors un camaïeu d’émotions humaines dans un environnement froid, quasi ascétique. Ce premier long-métrage documentaire a remporté les prix Popoli Doc et l’Imperdibili Theatrical Distribution au Festival Dei Populi 2020.

Tissage de récits superposés

Un certain réconfort émane de la prise en charge et du pragmatisme des agents d’accueil. Ceux-ci jouxtent le personnel technique à l’aide d’un monte-charge, médium essentiel au transferts des biens perdus. L’aplomb de la caméra (sur pied) apporte une stabilité dans un environnement en constante mouvance. Une véritable fourmilière dans laquelle s’agitent objets inanimés et ébranlements humains. Grâce à un cadre rassurant, la vulnérabilité des «  perdants  » s’exprime. Une bulle spatiotemporelle dans laquelle la course effrénée à la recherche de l’objet perdu cesse, au profit d’un abandon de soi. Il s’agit d’une retrouvaille interpersonnelle, l’usager partage ses anecdotes liées à son parcours de vie plus qu’à de simples étourdissements. La réalisatrice s’est attachée à porter à l’écran ceux pour qui elle avait la sensation «  qu’il se joue quelque chose de crucial  ».

Après avoir remplir la déclaration de perte, nous retrouvons, face caméra, les sujets volontaires qui se prêtent au jeu. Ils racontent leurs péripéties accrocheuses et singulières, celles qui les ont menés à ce guichet. On peut observer les moments d’attente durant lesquels les usagers laissent transparaître des émotions qu’ils n’ont plus à dissimuler. Tout ceci dans un ballet infini d’allers et venues d’autres perdants anonymes.

Capture d'écran
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Usine à objets trouvés

Au rez-de-chaussée, une multitudes d’objets insoupçonnés (du papier d’identité à la robe de mariée). Tous marqués par leurs vies aux côtés de leurs propriétaires. La virtuosité réside dans le soin apporté aux images. La vision macro sur les objets s’imbriquent à la vision plus large et lumineuse des témoignages. Les biens sont exposés sur de larges étagères, étiquetés, classés. Dans trois mois, si personne ne vient les récupérer, ils seront détruits afin de libérer de l’espace. Les agents sont représentés de manière singulière sur leur temps de travail. Ils manipulent minutieusement les objets dans un calme quasi religieux. La répétition de ces gestes traduit un rapport intime.

Capture d'écran L'île des perdus
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L’île à l’intérieur de la ville

Pour la réalisatrice, le lieu est comme une île à l’intérieur de la ville de Paris qu’elle décrit comme « difficile, assez violente  ». Une soupape permettant aux fragilités d’être reçues, puis entendues. Le Service des Objets Trouvés de Paris devient un espace de microsociologie dans lequel des individus de milieux et d’origines différents se côtoient. Du réfugié politique irakien qui perd ses papiers d’identité à l’homme d’affaire pressé victime d’un vol. Havre d’humanité, refuge des cœurs endeuillés par la perte d’un objet cher, le documentaire fait la part belle aux contingences des pertes. Dans une société qui prône le surconsumérisme, il est nécessaire de montrer l’attachement que nous accordons aux objets du quotidien, qui vont parfois au delà de leurs valeurs administratives.

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