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« Skip » – Un délice esthétique

© Dargaud / Molly Mendoza

Dans une explosion de formes et de couleurs, Molly Mendoza nous propose – avec Skip – un étrange conte initiatique, prétexte pour laisser éclater tout son talent d’illustratrice.

Un jour, en plongeant au fond d’un lac, Eclo émerge dans un immense champ de fleurs et découvre un univers étrange habité par un drôle de personnage nommé Gluan. Cette rencontre est le point de départ d’un long voyage surnaturel, d’une dimension à l’autre, dans un monde plein de surprises. Les protagonistes y croisent des dragons géants en lendemain de fête, un corbeau peureux cloitré dans une tour ou encore un musée d’art au milieu d’un combat médiéval. Entrainé·e par son ami à poils longs Gluan, Eclo ne désire pourtant que retourner veiller sur le lac, honorant la promesse qu’il a faite à son ami·e Bee. Gluan, quant à lui, s’amuse des réalités hallucinées qu’iels parcourent, mais souhaite surtout prouver à ses ami·e·s qu’ils peuvent se fier à lui.

Skip, Molly Mendoza, Dargaud, 2021, p. 42.

La BD se présente essentiellement comme l’histoire de plusieurs amitiés : celle qui pousse les personnages à retourner dans leur monde, retrouver leurs proches, mais aussi celle qui se crée entre Eclo et Gluan. Leur dangereux périple à travers les dimensions éveille aussi leur courage et leur apprend à surpasser leurs peurs.

Dans Skip, l’autrice de cette BD construit un univers non-genré où les personnages ne s’identifient pas comme homme ou femme. L’écriture inclusive de la traduction française, en plus d’être très fluide, se révèle être d’une grande pertinence. Dans un univers où l’on peut croiser des dragons qui jouent à des jeux de société, pourquoi s’étonner de la disparition des normes de genre ? Malgré la violence de certains univers, la BD rend compte de ces volontés d’inclusion et de bienveillance en mettant en scène une relation toute en douceur et pleine d’écoute entre Eclo et Gluan.

Skip, Molly Mendoza, Dargaud, 2021, p.23.

Explosion visuelle

Skip offre surtout une exploration esthétique à ses lecteur.ices. Couleurs et formes s’y entremêlent pour donner vie à une multitude de mondes tous plus étonnants les uns que les autres. Chaque réalité se distingue par une colorimétrie particulière qui reflète son unicité, aucun lieu ne partageant la même logique. Le passage d’un univers à l’autre apparaît, en définitive, comme un prétexte pour Molly Mendoza afin de laisser libre cours à la puissance de son imagination. C’est d’ailleurs la raison majeure qui a permis à cet ouvrage d’être nominé dans la catégorie « Meilleur coloriste » des prestigieux Eisner Awards 2020.

Page après page, le lecteur se retrouve happé dans un pur vertige graphique où chaque case surpasse la précédente en terme de prouesse technique et de richesse picturale. Finalement, n’est-ce pas pour cela que l’on dessine : mettre en forme les personnages les plus curieux, les paysages les plus magiques et les idées les plus folles ?

Cet émerveillement visuel ne suffit pourtant pas à masquer une certaine fragilité du scénario. Celui ou celle qui y chercherait une aventure bien construite et des explications se trouverait certainement déçu.e. Les péripéties de Skip se prêtent avant tout au jeu du plaisir esthétique et la narration se révèle souvent confuse. Pourtant, cela n’empêche en rien un.e lecteur.ice averti.e de savourer toutes les prouesses artistiques de Molly Mendoza en plongeant avec Eclo au fond du lac et en se laissant emporter par la magie des images.

Skip, Molly Mendoza, Dargaud, 2021, pp.22-23.

Skip de Molly Mendoza aux éditions Dargaud. 21 euros.

Auteur·rice

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