CINÉMA

César 2021 – Entre malaise et rédemption

© Bertrand Guay/ Pool / Bestimage / Canal +

La 46e cérémonie des César, présentée par Marina Foïs, avait pour mission de faire oublier sa calamiteuse précédente édition. Dans la salle de l’Olympia, cruellement vide à cause des nombreuses restrictions sanitaires liées au Covid, oscillation entre moments d’espoir et de malaise. 

La cérémonie s’ouvre sur une Marina Foïs caustique qui ramasse avec un sac plastique une crotte laissée sur la scène. « Elle a laissé traîner la merde de la dernière fois, Florence Foresti ! » Une entrée en matière qui montre comme elle peut que cette 46e cérémonie se reconstruit sur les ruines de son édition précédente.

Dans un texte écrit à quatre mains par Laurent Laffite et Blanche Gardin, l’actrice et maîtresse de cérémonie a rappelé avec sarcasme les normes sanitaires qui étouffent encore le monde de la culture. Elle n’a pas manqué de rappeler les noms de la nouvelle présidente de l’académie et de son vice-président, Véronique Cayla et Éric Toledano.

La volonté, d’insuffler un nouvel élan à cette cérémonie que certains disaient condamnée était manifestement présente. Le président du jury, Roschdy Zem, ouvre la soirée avec un discours humaniste sur les migrants qui traversent la méditerranée et le génocide Ouighours en Chine. 

Les revendications nommées sont…

La soirée n’aura pas manqué de faire la part belle aux revendications militantes en tous genres. Jean-Pascal Zadi, sacré meilleur espoir masculin, ne manque pas de rappeler cette humanité à deux vitesses que l’on attribue à chacun selon sa couleur de peau. Il cite Adama Traoré et Michel Zecler, producteur de musique du 17e arrondissement victime de violences policières. Il remet également sur la table la controverse autour des personnalités glorifiées dans l’espace public par des statues, le scandale du chlordécone interdit en France métropolitaine mais allègrement employé aux Antilles. Rappelant au passage que l’égalité est la mission de tous, en citant Franz Fanon. Tout un programme. 

La remise du César du meilleur film d’animation, allouée à Chiara Mastroianni et Marjane Satrapi offre une tribune à deux professionnell·e·s de la culture qui invitent le public à venir occuper l’Odéon avec eux. À l’origine de cette occupation qui dure depuis presque dix jours, une volonté de contrer la réforme de l’assurance chômage qui, si elle est appliquée, mettra en danger durablement les intermittent·e·s déjà affectée·s par la crise sanitaire. Le public est invité à rejoindre l’Odéon, nouvelle Agora du peuple de la culture tandis qu’Agnès Patron et son court-métrage L’heure de l’ours reçoivent la récompense. Josep, le film d’Aurel, reçoit quant à lui le prix du meilleur long-métrage d’animation. 

La question du sort réservé aux intermittent·e·s du spectacle est également relayée par Corinne Masiero lors de la remise du meilleur costume. D’abord déguisée en Peau d’âne, elle fait tomber la peau de bête pour révéler une robe ensanglantée. Avant de se dévêtir totalement. Cette fois-ci c’est « qui veut la peau de Roger l’intermittent » et dévoile à la salle des slogans militants inscrits à même sa peau. « C’est important les costumes, quand on n’en a pas, on a l’air con » dit-elle. Le prix est remis à Madeline Fontaine, pour La Bonne Épouse de Martin Provost. 

La loi sécurité globale est également évoquée à plusieurs reprises dans la soirée, notamment lors de la remise du prix du meilleur documentaire. « Ils veulent flouter les images. De quoi ont-ils peur ? » s’interroge Yolande Zauberman. Le prix est remis à Sébastien Lifshitz, récompensé pour son documentaire Adolescentes, virtuose plongée dans le passage vers l’âge adulte de deux amies. Il dédie sa récompense aux héroïnes du film, Emma et Anaïs, avant de mentionner la jeunesse elle-même. « La jeunesse qui trinque  » dit-il, « c’est difficile d’avoir vingt ans, tenez bon, j’espère que les beaux jours arriveront très vite. » Sébastien Lifshitz, tout en délicatesse. Adolescentes reçoit par ailleurs le César du meilleur son et du meilleur montage. 

Le bal des hommages

En plus d’avoir été une année difficile pour les films avec une fermeture des salles, le cinéma français a perdu un grand nombre de ses pair·e·s. Cette 46e cérémonie des César a ainsi rendu hommage à tous ses disparus : technicien·ne·s, monteur·euse·s, scénaristes, acteur·ice·s et autres stars du cinéma français. Parmi eux·elles, Michel Piccoli, bien sûr, Jean-Loup Dabadie, Jean-Claude Carrière dont la mémoire est honorée par un témoignage de Louis Garrel, Tonie Marshall, seule réalisatrice récompensée par un César dans cette catégorie à ce jour.

Jean-Pierre Bacri, disparu en janvier est recréé virtuellement à la faveur d’une courte d’animation. L’occasion de lui remettre le César d’honneur, à lui et à sa partenaire Agnès Jaoui, pour l’ensemble de leur œuvre commune.

Raz-de-marée Dupontel

Albert Dupontel n’a pas eu besoin d’être présent dans la salle pour rappeler sa présence. Avec pas moins de 7 récompenses obtenues, dont le César de la meilleure réalisation et du meilleur film (des lycéens et de l’académie), Adieu les cons raffle la mise et sort grand vainqueur de cette soirée. Nicolas Marié, qui incarne un archiviste aveugle et loufoque dans le film, est sacré quant à lui meilleur acteur dans un second rôle. Sur scène, il remercie Dupontel avec qui il collabore depuis plusieurs décennies, rendant ainsi hommage à l’amitié qui les unit. Adieu les cons et son esthétique singulière sont également salués par le César du meilleur scénario original, de la meilleure photographie et des meilleurs décors. 

Le cinéma français, une lumière

Si cette cérémonie, à cause de tous ces films qui n’ont pas eu l’occasion de voir le jour, ne peut être à l’image de la richesse du cinéma français, elle a tout de même su récompenser certains films méritants. C’est ainsi que Deux, le vibrant long-métrage de Filippo Meneghetti est sacré meilleur premier film. Drunk, qui avait déjà été sacré meilleur film de 2020 par notre rédaction est quant à lui élu meilleur film étranger par l’académie. La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier reçoit le césar de la meilleure adaptation. 

De très bon·ne·s comédien·ne·s sont mis·e·s à l’honneur, à l’image de Laure Calamy, sacrée meilleure actrice pour sa performance dans Antoinette dans les Cévennes. Émilie Dequenne est sacrée meilleure actrice dans un second rôle pour Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, tandis que Fatiha Yousouf est le meilleur espoir féminin de cette année pour son rôle dans Mignonnes. Sami Bouajila est quant à lui récompensé du prix du meilleur acteur pour son rôle dans Un fils.

Auteur·rice

Journaliste

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