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BD du mois – Réflexions

Crédits : Fanny Monier

Chaque mois, la rédaction littérature vous offre un petit résumé de quelques nouveautés BD, fraîchement parues. Au programme pour ce mois de mars   : des BD à l’ambiance plutôt sombre, certaines plus politiques que d’autres, qui questionnent et explorent les complexités du réel.

«  L’esprit critique  » – Isabelle Bauthian et Gally

L’Esprit critique nous plonge dans les méandres de notre cerveau. Au travers du scepticisme de Paul, qui reçoit la visite de l’esprit critique sous les traits d’une jeune femme. Avec une précision scientifique, tout en vulgarisant de manière astucieuse, la BD nous fait explorer les différents biais cognitifs de notre quotidien. A cela s’ajoute une réflexion intéressante sur les diverses étapes historiques ayant mené à notre conception actuelle de la critique. Quelle est la différence entre foi et faits  ? La corrélation, est-ce forcément la matérialisation d’un fait en une action  ? L’Esprit critique aborde ces sujets épineux avec humour, mais précision, et nous instruit autant qu’elle nous amuse. C’est une remise en question perpétuelle, de nous, du monde, de la science et c’est surtout une prise de conscience  : le doute est le meilleur allié du savoir. 

Crédits : Isabelle Bauthian et Gally / Delcourt
Crédits : Isabelle Bauthian et Gally / Delcourt

L’Esprit critique, Isabelle Bauthian et Gally, Delcourt, 16,90 euros.

Giulia Lisi

«  L’Entaille  » – Antoine Maillard

Pour sa première bande dessinée, qui lui aura demandé plusieurs années de travail, Antoine Maillard a décidé de reprendre les codes du « slasher ». Deux lycéennes sont retrouvées assassinées à coup de batte de baseball par un énigmatique meurtrier en pleine banlieue résidentielle. Suite à ces meurtres, trois de leurs camarades voient leur quotidien devenir peu à peu menacé. L’ambiance est lourde et oppressante, passe par les superbes dessins réalisés au crayon à papier. Il y a du Edward Hopper dans ces rues sombres ; du David Lynch dans ce scénario. Quelque chose de l’univers de Daniel Clowes et du Black Hole de Charles Burns aussi dans ces adolescent.e.s qui errent. Il y a surtout quelque chose d’Antoine Maillard, qui signe avec L’Entaille un premier ouvrage très prometteur.

Crédits : Antoine Maillard / Cornélius

L’Entaille, Antoine Maillard, Ed. Cornélius, 25,50 euros.

Anaïs Dinarque

«  Ne reste que l’aube  » – Thierry Murat

Jørgen Nyberg est un peintre célèbre de la deuxième moitié du XXIème siècle. Il vend ses œuvres à travers le « Workin’glass », réseau social dominant de son époque, et a pour particularité de ne jamais apparaître en public.  C’est également un vampire vieux de cinq siècles dont la vie sera changée par la visite de Niels, jeune artiste fasciné par le peintre et son œuvre. Ne reste que l’aube est un roman graphique à la croisée des genres, explorant  à la fois les mécanismes de la création artistique ainsi que le récit de vampire et d’anticipation. 176 pages en bichromie dont l’esthétique crépusculaire, en noir et gris, s’accorde avec la déshumanisation d ‘un monde pas si éloigné du nôtre. 

Crédits : Thierry Murat / Futuropolis


Ne reste que l’aube, Thierry Murat, Futuropolis, 26 euros.

Benjamin Mazaleyrat

«  Trajectoire de femme  » – Erin Williams

Cette autobiographie sous forme de roman graphique est la revanche d’Erin sur ses traumas. Durant toute une journée, le.a lecteur.rice suit l’autrice dans sa routine. Un métro/boulot/dodo entrecoupé de souvenirs et de réminiscences qui permettent au lecteur de saisir peu à peu la personnalité et l’histoire d’Erin. Comment l’écriture, mais aussi la maternité, sont devenues thérapeutiques. Majoritairement en noir et blanc, illuminées par des grands aplats de couleurs, les trois cents pages respectent un style simple et sans fioritures. L’histoire d’Erin n’est pas noyée dans une déferlante de détails esthétiques : ce qui compte, c’est le récit. Et ce que ses lectrices peuvent en retirer. Ce roman graphique est clos par une célébration de la sororité – qui a sorti Erin des griffes de l’addiction. 

Crédits : Erin Williams / Massot


Trajectoire de femme (Journal illustré d’un combat), Erin Williams, Ed. Massot, 26 euros.

Camille Gho

«  Lignes de vie  » – Birgit Weyhe

Lignes de vies se compose en kaléidoscope. Chacune de ses trente petites histoires correspond à un fragment de vie en mouvement. Il y a David, né à New Dehli, qui s’expatrie en Autriche avec sa mère et fait ses études en Angleterre. Il y a Norma, née en Amazonie péruvienne et partie vivre à Lima, puis à Kiev. Birgit Weyhe elle-même est née sous le signe du cosmopolitisme. De Munich, elle passe son enfance en Afrique de l’Est, en Uganda et au Kenya avant de revenir en Allemagne pour faire ses études à Constance et Hambourg. Avec Lignes de vies, l’autrice trace le parcours de vies déracinées par la guerre, le hasard, la chance, etc. Une petite collecte réelle ou imaginaire qui dresse en douceur le portrait d’un monde tiraillé entre cosmopolitisme et xénophobie.

Crédits : Birgit Weyhe / Cambourakis

Lignes de vie, Birgit Weyhe, Cambourakis. 18 euros.

Anaïs Dinarque

«  Rouge Estampes  » – Carole Trébor

Alors que les communards bâtissent un régime qui ne durera pourtant que cinquante-deux jours, un mystérieux assassin sévit dans le Paris occupé. Caractérisé par des meurtres aux mises en scène sordides, il semble échapper à la police comme la fumée entre les doigts. Raoul Avoir, artiste graveur, se voit nommé à la tête du commissariat du 14ème arrondissement et prend la main sur l’affaire. Entre les combats idéologiques et sanglants opposant les militaires de Thiers et les communards, il va mener l’enquête afin de démasquer ce meurtrier, tout en essayant de sauver ce que la Commune a eu tant de mal à construire. Alors que l’année 2021 célèbre les 150 ans de la Commune de Paris, le temps est plus que propice pour se plonger en détail dans les actions de ce régime polémique qui, pourtant, a fait faire à la France un bond en avant social, sociétal et démocratique.

Crédits : Trébor / Steinkis

Rouge Estampes, une enquête pendant la Commune de Paris, Carole Trébor, Steinkis, 19 euros.

Giulia Lisi

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