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Feu ! Chatterton – De feu et d’argile

© Antoine Henault
© Antoine Henault

Feu ! Chatterton © Antoine Henault

Trois ans après les fantômes imagés de l’Oiseleur, les Feu ! Chatterton refont surface avec Palais D’Argile. Un troisième album, produit par Arnaud Rebotini, bien ancré dans son époque, où le tout connecté règne et les sentiments naviguent via des cookies. Nostalgique ? Sans aucun doute. Le plus bel album de ce début d’année ? Sans problème.

Comme tout classique désormais, quand on apprend que Feu ! Chatterton annonce un nouvel album, on se refait la disco intégralement. Ici le jour (a tout enseveli), L’Oiseleur, tout est repassé au peigne fin, on y redécouvre même certains titres, qui nous auraient échappé quelques années plus tôt. En fin de compte, on boucle ce voyage dans le temps avec la certitude d’avoir dévoré deux grands albums. Produits en prime par le génie Samy Osta (La Femme, Film Noir), on s’attendait à ce qu’il rengaine sur le troisième.

Du coup, quand on apprend que notre star gominée des circuits électroniques, Arnaud Rebotini, supervisera le prochain Feu !, la nouvelle prend tout le monde à contrepied. Non sans raison car à part ses propres productions il n’a jamais produit quiconque. Mais avant d’être un virtuose de l’analogique, Arnaud c’est un rockeur, la preuve avec Black Strobe, son premier groupe, aujourd’hui une réf. Un trait d’union qui intéressera Feu ! qui cherche justement à simplifier ses idées, et pourquoi pas avec cette poésie des circuits que Rebotini cultive depuis plusieurs années.

L’analogique au service du nouveau monde

Et presque sans le faire exprès, le passionné de synthétiseurs analogiques finira par produire un album qui prend en dérision le monde digital dans lequel nous vivons. Un monde dénué de proximité par le tout connecté, et ce, plus que jamais depuis maintenant un an. «  Adieu vieux monde adoré  », «  Derrière mon écran, mon écran total, je perdais les pédales  », finalement on se demande si, après tout ce chahut, on finira par retrouver nos habitudes. Si cette situation n’aura finalement pas abruti le monde, laissant place à des émotions exclusivement régies via un clavier et un écran.

« Il y avait quelque chose qui nous obnubilait pendant la création du spectacle, c’était l’écran​ »

Arthur Teboul, chanteur de Feu ! Chatterton)

L’écran qui fut d’ailleurs la toile d’inspiration de Feu ! début 2020 quand il foulait les tribunes du théâtre des Bouffes du Nord dans le Xème arrondissement. Le groupe était alors invité à créer un spectacle original, avant de se voir couper l’herbe sous le pied un certain lundi 16 mars 2020. Un passage éclair sur les planches non vain puisque c’est là que Palais D’Argile commence à prendre forme. Un album qui rendrait, d’une certaine façon, hommage à la magnificence de l’homme (le palais) sans omettre ses défauts, son caractère instable (l’argile). Un album qui interrogerait notre relation à la technologie sans remettre en question sa nécessité, plus qu’évidente en 2020. Un album qui nous rappellerait après ce chaos qu’un apéro zoom ce n’est pas la norme ; «  je caresse ton visage sur mon écran tactile, que reste-t-il de sauvage, dis moi que reste-t-il ?  », entend-on Arthur souffler sur Cristaux Liquides.

De feu et d’argile

De ses tribulations théâtrales, la formation parisienne n’est pas revenue qu’avec des compositions. Elle a également développé une nouvelle manière de créer, découpant ainsi le disque en deux actes. On se trouve en effet dès le début de l’album devant une fresque apocalyptique de ce vers quoi tend cette cyber planète ; «  une trilogie des écrans  » rapporte le groupe, qui semble en marge du reste de l’album. Un tableau d’horreur qui n’en reste pas moins explosif et qui expédie de suite Palais D’Argile dans le cosmos.

L’album nous embarque dès le 4ème titre dans un autre univers, dévoilant alors, dans un space opera magistral une galerie de mystérieux personnages (Compagnons, Panthère, La Mer...) supervisé sous l’oeil d’Arnaud dont l’implication commence justement, à partir de ce titre, à prendre tout son sens (Avant qu’il n’y ait le monde, Cantique, Aux Confins, Laissons filer).

Feu ! Chatterton © Antoine Henault

À l’accoutumée, Feu ! Chatterton nous happe dans son monde d’entrée de jeu, voguant avec aisance entre les éléments : la poésie, les nappes hypnotiques et toujours ce grain de voix sucré qui baignent ce palais de feu et d’argile. Nous ne sommes que le 12 Mars 2021, pourtant nous avons la conviction qu’on ne fera pas de plus bel album cette année. Merci Feu !

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