CINÉMA

« La Princesse de Montpensier » – Hommage à Bertrand Tavernier

Bertrand Tavernier et Mélanie Thierry © StudioCanal

Pour rendre hommage au réalisateur disparu hier, les chaînes bousculent leurs programmes. Notamment Arte, qui diffusera ce soir à 20.50 La Princesse de Montpensier. L’occasion de (re)découvrir ce film flamboyant qui revisite le Moyen-Âge, ses joutes et ses drames romantiques, le tout porté par un casting remarquable. 

Les premières images du film sont des images de bataille. François de Chabannes (Lambert Wilson) entre dans une maison paysanne et y extermine tout le monde. Au nom de Jésus Christ, dit-il. Et c’est au nom de ce même Jésus qu’il finit par éventrer une femme enceinte de son épée. Traumatisé par cette vision, il décide de déserter pour ne plus rien avoir à faire avec l’absurdité de la guerre. Il croise sur son chemin le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet), qui rentre rejoindre son père sur ses terres. 

Sur ces mêmes terres se trouvent Marie (Mélanie Thierry) promise au frère cadet de Guise, alors qu’elle lui préfère son aîné, Henri (Gaspard Ulliel). À ce petit monde viennent s’ajouter les calculs politiques du père Montpensier (Michel Vuillermoz), qui décide de faire annuler le mariage de Marie, pour plutôt la marier à son propre fils. 

Virtuose film d’époque

On sait le genre des films d’époques un peu glissant, c’est sans compter sur la minutie de Bertrand Tavernier qui ne laisse rien au hasard. Les costumes, les décors, jusqu’aux manières de monter à cheval. L’époque est reconstituée avec une précision qui laisse coi. Un travail historique qui culmine dans une scène de dîner où l’on peut se rendre compte (avec dégoût) des manières en rigueur à l’époque. On mange avec les mains. Et on n’oublie surtout pas de s’essuyer la bouche dans la nappe. Sans parler des rites et des pratiques sexuelles.

Tavernier pousse la reconstitution jusqu’au langage de ses personnages. Des dialogues virtuoses qui nous donnent à entendre la musique linguistique de l’époque. Et qui sonnent comme de la poésie. 

Une adaptation qui se niche aussi dans son intrigue très chevaleresque  : de la guerre, beaucoup, un triangle amoureux et deux rivaux qui se livrent bataille pour le cœur de la princesse. Un véritable clin d’œil à la littérature de l’époque et à ses chansons de geste qui contaient des récits aux même genre d’intrigues toujours très cavalières. 

La Princesse de Montpensier © StudioCanal

Toucher du doigt l’universel

La force de ce film réside dans son écriture, très fine, qui relève le défi ténu de nous faire rentrer dans une époque. Mais aussi de ne pas tomber dans une parodie de ce qu’il raconte.  De réactualiser un motif qui jalonne la littérature et nos imaginaires sans paraître désuet. Être capable de nous montrer des chevaliers se battre pour une dame sans pour autant être ennuyeux. Cette réussite-là réside incontestablement dans la nuance dont font preuve ses personnages  : un guerrier qui refuse les guerres absurdes, par exemple. La princesse de Montpensier, que l’on aurait imaginée fade à loisir, comme toutes les femmes qui se sont languies du retour de leur homme depuis un tour d’ivoire. Pourtant, Tavernier n’hésite pas à lui donner l’épaisseur qu’elle mérite  : la princesse parle, rétorque même, a une personnalité pleine et entière. 

Une crédibilité que le film doit aussi probablement à ses acteurs  : Mélanie Thierry notamment, actrice déjà plusieurs fois remarquée pour son jeu exceptionnel dans La Douleur et En Thérapie. Mais aussi Grégoire Leprince-Ringuet, qui incarnait déjà dans La Belle Personne le troisième membre d’un triangle amoureux. Comme s’il était taillé pour le rôle. 

La Princesse de Montpensier est à voir ce soir à 20.50 sur Arte. Le film est également disponible à la VOD sur Netflix. 

Auteur·rice

Journaliste

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