CINÉMA

« The Last Tree » – Quête d’identité bipolaire

The Last Tree ©Destiny Films

Faute de sortie en salle possible, le long-métrage de Shola Amoo, The Last Tree, fait une sortie exclusivement en VOD. Un récit d’apprentissage qui explore le passage à l’âge adulte d’Olufemi, jeune britannique d’origine nigériane, entre instants d’humanité et grandes maladresses. 

Sélectionné aux festivals de Sundance et du Film Britannique de Dinard, The Last Tree  raconte la jeunesse d’Olufemi. Placé durant sa jeunesse dans une famille d’accueil, il évolue dans une banlieue tranquille et blanche. Sa mère d’accueil, une femme seule et blanche, elle aussi, l’aime tendrement et semble lui apporter tout ce dont un enfant a besoin pour bien grandir. Cet heureux incipit prend fin lorsque la mère du garçon revient dans sa vie  : elle a finalement réussi à louer un appartement dans lequel elle pourra vivre avec son fils, et souhaite donc le récupérer. Fémi est contre mais n’a pas le choix, la mère d’accueil non plus d’ailleurs. C’est ainsi que l’enfant se retrouve tiré de sa maison tranquille pour aller atterrir dans un HLM londonien miteux. 

La vie se complique pour Fémi  : il a perdu ses amis du quartier, sa tutrice adorée. Sa mère, qui travaille comme femme de ménage pendant la journée, le laisse seul à la maison jusqu’à ce qu’il retourne à l’école. Elle l’enjoint à nettoyer le nouveau domicile familial pendant son absence, à ne pas se laisser aller. Le petit garçon insouciant et joueur est alors plongé de force dans une nouvelle culture qui le fait travailler. La transition est difficile. Sa mère le bat. D’ailleurs, il la déteste. 

Faux départ

Durant la première moitié du film, difficile pour le spectateur de comprendre où le film souhaite en venir. Les premiers pas de Fémi dans cette nouvelle éducation que lui offre sa mère sont douloureux. On se surprend à souhaiter qu’il s’enfuie. Qu’il retourne chez sa mère d’accueil, cette femme blanche et douce qui l’aimait et ne lui faisait pas vivre un enfer. Cette femme qui ne le battait pas à coup de bâton. Le spectateur est comme pris en otage par cette pente  : le personnage de la mère est presque diabolisé. Aucun élément pour expliquer son attitude (héritage culturel  ? Ou fatigue liée à sa condition précaire  ?). Elle apparaît seulement dans les plans qui la montrent lorsqu’elle rentre du travail. Toujours critique à l’égard de son fils, souvent violente. Violente jusqu’à ce qu’il soit trop grand et fort pour qu’elle puisse continuer à le frapper. 

Grande maladresse du réalisateur. Lui qui a probablement voulu montrer la transition difficile entre deux éducations se retrouve à les comparer. Il sous-entend malgré lui que les femmes noires sont maltraitantes, tandis que les femmes blanches, elles, seraient l’incarnation d’une maternité douce. Malaise. 

L’adolescence

Après une ellipse narrative de plusieurs années, Fémi est devenu adolescent. Il vit toujours dans le petit appartement aux côtés de sa mère. Et rêve toujours de s’en aller. Il est devenu un voyou et participe à des trafics obscurs. Il harcèle avec ses amis une fille de leur école. Pourtant, Fémi, on le comprend, n’est pas vraiment comme ça. La preuve  : il écoute The Cure en secret et en pince pour la fille que ses copains harcèlent tous les jours. 

Le spectateur est ainsi invité à observer les cas de conscience de Fémi, victime des mauvaises influences qui prolifèrent dans son quartier. C’est ainsi que s’entame, à plus de la moitié du film, le chemin vers un possible dénouement. Retour à une forme d’humanisme, le héros prend enfin conscience qu’il faut être bon, réconciliation, retour aux origines. 

The Last Tree est un film qui maîtrise trop peu sa narration  : l’action se perd et brouille le message du film. Certaines séquences sont trop longues, tandis que d’autres sont bâclées. La réconciliation, pourtant grand classique du récit d’apprentissage, est trop hâtive et on se surprend à se demander comment tant de haine peut se canaliser aussi simplement. Shola Amoo offre malgré tout à son spectateur de belles images. Une fois que le message passe, le film peut culminer lors de quelques scènes résolument bouleversantes. L’humanité de The Last Tree se révèle enfin. 

The Last Tree de Shola Amoo, à retrouver en VOD sur Arte Boutique.

Auteur·rice

Journaliste

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