Révolte populaire en Inde : la loi du plus fort

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Depuis plusieurs mois, la population indienne déverse sa colère dans les rues du pays. En cause, trois lois largement décriées par la population, qui achèveraient définitivement l’économie locale et la vie des agriculteurs. 

En septembre 2020, les chambres parlementaires indiennes ont adopté trois lois qui ont mis fin à une protection législative ancestrale du métier d’agriculteur. En effet, le pays est largement peuplé de classes paysannes de tous types. Elles font marcher l’économie et permettent leur propre subsistance ainsi que la circulation des biens de consommation locaux. 

Depuis plusieurs dizaines d’années, les agriculteurs de toutes les régions bénéficiaient de ce que l’on appelle des prix planchers. Les denrées produites ne pouvaient être achetées en-deçà d’un certain montant. Cela permettait aux millions de familles d’agriculteurs de pouvoir vivre de leurs récoltes et de les vendre afin de faire un bénéfice correct et de continuer leur production. 

Le triptyque de lois de septembre 2020 a totalement changé la donne. Les planchers n’existe plus, c’est au moins-disant et surtout au plus compétitif que reviendra la plus grosse part de l’économie agricole. On parle ici de biens alimentaires basiques et donc produits en quantités astronomiques, comme le blé ou le lait. 

Petite cause, grandes conséquences

L’adoption de ces lois annonce des conséquences catastrophiques pour les petits agriculteurs majoritaires dans la population. En procédant ainsi, le gouvernement Modi permet aux grandes entreprises de se constituer un monopole sur le marché des biens alimentaires de base.

Aucun agriculteur seul ne serait capable de brader ses récoltes. Les grandes entreprises engrangeant des millions de bénéfices chaque année n’ont pas peur de vendre leurs marchandises un peu moins cher, puisque les quantités phénoménales de production rétabliront un équilibre dans leurs chiffres d’affaires. 

Après une crise sanitaire catastrophique et un impact énorme sur la population, cette faveur du gouvernement pour les ultra-riches a fait sortir le peuple dans la rue. Depuis septembre 2020, des millions d’Indiens inondent les rues de tout le pays, manifestent jour et nuit, dans des températures glaciales et avec des moyens de survie rudimentaires. 

https://www.youtube.com/watch?v=0BMIioWnR4s

Certaines régions, notamment le Pendjab, subissent une répression très forte de la police du gouvernement indien. Les syndicats d’agriculteurs sont nombreux à avoir reçu des coups de matraque et encaissé gaz lacrymogènes et canons à eau. 

Ce que la révolte dit du gouvernement 

La répression des uns entraîne la défiance des autres, et le cercle vicieux de l’affrontement prend des proportions historiques en Inde. Modi avait jusqu’à présent réussi à se forger une image lisse auprès de la scène politique internationale. Ses rencontres stratégiques autour de la délimitation des frontières avec la Chine, et ses achats importants auprès de la France en 2015 lui ont prodigué une réputation diplomatique de grande qualité. C’est sans doute cette image qui a permis à Modi et son gouvernement de renforcer le classicisme et le nationalisme déjà prégnant en Inde. 

«  Modi est le ministre des ultra riches. On parle de nationalisme dans les termes européens, mais c’est un allié des riches indiens des hautes castes. Il ne protège pas toute la population par des mesures protectionnistes, il ne protège que les intérêts des siens  » 

Shimona A., étudiante originaire du Punjab

Les protestations des agriculteurs dénoncent à la fois une perte de moyen de subsistance qui les touche directement. Mais aussi et surtout une politique insoutenable qui est en train d’écraser la majorité de la population indienne laborieuse. Avec plus de 10 000 suicides de fermiers indiens en 2019, la classe agricole ne peut plus se taire et ne veut pas se laisser dominer par les décisions politiques qu’elle estime injustes. 

La suspension des trois lois pour dix-huit mois ordonnée par la Cour Suprême ne leur suffit pas : le peuple exige le retrait et l’annulation totale de ces lois. La suite des événements laisse entrevoir beaucoup de doute, à l’heure où l’on connait les talents de Modi pour maintenir son cap et diviser pour mieux régner. 

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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