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Rencontre avec Sleaford Mods – « On cherchait à dépasser la barrière imposée par notre musique »

© Alasdair McLellan

Jason Williamson, tête pensante des Sleaford Mods, nous parle de leur nouvel album Spare Ribs sortie le 15 janvier 2021. C’est en plein troisième confinement anglais que le poète punk nous retrouve pour une rencontre vidéo dans sa « Personal meeting room ».

Les Sleaford Mods viennent de Notthingham, ville de l’Est des Midlands anglais, et est composé de deux membres  : Jason Williamson pour les paroles et Andrew Fearn pour la musique. Une combinaison simple qui nous délivre une musique post-punk électronique qui respire la sueur et la bière chaude. Le duo actuel a été formé en 2012 alors que Sleaford Mods existait déjà depuis 2007. Williamson anciennement toujours au chant avait composé, avec un ingénieur du son de Rubber Biscuit Studio Simon Parfrement, quatre albums passés presque sous silence qui font pourtant beaucoup de bruits.

La séparation de l’ancien duo puis l’arrivée d’Andrew Fearn en 2012 a fait sortir des pubs miteux, souvent trop sombres, le groupe post punk. Connu sur scène pour leur performance unique, nous pouvons y voir Fearn mains dans les poches ou bière à la main passant ses productions et Williamson fou et énergique dégobillant des diatribes satiriques sur la société anglaise, le gouvernement britannique, et autres pop stars du moment. C’est donc comme ça qu’ils ont su faire leur chemin vers une notoriété croissante.

« Un an après avoir écrit un album tu as de nouvelles idées et tu te dois de les mettre en musique. »

Jason Williamson

Ce duo excité, souvent sous-côté mais apprécié par la presse musicale indépendante, nous présente son sixième album Spare Ribs. Un testament engagé et enregistré pendant la pandémie qui nous crache à la gueule les paranoïas, les angoisses de la population anglaise et l’hypocrisie du gouvernement de Boris Johnson et de son fameux Brexit. Les productions minimalistes de Fearn aux basses et synthés rythmés se marient à merveille au chant et à l’humour cinglant de Williamson. Jason décrit ce nouvel opus comme « plus couillu, mieux produit, orienté un peu plus vers de la pop, une sorte de version raffiné de ce qu’on a l’habitude de faire ».

«  Shortcummings  », premier single de cet excellent album, est un jeu de mot avec «  shortcomings  » qui signifie «  défauts  » et «  shortcummings  » qui signifie «  éjaculation précoce  ». Un jeu de langage qui amuse le chanteur pendant qu’il nous énumère une liste de toutes ses imperfections. La chanson nous évoque avec ironie les défauts et l’hypocrisie du gouvernement anglais en place sur une basse post-punk assassine et entêtante.  Elle prédit même, car la chanson a été écrite quelques mois avant, l’affaire du premier conseiller de Johnson Dominic Cummings pris en flagrant délit de non-respect du confinement.

Une nouveauté dans l’album est la présence de deux featuring : Amy Taylor sur le morceau au rythme électronique violent «  Nudge it  », et Billy Nomates avec le single au refrain presque soul de «  Mork’n Mindy  ». Ayant pourtant du mal à se laisser porter par la musique d’autres groupes, il nous parle de ces featurings comme « quelque chose d’inconscient ». C’est d’ailleurs loin du Sprechgesang, argot des Midlands de l’Est britannique, que Jason Williamson nous explique ce changement  : « on cherchait à dépasser la barrière imposée par notre musique, aller plus loin dans les sons du palais. J’étais stressé par rapport à ça car ça pouvait ne pas du tout marcher, puis ça nous a explosé à la gueule car c’est une réussite et je pense que c’est même sûrement les deux meilleurs chansons de l’album ».

C’est d’ailleurs le morceau «  Mork’n Mindy  », référence à la série américaine du début des années 80 relatant l’histoire d’un extraterrestre venu sur Terre pour étudier les humains, que Jason nous rassure et déclare « je suis définitivement un des humains qu’il étudie (rires), mais j’ai surtout donné ce nom pour donner un lieu et une époque à la chanson ». Le morceau parle donc de la jeunesse du chanteur dans l’Angleterre ouvrière des années 80 et des simples occupations qui permettaient de s’échapper un moment.

« Il y a un million de choses meilleures que la bière. »

Jason Williamson

Puis vient la question de cette notoriété tardive. Nous pourrions le désigner comme le Gil Scott Heron du punk car ses paroles s’adressent en général à la classe ouvrière anglaise, aux classes sociales défavorisées et aux vrais gens du peuple. Tout ça sur fond de critiques et piques ironiques sur les gouvernements britanniques antérieurs et présents. Un poids que le chanteur de 50 ans, aujourd’hui, arrive à porter mais il se livre à nous en disant «  je suis moins sensible à toutes les conneries aujourd’hui, mais je ne sais pas si j’aurais tenu autant quand j’étais plus jeune car j’étais dans un état étrange, tu sais. J’étais bourré et je prenais des drogues tout le temps et ça se mélange mal tout ça avec la notoriété ».

Mais l’une des plus grandes fiertés du groupe, mise à part le fait qu’Iggy Pop ait déclaré que Sleaford Mods était le plus grand groupe de rock de notre époque, est qu’ils vont faire leur première Arena en Angleterre le 27 novembre 2021. Le chanteur nous exprime sa curiosité sur la performance à venir : « c’est toujours une épreuve de savoir si nos chansons vont marcher en concert. Surtout avec les collaborations car Amy et Billy ne seront pas là. Ce sera intéressant de voir comment tout ça se déroulera ». C’est donc au Motorpoint Arena à Nottingham, si le Covid19 le permet, qu’ils pourront défendre ce nouvel album énervé devant des milliers de personnes.

Les Sleaford Mods, à défaut de pouvoir faire de concerts, ont lancé SM Tv. Une émission unique où le groupe nous emmène dans le voyage parcouru jusqu’à ce nouvel album Spare Ribs à travers des interviews, des lives, et autres apparitions d’amis musiciens du duo. Émission disponible juste ici :

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