SOCIÉTÉ

#SciencesPorcs : « Les associations étudiantes ont assumé beaucoup de choses et supporté le mal-être étudiant, on demande plus de partage »

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Collage, manifestation du 8 mars 2021 à Bordeaux © Camille Miloua

Il y a un mois des dizaines de témoignages d’agressions sexuelles subies par des étudiant.e.s d’IEP étaient publiés sur Instagram par Anna Toumazoff. Sans surprise pour les associations féministes de ces institutions qui ont connaissance de cette situation depuis plusieurs années.

Les Instituts d’études politiques (IEP) en France ont tous une image dorée  : formation d’excellence, élèves ouverts vers le monde et initiatives associatives. Mais tout astre a sa face cachée. De nombreux.ses étudiant.e.s ont été victimes d’agressions sexuelles par des élèves de l’école.

Chaque IEP y passe, leurs événements associatifs sont le cadre privilégié de ces méfaits. Ils font la réputation des instituts  : intégrations, soirées post-partiels ou CRIT (compétition sportive inter-IEP). Autant d’événements que de témoignages d’agressions sexuelles. Des attouchements et menaces de viols aux viols répétés, les agresseurs ne sont jamais sanctionnés par les administrations selon les témoignages.

Pour Sciences Po Paris, le mode opératoire semble être le même à chaque fait d’agression sexuelle qui leur est rapporté  : l’agresseur est muté dans un de ses campus en province. Dans les autres IEP, les réactions varient. Généralement, l’étudiant mis en cause n’est pas sanctionné. L’administration met en évidence qu’il s’agit d’un fait «  privé  ». Dans certains cas, les victimes ont pu changer d’IEP ou de master si leur agresseur était dans le même. Seul celui de Toulouse a, pour l’instant, pris des mesures concrètes en confrontant les accusés.  

Une administration qui maintient un «  rapport de conflit et d’opposition  » selon Dorian, co-responsable de la communication l’année dernière au collectif Copines de Sciences Po Strasbourg. Les associations féministes des IEP s’adaptent tant bien que mal. Elles font le lien entre les élèves et l’administration, voire se substituent à cette dernière.

Qui pour écouter ?

Lorsque les associations sont interrogées sur leurs relations avec l’administration la réponse est plus ou moins la même  : «  ambivalentes  » pour Sciences Po Paris, «  ça dépend  » pour Strasbourg. D’après Dorian, «  avec l’administration, on ne se sentait pas très écoutés, alors on essayait de faire ce qu’on pouvait  ».

Et, il y a beaucoup à faire. A Strasbourg, le collectif récupère une dizaine de témoignages d’agressions par an de manière plus ou moins informelle. Dorian affirme que si les étudiants se tournent directement vers l’association c’est parce qu’«  ils savent qu’ils ne vont pas être écoutés  ».

A Toulouse et Paris, les problèmes sont les mêmes. Ils ne savent pas vers qui orienter les étudiant.e.s qui se confient à eux. Eva Lamy, élève en 2ème année à l’IEP de Toulouse et co-présidente de l’association «  Les Sans-Culottes  », était souvent dépassée face à ces situations.

«  On leur disait qu’on ne savait pas quoi faire car on a jamais eu d’indications très claires  »

Eva Lamy

Contrairement aux deux autres IEP, l’association a un lien privilégié avec le directeur mais il n’y a «  pas vraiment de suivi  ». Elle confie s’être posée de nombreuses fois la question de comment allait la personne qui était venu nous voir.

Pourtant, des cellules d’écoute dédiées existent dans chacune de ses institutions. Elles ne sont, malheureusement, pas très efficaces. Aurore Peko, en première année à Sciences Po Paris et responsable du pôle partenariat de l’association «  Politiqu’elles  », qualifie son fonctionnement d’« aléatoire et varié  ».

Même situation à Toulouse, Eva rappelle qu’elle n’était pas très active. A Strasbourg pas de cellule d’écoute mais une référente Égalité dont l’existence est peu connue par les étudiant.e.s. L’administration ne communique pas vraiment sur son existence selon Dorian. Il souligne que même son contact sur le site de l’école est difficile à trouver, perdu dans les différentes rubriques.

Des réactions administratives « très politiques »

Depuis la publication des témoignages et l’apparition du hashtag #SciencesPorcs sur les réseaux sociaux, les administrations des différents IEP ont réagi. Les communiqués de presse et prises de position ont fleuri, pas toujours au goût des étudiant.e.s et des associations.

Selon Aurore, l’administration doit prendre position lors d’une crise comme celle-ci. D’autant plus que Sciences Po Paris était encore marqué par l’affaire Duhamel et l’implication de son directeur Frédéric Mion qui a démissionné depuis. Cet «  enchaînement de circonstances a rendu les réactions obligatoires ».

A Paris, comme dans les autres IEP, les prises de position sont reçues avec beaucoup de détachement. Selon Eva, à Toulouse, elles s’inscrivent dans «  un calendrier politique calculé  ». Elle admet tout de même que «  c’est mieux que rien  ».

Les différents IEP ont énoncé les mesures qu’ils allaient prendre face à cette situation. Ils veulent tous renforcer leur cellule d’écoute. Pour ce faire, des groupes de réflexion qui incluent les associations ont été mis en place. Elles restent cependant prudentes et attendent des actions concrètes.

«  Un décalage entre ce qui est dit en réaction à une crise directe et les actes  »

Aurore Peko

Un sentiment de lassitude commun à l’ensemble des associations. Dorian l’admet «  tu apprends vite à être résigné, je n’en n’attends plus rien [de l’administration]  ». Un ras-le-bol généralisé que confirme Aurore «  Les associations étudiantes ont assumé beaucoup de choses et supporté le mal-être étudiant, on demande plus de partage  ».

Les étudiant.e.s qui tiennent ces associations ne sont pas formé.e.s. Ils se retrouvent à gérer une situation qui dépasse leurs compétences. Selon Dorian l’administration a peur d’ouvrir «  une boîte de Pandore  » qui révèlerait de nombreux dysfonctionnements dans les instituts.

Dorian, Eva et Aurore rappellent que la situation n’est pas unique aux IEP et que d’autres écoles font aussi face aux mêmes problèmes. Selon Eva, «  cette situation touche l’ensemble de l’enseignement supérieur et la recherche, il faut que le débat s’élargisse  ».

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