CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2019 – « Être vivant et le savoir » : Bonjour jolie tristesse

© Pathé

En 2019 à Cannes, le prix du meilleur documentaire a permis aux festivaliers de découvrir l’œuvre d’Alain Cavalier. Cet assemblage visuel personnel retrace l’histoire d’un projet filmique abordant la perte, lui-même atrophié par une disparition. Dans le cadre du festival Best of Doc, Être vivant et le savoir est diffusé ce jeudi 4 mars 2021 à 20h grâce à la salle virtuelle de la 25ème Heure.

Au sortir de la salle, on ne sait que dire, on reste sceptique. Incontestablement, cette fable que l’on vient de nous montrer est émouvante, notamment par son sujet poétique : l’histoire d’un film qui ne se fera jamais. Constitué d’une succession d’extraits vidéos, ce reportage est tourné caméra au poing en intégralité par Alain Cavalier. Il retrace la désillusion progressive que vivent deux individus rassemblés à l’origine pour écrire un long-métrage : le réalisateur lui-même, et son amie de longue date Emmanuèle Bernheim. Le projet est alors de porter à l’écran l’ouvrage de l’écrivaine, Tout s’est bien passée, conte autobiographique dépeignant la mort lente de son père hémiplégique. Le cinéaste français doit ainsi interpréter le père de l’auteure, et, elle, être littéralement actrice de sa propre histoire. Au fur et à mesure du visionnage, le spectateur assiste à une déconvenue insidieuse vécue en temps réel face à l’annonce de la maladie : le cancer d’Emmanuèle.

Ce long-métrage illustre le quotidien du réalisateur français, ainsi que l’environnement dans lequel il évolue durant cette période d’écriture. On assiste à des dialogues pleins d’espérance et de réconfort témoignant d’une relation fusionnelle et amicale, qui nous évoque celle du réalisateur avec l’acteur Vincent Lindon, développée dans Pater (2011). On vit également des moments d’humour avec des scènes prises sur le vif d’individus de passage ou encore de pièces montées alambiquées de courges qui nous font doucement sourire. Cette place symbolique de l’objet, notamment pour concrétiser matériellement les relations humaines, reste un leitmotiv évocateur, qui adoucit la tragique réalité.

Bien qu’indéniablement touchant, ce documentaire n’a malheureusement pas pu être apprécié à sa juste valeur dans les conditions particulières que sont celles du Festival de Cannes (horaire de diffusion inadapté ou encore salle mal agencée). Fait souligné par un public cannois définitivement plus en attente d’un spectaculaire clinquant, que d’un récit immensément intime et humain. On ne doute cependant pas de ces intentions pleines d’affections et du résultat poétique de ce vibrant hommage.

Bande-annonce du documentaire “Être vivant et le savoir”. © 2019 – Pathé.

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