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Rencontre avec Léo Walk – « Je ressentais le besoin de mettre en avant une certaine scène »

Léo Walk © Robin Lempire

À l’occasion de la diffusion en live de son spectacle Première Ride en direct de l’Olympia, nous sommes partis à la rencontre du danseur Léo Walk. Véritable étoile montante, connu pour son style particulier, à la croisée des chemins entre breakdance, hip-hop et contemporain. Il a notamment été danseur pour Christine & the Queens et chorégraphe pour Roméo Elvis.

Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore  ? 

Léo Walk : Je m’appelle Léo, je suis danseur et chorégraphe. À part ça, j’essaie de garder mon âme d’enfant même en grandissant. Je suis quelqu’un qui ne dort pas beaucoup et qui passe sa vie à écouter de la musique.

Lorsqu’on parle de tes chorégraphies et de ton travail, on a souvent du mal à définir ton style en tant que danseur. Tu as commencé par du breakdance, mais on dit aussi que tu fais du hip-hop voire de la danse contemporaine. Toi, comment définirais-tu ton style  ?

L.W.:Je dirais que c’est de la danse. Juste de la danse. Aujourd’hui, tout se mélange, tous les styles se confondent, donc je préfère parler de danse plutôt que d’un style à proprement parler.

«  Pour moi, c’était inconcevable de voir un spectacle en ligne. Mais la situation est ce qu’elle est, j’ai attendu un an, j’allais pas attendre une vie entière.  »

Léo Walk

Depuis fin 2018, tu as créé ta compagnie avec huit autres danseurs. Tu as beaucoup travaillé en solo, pourquoi avoir eu envie de monter ta propre compagnie et de travailler en collectif  ? 

L.W.:J’ai monté ma compagnie parce que je ressentais le besoin de mettre en avant une certaine scène, une certaine manière de danser très différente de l’Opéra où on ne fait que de la danse classique, des scènes où on danse seulement du contemporain. Je voulais mettre en avant ces enfants perdus, qui ne vont pas à l’école, qui veulent danser mais qui ont un style indéfinissable, qui ont des choses en commun, la tête dans les nuages, qui sont bons danseurs tout en étant très touche-à-tout. Je voulais mettre en avant cette scène-là.

Est-ce que ça a changé ta manière de percevoir la danse, voire même de danser  ? 

L.W.:Je crois que non. Je progresse, j’évolue, j’arrive de plus en plus à me trouver, j’essaie de prendre le plus de recul possible, d’écouter ce que je veux faire. J’évolue en ce sens. Ma manière de percevoir la danse n’a pas changé, mais j’apprends à me connaître de mieux en mieux avec le temps.

La Marche bleue © Pierre Mouton

On t’a souvent vu dans des clips, que ce soit pour des artistes comme Christine & the Queens, Roméo Elvis ou pour des marques comme Lacoste et Ralph Lauren. Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire monter sur scène, de te produire devant un public  ?  

L.W.:Parce que c’est la base pour moi  ! On vit dans un monde d’images, mais y a pas à dire, c’est dans le regard, sur scène, face aux gens que peut émerger une forme de vérité qui n’existe pas ailleurs. C’est comme ça que tu peux vraiment ressentir les choses. Par exemple, je mange des infos sur Instagram à longueur de journée, mais jamais en deux ans il ne m’est arrivé de me dire «  cette photo est ouf  !  » alors que parfois, je vis un truc dans la rue et je peux trouver ça intense. Je pense que la danse, c’est pareil, ça doit se vivre en vrai.

Ton spectacle, Première Ride, raconte un voyage quasi initiatique de l’enfance vers l’âge adulte. Tu parles beaucoup de liberté, mais aussi de peur. Peur de ne pas savoir rester soi-même, d’abandonner ses rêves d’enfants. Je me demandais pourquoi avoir fait le choix de ces thèmes-là, pourquoi cette thématique-là compte pour toi. 

L.W.:C’était important pour moi de parler de l’évolution vers une maturité, une sagesse, un respect des autres. Parce qu’en grandissant, on peut facilement devenir égoïste, ingrat, plein de choses comme ça. Pour moi, être un bel humain, c’est avant tout avoir certaines valeurs. 

«  Chaque être humain danse. Personne ne peut dire qu’il n’a jamais dansé de sa vie. On a tous cette énergie dans le corps, un besoin de danser.   »

Léo Walk

Tu penses qu’on se perd en grandissant  ?

L.W.:On peut se perdre, oui  ! La vie est dure pour la plupart des gens. En bossant, on a sans cesse ce poids sur les épaules, sans fenêtre de respiration, sans argent pour partir en vacances, par exemple. Certaines situations peuvent te perdre. Je pense que la vie n’est pas simple quand on vient de certaines classes sociales. C’est pour ça que j’aimerais que ces gens puissent voir Première Ride, pour qu’ils puissent voir que même si les choses de la vie sont dures, un jour ça s’apaise, parce qu’on se bat. Je voulais pouvoir transmettre ce combat-là.

Première ride a d’ailleurs été conçu initialement pour être dansé sur scène. Vous avez eu l’occasion de vous représenter en septembre, avant que les lieux culturels ne soient refermés à cause de la crise sanitaire. C’était important pour toi que la culture puisse continuer à exister malgré la fermeture des salles  ? 

L.W.:Je t’avoue que je ne comprends pas certaines décisions prises là-haut. Pour moi, la culture est essentielle et on tire sur la corde en ce moment. On a beau jouer le jeu, porter des masques, arrêter de se réunir, il y a un moment où on broie du noir, parce que c’est impossible de vivre sans avoir accès à une certaine nourriture intellectuelle – spirituelle, si j’ose dire. Sans ça, on ne peut plus rêver, l’humain meurt à petit feu. 

J’imagine que la mise en scène a été modulée pour convenir aux exigences de la captation en live. Comment ton équipe et toi vous êtes-vous adaptés à cette nouvelle configuration  ? 

L.W.:Au début, j’étais contre. Pour moi, c’était inconcevable de voir un spectacle en ligne. Mais la situation est ce qu’elle est, j’ai attendu un an, j’allais pas attendre une vie entière. C’est d’ailleurs une solution à laquelle tout le monde se résigne  : le monde de la mode, de l’art, de la musique. On fait des lives en ayant conscience que ça n’a pas le même goût. Du coup, c’est assez étrange, je suis à moitié excité, parce que je suis heureux de bosser, mais je ressens une certaine frustration parce que j’ai envie que les gens puissent vraiment ressentir le spectacle. Par exemple, il y a certains tableaux dans le spectacle, qui sont simples, qui prennent vie à travers l’imaginaire. Ces choses-là, ça se ressent plus que ça ne se voit, donc j’avais un peu peur que ça ne se ressente pas à travers un écran. 

La Marche bleue © Pierre Mouton

T’es stressé  ?

L.W.:Pas vraiment  ! Au point où on en est, on prend ce qui se présente à nous, on a plus vraiment le temps de stresser. 

On finira là-dessus, qu’est-ce que tu voudrais dire aux gens qui ne vont pas voir de spectacle de danse parce que c’est une discipline réservée aux initiés, qu’ils n’ont pas les codes pour comprendre ce qu’ils verraient, et à tous ceux qui n’osent pas  ?  

L.W.:Je leurs dirais d’essayer de voir ce qui peut leur plaire. Par exemple, moi, quand j’écoute de la musique, il m’arrive de redécouvrir certains styles auxquels j’étais fermé plus jeune. Mais il suffit d’un seul morceau pour me dire qu’il y a quelque chose de beau dans cette discipline-là. Pour la danse, c’est pareil. Il n’y a pas seulement l’Opéra, en France il y a énormément de chorégraphes, tous différents, il suffit de partir à leur rencontre pour découvrir de belles choses.

Tu penses que la danse est accessible à tout le monde  ?

L.W.:Bien sûr que la danse est accessible à tout le monde. Chaque être humain danse. Personne ne peut dire qu’il n’a jamais dansé de sa vie. On a tous cette énergie dans le corps, un besoin de danser. En grandissant, on peut avoir peur de l’œil de l’autre, de son jugement, de mal danser. Mais il y a toujours un moment, que ce soit entre potes, en familles, où juste en écoutant une musique où cette énergie ressort. Je pense que cette énergie-là est profondément humaine. 

Première Ride est à retrouver en direct, pour 11,99 euros sur CanalVOD et MyCanal, le 16 mars à 20h45.

Auteur·rice

Journaliste

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