CINÉMA

Sherlock Holmes – Détective intemporel

©Warner Bros. France

Vendredi 5 février au soir, la chaîne TF1 Séries Films diffuse Sherlock Holmes, de Guy Ritchie. Sorti en 2009, ce film réinventait le mythe du détective britannique. A cette occasion, revenons sur la vieille relation qu’entretient ce personnage avec le cinéma.

En jetant un œil sur le catalogue actuel de Netflix, il est frappant de voir à quel point la place de Sherlock Holmes dans la culture actuelle est importante. Il suffit de rentrer son nom dans la barre de recherche pour tomber sur de nombreux résultats : la série Sherlock, les deux films de Ritchie avec Robert Downey Jr., et plus récemment sorti : Enola Holmes.

Même plus d’un siècle après sa naissance, Sherlock Holmes est toujours aussi populaire. Mythique, légendaire, il constitue une pièce entière de la culture et de l’ADN britannique. En attestent les foules de fans se pressant devant la porte du 221B Baker Street à Londres, demeure du détective dans les nouvelles. Plus qu’un héros de littérature, il est également un héros de cinéma, mis en scène à de multiples reprises, dans des versions très variées. Revenir sur chacune des adaptations serait impossible, étant donné qu’il apparaît dans plus de 260 films.

La genèse du détective le plus doué de tous

Sherlock voit le jour sous la plume de Sir Arthur Conan Doyle en 1887, dans Une Étude en rouge. A cette époque, le genre policier est à la mode. Personnage complexe et mystérieux, sorte d’entité pas vraiment faite pour vivre sur terre, il conquiert tout de suite le public. Son intelligence hors du commun et son sens de l’analyse en font le détective parfait, pouvant résoudre tous les crimes. Il est sans cesse sollicité par Scotland Yard, qui fait souvent figure de police médiocre dans les nouvelles.

Holmes est un être à part, très différent de la figure habituelle du héros. Il excelle dans un seul domaine, celui des enquêtes, où il se montre supérieur à tout le monde (excepté son frère Mycroft). Cependant, dans tous les autres domaines, il se montre étrangement médiocre. Très peu à l’aise dans les relations sociales, très peu cultivé pour des choses élémentaires, que tout le monde connaît, il est en outre décrit comme une personne sans émotions, sans vie de famille. Sans enquête pour l’animer, il sombre dans la drogue et la déchéance, il ne peut vivre sans affaire à résoudre.

©Castor Poche Flammarion

Conan Doyle accède à la célébrité avec ce personnage et dès lors, n’aura de cesse de le mettre en action dans ses quelques 56 nouvelles. Bien sûr, résumer son œuvre à Sherlock Holmes serait une erreur, il a notamment écrit Le Monde perdu, ayant inspiré la franchise Jurassic Park. Les aventures de Holmes prennent la forme de nouvelles narrées par le Dr Watson, son ami fidèle, qui l’aide dans ses enquêtes. Si ces nouvelles ont autant de succès, aujourd’hui encore, ce n’est pas un hasard. Outre la qualité de l’écriture, les aventures du détective et de son ami le Dr Watson sont trépidantes, haletantes, faisant tantôt sourire, tantôt frissonner, à la lecture de Le Chien des Baskerville, par exemple, qui a traumatisé de nombreux lecteurs.

Du livre à l’écran

C’est en 1903 que Holmes se retrouve pour la première fois sur un écran, dans un court film de 30 secondes. Par la suite, il reviendra dans des centaines d’adaptations différentes, sans compter les séries télévisées, animées et les jeux vidéos. Dès l’apparition du cinéma, Sherlock Holmes est mis en scène. Il fait ses premiers pas dans des films muets, au tout début du XXe siècle, dans des courts métrages non conservés.

Mais c’est avec l’avènement du cinéma parlant que Sherlock fait ses réels débuts dans le septième art, dans les années 1930. Suite à la disparition de Conan Doyle en 1930, les studios ouvrent leurs portes à de multiples adaptations directes des nouvelles. Buster Keaton, Peter Cushing, Roger Moore, Ian McKellen sont autant d’interprètes qui ont prêté leurs traits au personnage. Les années 1970 sont marquées par un film phare, La Vie privée de Sherlock Holmes, de Billy Wilder, centré sur la personnalité de Holmes et jouant sur l’ambiguïté de sa relation avec Watson. Hélas ce film fut rogné par les studios.

Basil Rathbone a interprété le détective privé 14 fois, ici dans
The Adventures of Sherlock Holmes (1939) ©DR

C’est avec Guy Ritchie que le personnage prend un réel coup de jeune, lorsqu’en 2008, les studios Warner lui confient la réalisation de cette énième version des aventures du détective à casquette. Cela fait alors vingt ans que Holmes n’a pas été porté sur grand écran, en faisant abstraction des téléfilms et des séries télévisées, signe d’une certaine lassitude face à de multiples adaptations.

Le dernier film en date est Elémentaire, mon cher…Lock Holmes, sorti en 1988 et interprété par Michael Caine. Ritchie, cinéaste britannique connu pour son style nerveux, ses films de gangsters peu subtils mêlant violence et humour noir, se lance donc dans son premier blockbuster américain, et surprend le public. En effet, l’annonce d’un film sur un personnage aussi monumental, réalisé par un cinéaste peu estimé avait de quoi faire frémir. Contre toute attente, le film est un franc succès, pas seulement commercial.

Une renaissance bienvenue

Watson (Jud Law) et Holmes (Robert Downey Jr.) ©Warner Bros. France

Le ton de cette version est résolument plus moderne. Le rythme est très dynamique, l’action prend une place très importante et inédite. Quand à l’humour, il est également présent et savamment dosé. Le cinéaste respecte tout de même l’œuvre originale, les personnages et l’ambiance des nouvelles. L’action se déroule toujours dans le Londres industriel du XIXe siècle, impeccablement reconstitué. Le parti pris de laisser de côté le flegme anglais stéréotypé est peut-être ce qui fait de cette version une réussite totale.

Ici, le couvre-chef caractéristique du personnage, ainsi que son long manteau à carreaux sont abandonnés pour un style beaucoup plus moderne. Le résultat est bon, l’intrigue tient en haleine du début à la fin, et la performance de Robert Downey Jr. est remarquable. Très différent des films précédents, c’est un véritable blockbuster, mais qui reste fidèle à son matériau d’origine, tout en le modernisant. Les puristes ont été déçus de cette adaptation, trop moderne, trop éloignée des romans selon eux, mais c’est justement parce que le cinéma peut se permettre de s’éloigner de la littérature, et de proposer quelque chose de nouveau, qu’il est si fondamental.

Au fond, c’est de cette nouveauté dont Holmes avait besoin à l’écran. Ce film marque la renaissance du personnage, mais également de son interprète. Robert Downey Jr, sorti de l’oubli en 2008 avec Iron Man, qui l’avait propulsé à nouveau sur le devant de la scène, continue ici sur sa lancée, profitant de sa seconde chance. Acteur populaire dès les années 80, nommé à l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation dans le biopic Chaplin en 1992, il avait connu une longue période de passage à vide, marquée par des problèmes d’alcool, de drogues et de gardes à vue. Il redevient en un rien de temps la star du moment, prouvant que même perdu dans l’oubli, un acteur peut remonter la pente, de même que Sherlock Holmes a su se réinventer au fil des années, dans ses différentes versions.

L’impact de ce film semble bien réel sur la réinvention des aventures du détective. L’année suivante, c’est dans la série intitulée Sherlock que Holmes fait son retour. C’est une transposition contemporaine de ses aventures, le succès est immense. L’interprétation de Benedict Cumberbatch est également très réussie. Ici, encore une fois, le mythe est réinventé mais les créateurs vont encore plus loin, en remplaçant les calèches par des taxis londoniens, les lettres par des téléphones.

Benedict Cumberbatch et Martin Freeman dans la série Sherlock (2010)©British Broadcasting Corporation

Cette version pour la télévision est radicalement différente donc de ce qui avait été fait avant, mais encore une fois, cette nouveauté est la bienvenue. Dans le temps d’un épisode spécial de Noël, les créateurs tentaient même un retour à l’époque victorienne, jouant ainsi avec la temporalité du personnage. Quelle que soit la période, il est toujours aussi intéressant et fascinant. En 2012, une autre série Elementary voyait le jour, basée sur le même concept qui vise à transporter l’intrigue dans le présent, et avec cette fois-ci une femme pour interpréter Watson. Il est donc évident que le film de 2009 a lancé une vague de réinterprétations des aventures de Sherlock Holmes.

Auteur·rice

Vous pourriez aussi aimer

More in CINÉMA