SOCIÉTÉ

Pierre Kechkéguian, directeur du théâtre d’Auxerre : « toute la partie immergée de notre travail est maintenue »

Pierre Kechkeguian ®TARAUD VINCENT

Pierre Kechkéguian est le directeur du théâtre d’Auxerre, dans l’Yonne. Il en a pris la tête en 2012. Depuis mars 2020, l’établissement doit s’organiser dans un contexte particulier. Lors du deuxième confinement, les lieux culturels n’ont pas eu le droit d’ouvrir et ne peuvent plus accueillir de spectateurs.

Plusieurs dizaines de théâtres ont été occupés ces derniers jours dans toute la France par des étudiants en art dramatique, des artistes et des techniciens, ou ont connu des manifestations pour demander la réouverture des lieux culturels et la prolongation de l’année blanche pour les intermittents du spectacle. À Auxerre, une manifestation a eu lieu le jeudi 4 mars devant le théâtre, et une autre mobilisation a eu lieu le 20 mars au Silex, à Auxerre. Sur place, le travail se concentre  désormais sur les scolaires et les groupes en répétition. Rencontre.

Comment avez-vous géré la crise depuis le premier confinement  ?

Tout d’abord, en mars, ce fut la sidération. Nous avons ensuite mis en place des prestations en extérieur, pour terminer la saison, et montrer que l’on reproposait des choses. En septembre, nous avons fait deux présentations de programme au lieu d’une, il y a eu des jauges réduites, nous sommes passés de 500 à 250 personnes par spectacle. Puis il y a eu le second confinement, après trois représentations. Il n’y a pas d’art sans public, mais nous ne sommes pas au chômage. Si la partie la plus visible de notre travail est annulée, toute la partie immergée est maintenue. Nous participons toujours par exemple à des projets scolaires. Il y a notamment un projet avec le lycée Jacques Amyot (à Auxerre, ndlr) autour de la poétesse locale Marie Noël. Il doit y avoir une restitution à la maison du même nom fin mai. Il y a également le soutien à la création. Des troupes et des groupes viennent répéter chaque semaine, mais ils ont plus de temps qu’auparavant.

Pour vous, les choses auraient-elles dû se passer autrement vu le contexte  ?

Pour nous, le maintien des demi-jauges aurait été suffisant. Par ailleurs, je pense qu’il est important que l’année blanche pour les intermittents du spectacle soit reconduite, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Il y a également les jeunes comédiens qui sortent des écoles d’art, pour qui cela va être particulièrement difficile. 

Pourquoi avez-vous décidé de vous mobiliser  ?

Je me suis mobilisée car, faisant partie d’un syndicat (SNSP, Syndicat national des scènes publiques), je voulais donner l’exemple. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi les artistes peuvent venir dans les établissements scolaires, et pas l’inverse. Nous étions prêts à jouer le jeu du mode dégradé.

Quand avez-vous prévu la reprise  ?

Nous prévoyons de reprendre au mois de mai. Nous avons une dizaine de spectacles prévus jusqu’au mois de juin, et une trentaine de spectacles reportés en septembre. Nous ne sommes pas les plus à plaindre, nous attendons que cela revienne. On craint le manque de perspective pour la réouverture, car nous n’avons pas de date. D’habitude, nous faisons environ 32 000 passages de portes par an. En 2020, nous avons eu un taux de remplissage de 80 % environ, avec 21 000 passages. Nous avons fait les ¾ de notre saison. En 2021, évidemment, il n’y a rien. Étant une scène conventionnée, nous sommes rémunérés par la ville d’Auxerre, le ministère de la culture, la région et le département, nous pouvons donc continuer à financer autant de spectacle.

Qu’auront envie de voir les gens lors de la reprise  ? Avez-vous des craintes concernant le milieu artistique dans le département  ?

Je ne suis pas trop inquiet pour la reprise, car, contrairement au cinéma, il n’y a pas de compensation, comme les plateformes pour le cinéma. On sent qu’il y a une appétence.  Sur le département, je dirais qu’il y a entre 200 et 300 acteurs du monde culturel. A Auxerre, il y a moins de recherche théâtrale que dans des villes universitaires, on est plus sur un théâtre classique, mais il y a un goût pour le débat. Quand un spectacle est engagé, il marche mieux. Mais pour les intermittents et les troupes, cela va être compliqué, c’est pour cela que la prolongation de l’année blanche est importante. Pour la programmation, il y a les troupes qui viennent de finir de répéter, et d’autres dont le spectacle a été reporté. Il faut jongler avec cela, on discute avec les troupes pour décider.

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